2 juin 2016, 8:00

VOLBEAT

Interview Rob Caggiano


Drôle de choix de la part de VOLBEAT que d’envoyer Rob Caggiano en mission promo à l’occasion de la sortie de « Seal The Deal & Let’s Boogie » : l’Américain est définitivement plus prolixe en studio, ou sur scène armé de sa guitare, que dans l'exercice des réponses très détaillées que peut attendre un journaliste.
Peut-être est-il encore à la recherche de ses marques comme porte-parole ponctuel de VOLBEAT alors qu'il n'est dans le groupe danois "que" depuis trois ans ? 
Ou peut-être n'est-ce que le fait d'avoir ouvert avec lui cette journée médiatique un peu matinalement ?
A la manière d'un diesel, il aura fallu quelques minutes pour sortir du format « alors VOLBEAT ne fait pas d’album concept, mais le précédent c’était un peu ambiance far-west, tchuvois, et là c’est plus style vaudou, d’ailleurs un de nos nouveaux morceaux s’appelle "Marie Laveau" » que l’on a déjà lu ou entendu un peu partout. 

L'occasion alors de faire un peu mieux connaissance avec Rob le soliste, Rob le producteur et Rob le fan de musique.

 

VOLBEAT vient d’annoncer que Kaspar Boye Larsen était intégré au line-up comme bassiste, après votre mini-tournée américaine en sa compagnie. Mais que s’est-il passé avec Anders Kjølholm ? Pourquoi a-t-il quitté le groupe ?
Pour être très franc, je ne sais pas trop. C’est sans doute une combinaison de facteurs. Evidemment, on adore Anders : c’est notre frangin. Il nous manque et on lui souhaite le meilleur. C’est bizarre pour moi d’en parler, parce que je suis "le petit nouveau" (guillemets avec les doigts)…

Plus maintenant !
C’est vrai… Mais Michael et Anders, c’est une vieille histoire. C’est tout ce que je peux dire.

VOLBEAT revient donc des Etats-Unis, où le groupe était à l’affiche de Coachella pour la première fois. C’était également ton premier Coachella comme musicien, même si tu connaissais le site pour y avoir joué avec ANTHRAX pendant le « Big Four Tour »…
J’allais te le préciser...

Quel souvenir garderas-tu de ce premier Coachella ?
C’était cool, très intéressant pour nous. On est habitué aux festivals de rock traditionnels. Coachella, c’est pas du tout le même délire : tu peux y voir plein de trucs différents, dans tous les styles imaginables. C’est un énorme festival. Alors, je crois que ça s’est bien passé : on a dû jouer devant plein de gens qui n’avaient jamais entendu parler de nous, même si on avait des fans là-bas aussi. Bref, le public était très mélangé et j’ai trouvé ça vraiment cool. Par contre, c’est toujours très poussiéreux là-bas, comme dans mon souvenir. On a craché de la poussière pendant des jours, après ça.

VOLBEAT a récemment sorti la vidéo du premier single de « Seal The Deal & Let’s Boogie » : "The Devil’s Bleeding Crown". Comment s’est passé le tournage ? Vous avez eu l’air de bien vous amuser.
Carrément ! Je précise qu’on n’a pas participé au saccage de cette vieille maison de campagne qui allait être démolie, saccage dont on voit des images à la fin de la vidéo. On s’est contenté de jouer. Le tournage a eu lieu sur deux ou trois jours au total, et nous n’étions présents que le premier jour. On s’est vraiment amusés et je suis content que tu l’aies remarqué. La vidéo a ce petit côté graveleux et une esthétique qui me plaisent bien…

Dans le "making of" de "The Devil’s Bleeding Crown", une autre vidéo diffusée récemment par le groupe, Jon Larsen, votre batteur, considère que ce morceau relève quasiment de la signature sonore de VOLBEAT. De ton côté, tu disais récemment dans une interview qu’il n’existe pas de « formule VOLBEAT » et que le groupe n’a pas de frontière musicale, mais est-ce que tu admets qu’il existe un son VOLBEAT ?
Evidemment, il y a un son VOLBEAT ! Le fait qu’il n’existe pas de « formule VOLBEAT », c’est totalement différent. Selon moi, justement, le son VOLBEAT, c’est un mélange de nombreuses influences et la manière dont nous les combinons. La voix de Michael (Poulsen), si caractéristique, y est aussi pour beaucoup, évidemment.
Quand je parlais de frontière ou de cette formule qui n’existe pas, je voulais dire que nous ne nous imposons aucune règle, pour l’écriture de nouveaux morceaux. Personne n’est là pour dire : « eh non, tu ne peux pas faire ci ou ça ! ». On utilise tout ce qui sonne bien, ce qui passe bien. L’important, c’est que l’on s’amuse.

Justement, comment ce nouvel album a-t-il été écrit et composé ? Comment vous êtes vous réparti le travail ?
Nous avons passé beaucoup de temps en studio de répétition, en pré-production, pour être certains que ça sonnait. Donc quand on a enregistré, chacun savait ce qu’il devait faire. C’était juste bizarre, parce qu’on n’avait pas de bassiste.

J’allais te demander qui a enregistré les basses.
C’est moi qui joue toutes les basses sur le disque. Je l’avais déjà fait, sur d’autres albums, et ce n’était pas un problème. Le problème, c’était de se retrouver à trois pour enregistrer. Ça, c’était bizarre. C’est sans doute pour cela que les guitares sont si heavy sur l’album !
Evidemment, c’est Michael qui apporte le plus d’idées, sur lesquelles on jamme et que l’on s’approprie progressivement. Pourtant, certaines chansons sont davantage le fruit d’un véritable travail créatif collectif. Encore une fois, on s’est vraiment amusés et on est très fiers de cet album.
 

"La cornemuse n’est pas du tout mon instrument préféré !" - Rob Caggiano

 

C’est ton deuxième album avec VOLBEAT. As-tu le sentiment d’avoir bénéficié d’un espace créatif plus important, cette fois ?
Oui et non. J’avais aussi mis beaucoup de moi-même dans « Outlaw Gentlemen… ». Je mets toute mon âme dans tous les albums auxquels je contribue. Ce sont tous mes bébés.

Pour écrire  la chronique de « Seal The Deal… » et pour préparer cette interview, j’ai aussi réécouté « Outlaw Gentlemen… » très attentivement. Et je trouve tes solos encore meilleurs cette fois ci.
Tant mieux !

C’est ce qui explique un peu ma question précédente. Déjà, est-ce toi qui écris tous les solos ?
Bien sûr ! C’était déjà le cas pour « Outlaw Gentlemen », mais je suis content si tu préfères ceux de « Seal The Deal… ». C’est vraiment cool. Mais il faut que je te dise : une fois que j’ai participé à l’enregistrement d’un album, il se passe pas mal de temps avant que je ne l’écoute. J’aime bien prendre du recul, après avoir été littéralement submergé par la musique. Alors, pour être franc, je ne me rappelle pas vraiment des solos de « Seal The Deal... » ! A part évidemment celui de "The Devil’s Bleeding Crown" qu’on a déjà jouée en concert plusieurs fois…

Les fans ont appris que le nouvel album accueillait des invités, puisque sur "For Evigt", le deuxième single, Michael chante en duo avec Johan Olsen, que l’on avait déjà entendu sur "The Garden’s Tale". Y-a-t-il d’autres guests sur l’album ? On entend notamment une chorale, sur "Goodbye Forever"…
C’est le Harlem Gospel Choir que l’on entend sur ce titre. Ils sont incroyables, c’était génial de bosser avec eux. Ils ont un talent phénoménal et un humour dévastateur. On s’est vraiment marrés en studio avec eux.

Où les avez-vous enregistrés ?
L’enregistrement du Harlem Gospel Choir a eu lieu aux Germano Studios, à New York. Danko Jones est également présent sur un titre, mais je te laisse deviner lequel ("Black Rose", Ndlr).

Je voulais aussi te parler de "The Loa’s Crossroad"… Avez-vous utilisé une cornemuse sur ce titre ?
Oui ! C’est l’une des chansons que j’ai proposées. Les mesures de cornemuse devaient être jouées à la guitare. Je ne peux vraiment pas te dire pour quelles raisons, d’autant que la cornemuse n’est pas du tout mon instrument préféré, mais j’ai pensé que là, ça sonnerait bien… Il se trouve que l’un des meilleurs amis de Michael joue de la cornemuse et il était ultra enthousiaste à l’idée de jouer sur l’album : ça s’est bien goupillé.

Le solo de ce morceau est bien sympa aussi…
C’est intéressant parce que celui là, je m’en souviens ! On l’a pris directement sur la démo, parce que j’ai essayé de le rejouer en studio, et ça ne sonnait pas aussi bien. Je l’avais enregistré en une prise, ou peut-être deux, dans un hôtel au Danemark, super rapidement, sans vraiment y réfléchir.
 

"J’ai grandi dans une maison où la musique était très importante" - Rob Caggiano



Volbeat.dk
 


Tu avais d’abord été appelé par VOLBEAT comme coproducteur de « Outlaw Gentlemen… », avant d’être intégré au line-up du groupe comme guitariste solo. Tu as produit un nombre considérable d’albums, pour CRADLE OF FILTH ou encore ILL NIÑO, par exemple, en plus d’ANTHRAX et VOLBEAT, évidemment. Tu coproduis également « Seal The Deal… » avec Michael, en soutien de Jacob Hansen. Selon toi, comment les nouvelles technologies et les nouvelles manières de consommer la musique (streaming, téléchargement, revival du vinyle) influencent-elles le travail de producteur ?
Ca fait une dizaine de questions en une ! Commençons par la technologie. Evidemment, nous sommes à l’ère de l’ordinateur. Le processus d’enregistrement est aujourd’hui très différent de ce qu’il était dans les années 60 ou 70. C’est à la fois positif et négatif, car d’une certaine manière, si l’on n’y prend pas garde, ça favorise la paresse. C’est tellement facile de corriger les trucs avec un ordinateur, plutôt que de capter une performance véritablement nickel. De mon côté, j’essaye de toujours maintenir un équilibre. Je vise toujours la meilleure performance possible, en premier lieu. Si le besoin d’une correction se fait sentir, on y revient éventuellement après, sachant que je suis perfectionniste. Mais avec les années, avec cette longue expérience acquise auprès d’un grand nombre d’artistes, j’ai maintenant la conviction que la musique ne devrait surtout pas être parfaite. C’est particulièrement vrai pour le rock 'n’ roll ! C’est la raison pour laquelle j’accepte mieux, aujourd’hui, que les trucs ne soient pas absolument parfaits, que des bizarreries ressortent : un bend mal maîtrisé peut apporter une forme de personnalité à une mesure, par exemple. Voilà pour la technologie.
Quant aux nouveaux modes de consommation de la musique, je trouve ça génial, pour être franc. Je streame de la musique, à condition qu’elle soit en HD, même si je continue aussi d’acheter des CD et des vinyls. Le streaming est top pour découvrir de nouveaux groupes : je ne compte plus les groupes, voire les styles, vers lesquels je ne me serais jamais tourné sans le streaming. A chaque fois que j’allume mon téléphone, je peux découvrir des trucs nouveaux. De ce point de vue, c’est vraiment super. Maintenant, la question de savoir si les artistes sont rémunérés de manière juste, c’est une affaire totalement différente… Alors je dirai juste que pour tout fan de musique, les nouveaux modes de consommation sont vraiment très intéressants.

Vous commencez votre tournée européenne le jour-même de la sortie de « Seal The Deal… », le 3 juin. Quels morceaux du nouvel album allez-vous jouer pendant cette tournée ?
Nous jouerons évidemment "The Devil’s Bleeding Crown". C’est le premier single de l’album et le premier morceau sur lequel nous ayons travaillé tous ensemble. Pour le reste, je ne suis pas certain… peut-être le morceau "Seal The Deal". On n’a pas encore commencé à répéter, pour cette tournée (l'interview avait lieu le 19 mai Ndlr).

Les versions Fanbox et Deluxe de « Seal The Deal & Let’s Boogie » comprendront 4 titres bonus. Le premier d’entre eux sera "The Bliss", la version entièrement en anglais de "For Evigt". Quels seront les trois autres ?
Pas de commentaire. C’est la surprise. Il y aura sans doute du live, mais il faut être patient. Tu verras bien.



 

Le mot « Forever » (« pour toujours », Ndlr) et ses déclinaisons reviennent très fréquemment dans les titres des morceaux de VOLBEAT, et encore plus souvent dans les paroles des chansons du groupe. Michael Poulsen et VOLBEAT ont-ils un souci particulier avec l’éternité ou la postérité, selon toi ?
Il faudra que tu poses la question à Michael, si tu en as l’occasion. Ca fait beaucoup de « Forever », oui : je m’en suis aperçu, notamment en mixant l’album. Mais je n’en ai jamais parlé avec Michael.

Parmi les autres choses qui reviennent systématiquement, à chaque album de VOLBEAT : des noms de femmes parmi les titres des morceaux…
...parce que nous aimons les femmes !

Pour terminer, comme HARD FORCE vient de célébrer son trentième anniversaire, nous aimons demander aux artistes que nous rencontrons quel regard ils portent sur le jeune musicien qu’ils étaient, il y a 30 ans – ou peut-être moins, dans ton cas, car tu n’es pas si vieux.
J’ai grandi dans une maison où la musique était très importante. Mon père était véritablement obsédé par la musique, davantage que moi, encore ! Il m’a donné le prénom de Bobby Darin, c’est tout dire. Il y avait toujours de la musique, chez moi, que ce soit du Fifties Doo Wop, du New York Sound ou encore du Elvis Presley… J’ai été bercé à ça et ça m’a très rapidement parlé. Je devais avoir cinq ou six ans, j’avais une petite guitare rouge et un chapeau blanc et je faisais des « spectacles » (retour des guillemets avec les doigts) pendant les fêtes de famille. Voilà les premiers souvenirs qui remontent. Quelques années plus tard, à neuf ou dix ans, je suis tombé sur « Back in Black » d’AC/DC et là, c’était parti… Puis j’ai découvert VAN HALEN… and that sealed the deal!*

*et l’affaire était scellée ! – il paraissait important de laisser en anglais dans le texte ce clin d’œil de Rob Caggiano pour conclure cette interview.


Retrouvez VOLBEAT au Download Paris 2016 le 12 juin, au Hellfest Open Air le 17 juin et au Zénith de Strasbourg pour le Festival des Artefacts le 25 juin.


  

Blogger : Naiko J. Franklin
Au sujet de l'auteur
Naiko J. Franklin
Naiko est né à une époque où DEEP PURPLE chantait « Mistreated » et BLACK SABBATH, « Sabbra Cadabra ». Ses biberons étaient dopés au PINK FLOYD, au LED ZEPPELIN, voire URIAH HEEP. Pourtant, c’est à Londres, au début des années 90, que s’est nouée sa véritable rencontre avec le metal, autour de groupes comme KORN, TYPE O NEGATIVE, MOONSPELL, MY DYING BRIDE ou CRADLE OF FILTH. C’est toujours à Londres, à la même époque, qu’il prit une petite part au lancement du mythique Big Cheese, aux côtés d’Eugene – qui dirige toujours le magazine. Après bien des détours, à la fin de 2011, lorsqu’il fut lassé du conflit israélo-palestinien, de la politique française, des femmes à poil et même des chiens écrasés, HARD FORCE lui permit enfin de renouer avec sa passion profonde.
Ses autres publications
Cookies et autres traceurs

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies ou autres traceurs pour mémoriser vos recherches ou pour réaliser des statistiques de visites.
En savoir plus sur les cookies : mentions légales

OK