18 juin 2016, 14:42

HELLFEST OPEN AIR 2016

@ Clisson - Jour 2


© Stéphanie Delisée

 

Samedi 18 juin

Dans l’effervescence de l’événement, il est parfois difficile de se gérer le premier jour, car on a envie de s’éclater un maximum, de profiter à fond de chaque instant… Et du coup, le lendemain matin, pour repartir, c’est un peu dur ! Mais tous les ans, c’est la même chose, alors on rassemble ses forces et on repart direction Clisson avec une météo quasi parfaite… Que demander de plus ? Nouvelle "attraction" (oui, on se sent parfois à Dysn-hell-land !) visible qui avait été retirée hier à cause de la pyro’ de RAMMSTEIN : une tyrolienne baptisée “The Descent Into Hell” traversant tout l’espace devant les Main Stages, sympa ! Et sûrement un point de vue imprenable (je n’ai pas essayé). Un petit tour du côté du merchandising Hellfest avec, en vente cette année, une chouette reproduction du chapeau de Lemmy (troisième hommage visible) flanqué de l’as de pique dans lequel trône le logo du Hellfest. Plutôt classe.



© Hard Force - Fred Moocher


Parmi les groupes que je n’avais encore jamais vus en concert figure en bonne place LOUDNESS, légendaire formation japonaise emmenée par le guitar-hero Akira Takasaki : à 12h15, ils jouent sur la Mainstage 1, pour rien au monde je ne les raterais ! D’ailleurs, beaucoup de "vieux de la vieille" ont fait le déplacement jusque devant la scène ! Pour ma part, je ne connais que l’album « Soldier Of Fortune » et quelques précédents morceaux de leur début de carrière, mais c’est un groupe qui continue à sortir régulièrement des albums, par exemple le tout dernier, « Samsara Flight » (paru le 6 juillet dernier). Ils ont juste une petite demi-heure à jouer, alors pas de fioritures : ils seront à fond du début à la fin avec un vocaliste très en voix et un Akira Takasaki (âgé de 55 ans aujourd’hui) égal à lui-même : virtuose avec des soli de folie… Quelle énergie ! Du très très bon pour bien commencer la journée. Et la suite sera pas mal non plus, avec une autre légende…



© Hard Force - Christian Ballard


Glenn Hughes (jamais vu non plus jusqu’à présent) et son groupe montent sur scène à 13h35 sur "Stormbringer" de DEEP PURPLE (rappelons qu’il fut leur bassiste durant la période David Coverdale, manquant de peu d’être leur bassiste-chanteur). Bon, je ne sais pas si c’est la fatigue ou s’il faut que je révise mes classiques, mais j’étais persuadé qu’il s’agissait d’un morceau de RAINBOW (probablement à cause du refrain  « Ride the rainbow, ride the sky… »), alors qu’il n’a jamais fait partie du groupe de Ritchie Blackmore… Mea culpa. Suit alors "Muscle And Blood" et surtout l’énorme "Mistreated" (toujours de DP) sur lequel il fera des merveilles ! Mais quelle voix incroyable ! Gorgée de feeling blues, Glenn donne tout ce qu’il a, poussant sa voix comme peu de chanteurs peuvent le faire… Mais ce n’est pas une simple performance vocale, Glenn y met tout son cœur, toutes ses tripes sans aucune retenue et, malgré les années, on sent que le feu sacré brûle toujours en lui. Il prend plaisir à jouer, il n’y a qu’à le voir pour s’en rendre compte. D’ailleurs, le point commun de tous les groupes qui m’ont fait le plus vibrer durant ce Hellfest est qu’ils prennent leur pied, tout sourire dehors, heureux d’être là et de partager leur musique avec nous, c’est aussi simple que ça. Un vrai échange. Mais Glenn, j’y reviens, quelle voix… A presque 64 ans, je ne lui connais pas d’équivalent parmi les "grands" encore en activité, surclassant sans peine les Meine, Coverdale, Gillan et Plant. Quand on sait le passé qu’il a eu, avec de longues années de dépendance à la cocaïne et deux arrêts cardiaques, c’est un miracle qu’il ne soit pas plus marqué que ça ! Et puis sur scène, c’est le rock réduit au strict minimum, sans fioritures : lui à la basse et au chant, une guitare, un batteur et c’est tout. Pas de claviers, ni de samples, ni de chœurs… Du rock à l’état brut, sans triche ni esbrouffe.
Le final sur "Burn" est dantesque… De loin, le meilleur concert vu depuis le début de ce Hellfest, et je ne suis pas au bout de mes surprises !



© Hard Force - Christian Ballard


A 15h05, toujours sur la Mainstage 1, déboule SIXX:A.M. et son accoutrement peinturluré. Personnellement, je connais bien MÖTLEY CRÜE mais pas du tout le nouveau groupe de Nikki Sixx, alors je suis là par curiosité sans attendre grand-chose avec, qui sait, peut-être une bonne surprise à la clé. Déjà, le groupe bénéficie du gros son et les musiciens sont survoltés, jouant avec conviction et surtout beaucoup de plaisir, il n’y a qu’à voir les larges sourires illuminer leurs visages (ça change parfois du CRÜE, d’ailleurs, soit dit en passant), et la connivence entre eux. James Michael, aidé par deux choristes, est très en voix, le guitariste DJ Ashba (ex-GUNS) virevolte comme un fou… Ils ont une énergie incroyable et très communicative : ça y est, je suis conquis ! Surtout, d’ailleurs, par la qualité des compos que je découvre aujourd’hui, à mi-chemin entre un hard US typé années 80 et un son bien plus moderne et actuel. "Rise", "Prayers For The Damned" et surtout "When We Were Gods", tirés du dernier album en date, sont d’excellents titres. Dès mon retour, je me jette dessus ! Décidément, ce samedi est bien parti, quel bonheur de découvrir toutes ces bêtes de scène dans leur environnement naturel !



© Hard Force - Christian Ballard


Dans un style complètement différent du hard des trois précédents groupes (tout l’intérêt du Hellfest : varier les plaisirs), je m’en vais découvrir le death metal symphonique des Italiens de FLESHGOD APOCALYPSE sous la Temple. Niveau look, les musiciens arborent des costumes d’époque de toute beauté apportant une certaine classe et du style, voire un côté un peu précieux, se démarquant ainsi du look habituel des métalleux. Musicalement, leur death metal technique se veut grandiose et flamboyant, rehaussé en cela par des parties orchestrales samplées et des influences italiennes baroques (les parties au clavecin notamment). Plus ou moins dans le même genre, je pense immédiatement à DARK LUNACY (groupe italien également), sinon aussi à HOLLENTHON ou encore THE PROJECT HATE MCMXCIX. Je les ai trouvés plutôt très bons, mais pas forcément aidés par un son assez brouillon qui ne reflétait pas toutes les nuances et finesses de leur musique (il faut dire que niveau sonorisation, comme je le disais sur la journée d’hier, il n’est pas forcément évident de peaufiner ses réglages en festival, lorsqu’on n’est pas une tête d’affiche).



© Hard Force - Stéphane Rip


J’aurais bien revu les SICK OF IT ALL sur la Mainstage 2, car en concert c’est pour moi un des meilleurs groupes, mais il me faut tout de même une bonne pause pour pouvoir repartir de plus belle ! Et puis je les ai tout de même vus à de nombreuses reprises ces dernières années… En revanche, ceux que je ne raterai pas cette fois (j’ai toujours voulu les voir, mais n’ai eu que des rendez-vous ratés avec eux !), ce sont bien les TOY DOLLS, pour mon tout premier concert à la Warzone ! Grosse, mais alors grosse ambiance festive, et d’emblée : le meilleur son de tout le festival. Peut-être aussi le meilleur concert, même s’il est difficile de comparer avec des groupes de metal.
Je parlais tout à l’heure des musiciens qui s’amusent sur scène, qui prennent un réel plaisir à jouer et à livrer le meilleur d’eux-mêmes sans donner l’impression, comme d’autres, de "bosser" ou de faire un simple concert pro, mais humainement froid. THE TOY DOLLS en est l’exemple parfait. Cela fait plus de trente-cinq ans qu’ils tournent, et aucun signe de lassitude : leurs "smiles" sur leur visage sont non feints et la fête est totale ! Impossible de rester immobile et de regarder leur concert droit comme un piquet ! "Cloughy Is A Bootboy", "Spiders In The Dressing Room", "Alec’s Gone" ou encore leur fameuse reprise de la "Toccata in Dm" de Bach, une set-list parfaite… Et, chose rare, pas moins de trois rappels (l’avantage de la Warzone est que le groupe suivant ne joue qu’une heure après, ils peuvent donc dépasser un peu) avec, pour commencer, leur version instrumentale très personnelle de "When The Saints Got Marching In" ! THE TOY DOLLS, ce fut juste énorme et, à la fin de leur concert, j’ai moi aussi un sourire jusqu’aux oreilles !
Du coup, je décide d’attendre sur place l’heure suivante pour ne pas rater non plus les BAD RELIGION.



© Hard Force - Fred Moocher


Fan ultime de BAD RELIGION, cela fait bien trop longtemps que je ne les ai point vus et, comme les TOY DOLLS, je ne les ai ratés que trop de fois lors des précédentes éditions du Hellfest… Heureusement pour moi, ils sont ici très régulièrement ! Ayant vu certaines de leurs vidéos récentes en live, j’ai une petite appréhension sur ce que sera la voix de Greg Graffin et savoir s’il n’y aura pas trop de "bla-bla" entre les morceaux, ce qu’ils ont pour fâcheuse habitude de faire (parfois).
Le concert démarre avec un bon vieux classique (1982) : "Fuck Armaggedon… This Is Hell !" enchaîné à "Supersonic" et "Prove It", les deux premiers morceaux de l’album « The Process Of Belief » (2002) que je connais moins. J’attends la suite, car pas encore totalement convaincu même si l’énergie est bien là. Mais quand ils entament "I Want To Conquer The World" avec juste derrière "Recipe For Hate" et leur tubesque "21st Century (Digital Boy)" (qui n'est plus placé en rappel, ils doivent un peu en avoir marre !), le doute n’est plus permis : ils ont la super forme et, en 2016, les inventeurs du punk mélodique sont toujours bien vivants ! L’énorme "Generator" sera évidemment joué, de même que "Infected" ou encore "American Jesus"… THE OFFSPRING peuvent aller se rhabiller, les rois seront toujours les BAD RE’ ! Très très bon concert, là encore… Mais quelle journée, c’est la folie !

De loin, j’aperçois WITHIN TEMPTATION sur la Mainstage 1 qui fait son show : j’avoue moins écouter ce type de groupe aujourd’hui et, les ayant vus un bon paquet de fois, je pars plutôt rejoindre mes potes (c’est fou qu’avec le monde qu’il y a, on arrive régulièrement à se retrouver entre-nous tout au long de la journée, ça m’a toujours épaté !), sous la Valley en attendant le gros concert de TWISTED SISTER, tête d’affiche de ce samedi.
HERMANO, groupe parallèle du chanteur John Garcia (KYUSS), y déverse son gros stoner à grand renfort de riffs lourds et bien gras… J’avoue que c’est pas trop ma came habituellement, mais je reste ouvert et curieux et je dois avouer que ça envoie bien, avec en plus de très gros lights, comme on en voit rarement sous les tentes (qui n’en sont plus, d’ailleurs). Bonne pause musicale pour moi, sans plus...



© Hard Force - Stéphane Rip


Il est temps de se placer pour éviter la foule d’hier, et même si on sait que TWISTED SISTER n’attirera pas autant que RAMMSTEIN, il y aura quand même énormément de monde, comme chaque soir devant les Mainstages. Ce qui nous permet de suivre d’un œil et d’une oreille peu attentive sur les écrans BRING ME THE HORIZON, « metalcore pour djeuns » ! Pas trop mon truc, je dois l’avouer, même si je respecte évidemment ceux qui apprécient le groupe. Le chanteur descend dans la fosse prendre un bain de foule et chanter face à face avec les premiers rangs, les fans, bien écrasés contre les barrières, semblent apprécier !
Mais pour leur 40e anniversaire (« Forty and F*ck it »), ce soir, ce sont les adieux de TWISTED SISTER au Hellfest qui m’intéressent, un événement que je ne pouvais décemment pas rater. C’est donc la quatrième fois que je vais les voir après leur concert de reformation (encore maquillés) au Wacken Open Air en 2003 et deux participations déjà au Hellfest, mais en plein après-midi. Là, il est 23 heures, la nuit, étonnamment claire, est tombée et après "It’s A Long Way To The Top (If You Wanna Rock’n’Roll)" d’AC/DC à plein volume dans les enceintes, un petit film sur le groupe est diffusé en guise d’intro. Puis retentissent les premiers accords de "What You Don’t Know (Sure Can Hurt You)" avec déjà quelques explosions... ils ont sorti un plus gros show, cette fois ! Mais… quel son horrible, une véritable bouillie sonore ! La batterie de Mike Portnoy fait « poc, poc », les guitares sont très en retrait (oui, je sais, c’est un peu leur son habituel, mais quand même !) et surtout le volume est très bas. Pendant les morceaux on entend parler autour de nous et on n’ose même pas chanter ! Quel dommage, car ce (très) mauvais son, malgré quelques améliorations, va perdurer durant tout le concert, nous gâchant en partie la fête.



© Hard Force - Fred Moocher


En tout cas Dee Snider est égal à lui-même : sautant partout, chantant avec une hargne sans commune mesure, tous les regards sont tournés vers lui. Les vieux titres (et là, je m’aperçois qu’ils n’ont en fait que des vieux titres… puisqu’ils n’en ont pas de nouveaux depuis fort longtemps !) s’enchaînent, redoutables : "The Kids Are Back", "Burn In Hell" (avec forcément des flammes un peu partout), "Destroyer", "You Can’t Stop Rock’n’roll" ou encore "The Fire Still Burns" (re-pyrotechnie à foison). Et puis l’incontournable "We’re Not Gonna Take It" est joué, Dee faisant participer comme à son habitude le public (un peu trop à mon goût… en raccourcissant les morceaux rallongés parfois à outrance, surtout celui-là, ils pouvaient facilement jouer deux titres de plus). Ah, l’hymne de Donald Trump désormais (sic), faudra demander à MUNICIPAL WASTE, qui jouent le lendemain, si ça leur plairait… Pas si sûr ! Après la superbe ballade "The Price", "I Believe In Rock’n’roll" et "I Wanna Rock", arrive un invité de taille en la personne de Phil Campbell (l’ancien guitariste de MOTÖRHEAD) pour reprendre deux titres : "Shoot ’em Down" et une autre d’anthologie : " Born To Raise Hell" (quatrième hommage audible à Lemmy). Dee rappelle avec une certaine émotion que cette année beaucoup sont partis... Ils ont perdu leur batteur, A.J. Pero, mais aussi Jimmy Bain et bien sûr Lemmy. Après un dernier morceau et un petit tacle à SCORPIONS et JUDAS PRIEST, Dee certifie que pour eux, c’est vraiment leur toute dernière tournée et qu’il n’y en aura pas d’autres. Les lumières s’éteignent et, durant quelques minutes, le site est "silencieux (entendez par là que plus aucun concert ne retentit)...



© Hard Force - Stéphane Rip


Sur les écrans, des photos de Lemmy (cinquième hommage visible) défilent : celles d’enfance, puis des extraits de vidéo de SAM GOPAL ("Sky Is Burning"), HAWKWIND et des débuts de MOTÖRHEAD (notamment son passage à la télé française en compagnie d’Yves Mourousi). L’émotion est partout présente, palpable. L’hommage se poursuit sous forme d'un gigantesque feu d’artifice, rappelant celui tiré l’an passé pour le 10e anniversaire du festival, en plus court. La gorge nouée pendant le morceau "Love Me Forever" et un final dantesque : petite prouesse technique, mais surtout une belle attention, celle des feux d’artifice écrivant dans le ciel "R.I.P." puis "LEMMY", une lettre après l’autre. Wow, impressionnant. Puis les lumières de la scène se rallument : alors que les techniciens sont encore affairés à ranger le matos de TWISTED SISTER, Phil Campbell prend la parole, la voix tremblotante, lui aussi pris par l’émotion de ce très beau, grand et digne hommage rendu à Lemmy. Il n’avait pu être présent aux obsèques à Los Angeles, son intervention n’en est alors que plus touchante.

Je souhaitais voir le film-spectacle Gutterdämerung avec Henry Rollins, mais difficile de passer à autre chose après ça, alors personnellement, j’en resterai là. Je vais donc me réchauffer un peu autour des immenses braseros où jongleurs et cracheurs de feu assurent le spectacle pour un Hellfest nocturne toujours de toute beauté. De loin, nous entendrons aussi la performance de KORN, qui a été visiblement acclamé, mais n’ayant jamais été un grand amateur de leur musique, je m’en passe sans regret (j’apprécie néanmoins sur les écrans leur reprise de "One" de METALLICA !).
Une journée riche en musiques de toutes sortes et surtout en émotions, le Hellfest c’est vraiment unique… Et il reste encore une dernière journée avant le difficile retour à la réalité !


Retrouvez le jeudi et vendredi du hellfest 2016 en suivant ce lien.



© Hard Force - Fred Moocher
Blogger : Ludovic Fabre
Au sujet de l'auteur
Ludovic Fabre
Ancien collaborateur de Christophe Droit dans l'émission "Altirock" (de 1989 à 1999), Ludovic Fabre, alias "Maître Ludo", s'est ensuite fait connaitre en tant qu'animateur radio avec sa propre émission "Nocturnal Tears" (de 1995 à 2010), ainsi que pour sa collaboration, douze années durant, au sein du magazine Metallian. Toujours aussi passionné, il se consacre aujourd'hui à la photographie pour HARD FORCE, ainsi qu'à la rédaction de live-reports et de chroniques d'albums.
Ses autres publications

1 commentaire

User : Alex Lefer
Alex Lefer
le 14 juil. 2016 à 13:35
Super article qui retranscrit mon ressenti durant ces 3 jours.surtout les hommages à Lemmy.
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