22 janvier 2017, 15:39

DREAM THEATER

Interview-flashback 1993 avec John Petrucci


Il aura fallu attendre pratiquement un an pour que nous puissions discuter en France avec DREAM THEATER à propos de la sortie de son second album, "Images And Words", paru en juillet 1992. Un disque, à l'époque, salué par la chronique de notre journaliste Henry Dumatray qui introduisait son entretien avec le guitariste John Petrucci sorti en juin 1993 par les mots suivants : "Le succès tarde à venir dans notre pays, alors que la réputation du groupe n'est plus à faire partout ailleurs."
Plongée dans une interview de 25 ans, inédite pour beaucoup d'entre vous.


"Images And Words" est un titre très approprié à votre musique.
John Petrucci :
C'est juste. En fait, lorsque le temps fut venu pour nous de trouver un titre à l'album, nous nous sommes réunis, avons regardé les textes et cherché un thème qui soit en rapport avec ceux-ci. Nous avons fini par en trouver, mais nous n'avons pas gardé cette idée : je me souviens que c'était "Learning To Live". Nous avons fini par tomber d'accord sur "Images And Words" que nous trouvions assez humble par rapport à notre musique. Nous faisons une musique plutôt progressive, pleine de breaks et d'idées diverses, aussi nous voulions la résumer à quelque chose de plus accessible. Les images sont ce que la musique suggère à l'auditeur et les mots sont ceux des textes.
 

 "Nous avons fini par trouver un titre, mais nous n'avons pas gardé cette idée  : je me souviens que c'était "Learning To Live"." - John Petrucci


La musique de DREAM THEATER est-elle une invitation au voyage ?
John Petrucci : 
Oui, on peut dire cela.  C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles nous avons voulu que l'intitulé de l'album soit assez concret. Il n'y a pas de doute, la façon dont nous composons et celle dont les morceaux sont bâtis incitent à la rêverie. Ce n'est pas une volonté délibérée de notre part, c'est la créativité et le processus qu'elle engendre qui aboutissent à ce résultat.
 


Dans quelle catégorie musicale classerais-tu DREAM THEATER ?
John Petrucci : C'est vraiment très difficile. Quand tu dis "progressif", ce n'est pas faux, car il y a indiscutablement des éléments de ce type dans ce que nous faisons. Des groupes comme YES ou RUSH font évidemment partie de nos influences. Nous avons également énormément d'influences heavy metal et je citerai volontiers des noms comme METALLICA ou ANTHRAX. Nous avons 25 ans et, il y a six ou sept ans, nous écoutions tout naturellement des groupes de ce genre. Cela dit, actuellement, nous n'aimons plus forcément tout ce mouvement. Seul METALLICA est unanimement apprécié.

La production de l'album est particulièrement appropriée. Ce résultat a-t-il été difficile à obtenir ? 
John Petrucci : Nous voulions que tous les instruments puissent être parfaitement audibles, que l'un n'empiète pas sur le champ musical de l'autre. C'est vrai que ce n'était pas facile à atteindre et je dois dire que le mixage a été vraiment bien exécuté. Je pense aussi que si notre premier album avait bénéficié d'une production similaire, le résultat eût été nettement supérieur. David Prater avait déjà produit l'album  de FIREHOUSE (qui sonne vraiment très bien). C'est aussi un très bon batteur qui a joué avec SANTANA, par exemple, et je crois que cela nous a bien aidés car il fallait quelqu'un qui sache de quoi il retourne. Son nom n'est pas archi-connu, aussi cela représentait un petit risque pour nous de le prendre comme producteur, mais son boulot sur "Images And Words" est géant et nous en sommes vraiment très satisfaits.
 

Quelle impression aimerais-tu qu'un auditeur garde de "Images And Words" ?
John Petrucci : Ce que j'aimerais qu'il ressente avant tout, c'est une grande envie d'écouter le disque une nouvelle fois ! Nous n'aimons pas suggérer des choses trop précises et préférons que les gens laissent travailler leur imagination et se fassent leur propre voyage à partir de ce qu'ils ressentent. Quand je vais voir un film au cinéma, je n'aime pas connaître les tenants et les aboutissants de l'action qui s'y déroule. J'aime laisser l'histoire défiler devant mes yeux et après seulement, y repenser plus profondément et en détail. Je souhaiterais que ceux qui écoutent notre album agissent de même : qu'ils écoutent la première fois sans lire les textes et qu'ils approfondissent ensuite.

Quelles différences y a-t-il entre vos concerts et vos prestations sur albums ?
John Petrucci : Eh bien, nous jouons l'intégralité de "Images And Words" ainsi que certains titres de notre premier album, mais nous lions tout cela avec des plages instrumentales qui n'existent pas sur album. C'est cela l'agrément de nos concerts. Nous aimons créer des atmosphères et faire des transitions entre les morceaux. Nous sommes sur le point d'entamer une tournée des salles aux Etats-Unis où nous pourrons largement développer notre concept.

Qui vient vous voir sur scène ?
John Petrucci : La plupart des personnes qui assistent à nos concerts sont de vrais fans du groupe et des gens qui nous suivent et nous apprécient. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de personnes qui viennent nous voir sans nous connaître vraiment, en ayant simplement entendu un morceau par hasard à la radio. Il y a des fans de progressif et aussi des amateurs de thrash. Ce qui est incroyable, c'est de constater que certains nous connaissent depuis des années et collectionnent les bootlegs de nos concerts. Ils sont très loyaux et c'est vraiment une bonne base pour progresser. Nous ne pensions vraiment pas que cette tournée se passerait aussi bien. En grande majorité, elle était "sold-out" et je dois avouer que cela nous a bien surpris.

Ta réputation de guitariste est grandissante. Cela ne risque-t-il pas de nuire à l'unité du groupe ?
John Petrucci : Non. Je ne le pense pas. J'essaye de travailler beaucoup pour pouvoir réaliser techniquement toutes les idées que j'ai en tête, mais l'aspect technique comme le côté feeling de mon jeu sont au service du groupe.


[entretien réalisé en mai 1993 par Henry Dumatray - © 1985/2017 HARD FORCE]

Blogger : Christian Lamet
Au sujet de l'auteur
Christian Lamet
Christian Lamet est réalisateur, journaliste et producteur pour la télévision et le multimédia...entre autre. Fondateur en 1985 du magazine HARD FORCE, il en a été le rédacteur en chef durant ses quinze années de parution en kiosques. Depuis, l'aventure HARD FORCE a repris depuis 2008 sur le web, devenant ainsi le plus ancien média metal en France toujours en activité encore mené par son fondateur. Christian est également producteur et réalisateur du media digital HEAVY1 en partenariat avec LIVE NATION FRANCE et du webmagazine METALXS.
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