28 août 2017, 19:15

ARCH ENEMY

• Interview Michael Amott

Michael Amott, guitariste et leader du groupe ARCH ENEMY, était à Paris pour la promotion de "Will To Power », le dixième album dont la sortie est prévue début septembre, le premier avec Jeff Loomis qui a rejoint le groupe en 2014, et qui intégre aussi de façon remarquable des voix claires tout au long du disque. Une rencontre chaleureuse avec un musicien professionnel dans tous les sens positifs du terme mais également un vrai fan de metal !

 

C’est quoi la notion de pouvoir pour toi ?
Le pouvoir ? (il réfléchit) C’est une question vaste mais je pense que c'est, avant tout, quand tu peux contrôler ta propre vie, ta destinée.

Quelle est ta philosophie, musicalement parlant ?
Si je devais la résumer, ce serait la création de choses “catchy”, excitantes. Avec ARCH ENEMY, j'essaye de créer des trucs mélodiques avec ce côté heavy. J'aime la beauté des choses mélangée aux ténèbres.

C'est presque bipolaire...
Tout à fait, il y a ce côté musical agressif, énervé, in your face”, mais j'apprécie aussi la profondeur émotionnelle. Je n'utilise pas que des accords mineurs, il y a du majeur. Je compare cela à des tableaux. J'utilise toutes les couleurs disponibles qui exprimeront quelque chose. Je ne me limite pas dans les couleurs musicales pour ARCH ENEMY.

Tu es le Picasso du metal !
(éclats de rire) J'adorerais !

Comment décrirais-tu simplement ARCH ENEMY après 20 ans de carrière ?
Nouvelle énergie, puissance et confiance. Cette confiance s'est installée vraiment à l'époque du précédent album, "War Eternal". Quand il est sorti, nous le sentions fort mais nous devions nous prouver que nous étions encore vivants. Alyssa (White Gluz, la chanteuse) était formidable mais nous devions nous prouver quelque chose. C'est arrivé. Nous avons beaucoup tourné. Nous avons eu du succès, un succès inattendu. Les choses ont changé maintenant, nous avons fait le Wacken Festival en tête d'affiche en Allemagne. C'est génial ce qui nous arrive. J'aime bien quand même le côté : “il faut se battre pour y arriver". C'était plaisant de gravir les choses marche après marche. Nous sommes toujours dans cet état d'esprit avec ce dixième album ! Nous sommes contents d'être là où nous sommes après tous ces albums. 

Ce nouveau disque est en quelque sorte un mélange de metal moderne et de heavy metal old-school. Partages-tu cette impression ?
Oui, c'est vrai. J'écoute beaucoup de heavy metal old-school. J'aime les vieux trucs. La New Wave Of British Heavy Metal. Le hard rock français comme SORTILÈGE, VULCAIN, SATAN JOKERS. Il y a TRUST aussi, j'adore ce groupe. Je collectionne également les disques.

Quel est le mode d'emploi spécifique de création d'une chanson d'ARCH ENEMY ? C'est le même à chaque fois ?
Non, jamais. Parfois, je joue de la guitare et un riff sort. Il y a des jours où rien ne vient et des jours où j'écris deux chansons. Je peux être dans le tour bus ou à l'aéroport, une idée de mélodie me vient. Je l'enregistre sur mon smartphone. Je peux être dans la salle de bains, je chante un truc, un rythme, j'enregistre tout la plupart du temps. Mon téléphone est une mémoire externe, j'ai plein de trucs dedans. Quand je compose, je vais y rechercher des trucs. Je me dis : "Tiens, ce riff va avec cette idée. Ça va ensemble, ou bien ces idées sont en adéquation." Dès que deux idées collent ensemble, cela devient le point de départ d'une bonne chanson de metal. Surtout si c'est excitant et puissant.

Tu écris tout ?
La majorité des compositions. J'ai créé ce groupe, j'ai des idées bien précises pour celui-ci. Mais j'ai coécrit aussi des titres avec Christopher, mon frère. Daniel (Erlandsson), notre batteur, est également très impliqué. Nous avons coproduit l'album. Si j'écris 90 % de l'album, il se charge des 10 % restants. Il joue très bien de la guitare et crée de super parties. Nous avons un formidable partenariat créatif.

"Will To Power" sonne moins sombre et il est plus épique que le précédent album...
Oui, tu as raison. Il est plus ouvert. Il y a toujours un peu un côté ténébreux par sa couleur metal. C'est moins claustrophobe. Le son est plus énorme et plus puissant.

C'est comme un antidépresseur ?
Oui, un peu. Il y a des chansons abordant la thématique de la dépression dans cet album.

Et ce ne sont pas les seuls sujets abordés sur cet album...
Il y a moins de frustrations. Il y a des thèmes historiques, des fantasmes, des trucs plus positifs, des rêves... de revanche. Tout le monde en a (rires). Alyssa a écrit la moitié des textes et moi l'autre moitié.

Jeff Loomis a-t-il composé quelque chose sur cet album ?
Les solos de guitares uniquement.
 

« Je voulais jouer des riffs rapides comme James Hetfield ! » - Michael Amott


La pochette de ce nouvel album est magnifique. Tu peux nous en parler ?
Nous avons de la chance. Nous avons voulu travailler sur un concept spécifique. Au début, lorsque l'album n'était pas encore fini, tout arrivait en même temps. Le premier projet ne collait pas trop. Une fois les chansons achevées, notre graphiste a pondu un truc magnifique qui collait parfaitement à l'album. C'est un artiste formidable qui peint à la main. Il a plein de symboles. C'est épique, sombre. Nous avons discuté ensemble au téléphone sur ce qui collerait avec l'album. Il est fan d'ARCH ENEMY, il a tout fait en dix jours. Il y a ces images de serpents avec les queues, ces têtes d'animaux, ce crâne qui sont symboliquement très forts. Il faut que chacun se fasse une idée émotionnellement parlant de cette pochette. Je vous encourage à la disséquer et à exprimer ce que vous ressentez.

Le visuel d'un disque, c'est important pour toi ?
Complètement, je préfère parler de ça que des lyrics de l'album, mais bon je le fais quand même (rires)...

"Reason To Believe" est une ballade ! C’est relativement nouveau pour vous ?
Oui, une première même. J'avais ce rêve, cette ambition d'écrire une ballade pour le groupe, mais je n'ai jamais eu la chanson. Je voulais en faire une. Mes chansons préférées sont en partie des ballades : les classiques de JUDAS PRIEST, de SCORPIONS. Ce sont mes groupes préférés, une bonne ballade touche tes sentiments, ton âme. Si tu arrives à apporter des choses dans un climat calme, tu as gagné. Ce n'est pas ma force, j'écris plutôt des trucs intenses, dingues. Du metal ! C'était un challenge de faire ce titre, j'ai écrit la musique avec mon frère. Tu te souviens de MANOWAR et de ses ballades puissantes ? Il y en avait trois ou quatre sur les premiers albums. C'était épique, avec du cœur, je voulais faire ça mais à la sauce ARCH ENEMY.

Je te fais passer le test du mono-mot pour un titre de chanson aléatoire de "Will To Power". D’accord pour toi ?
Bien sûr !

"Blood In The Water" ?
Cynique.

"The Race"
Rapide (rires)

"Murder Scene" ?
Intense.

"First Day In Hell" ?
Ténèbres.

Te souviens-tu du jour où tu as décidé de devenir musicien professionnel ?
Non, il n’y a pas eu de jour précis. Cela s'est fait graduellement. Pour te raconter mon histoire, j'ai joué dans des groupes dès l'âge de 13-14 ans, immédiatement de la guitare. C'était avec des amis, on faisait du punk. C'était en 1983, j'écoutais EXPLOITED, DISCHARGE, GBH mais aussi VENOM, TANK, SAXON, IRON MAIDEN. ACCEPT arrivait avec "Balls To The Walls". J'aimais le côté extrême et heavy. Puis le thrash metal est arrivé avec METALLICA, SLAYER... ça a été une révélation pour moi, je voulais jouer des riffs rapides comme James Hetfield (il chante des riffs de thrash). Il y avait MEGADETH aussi mais c'était plus complexe. Puis il y a eu le death metal, il n'y avait pas de sorties officielles, nous échangions des K7 plutôt. C’était très underground. Il y a eu les premiers albums de DEATH, de MORBID ANGEL. Jamais je n'ai pensé qu'un jour, ce serait mon travail. Je pensais jouer de la guitare avec un job standard. D'ailleurs, je bossais dans un centre pour enfants après l'école, nous avons ça en Suède. La musique était un hobby. Ensuite, j'ai eu l'opportunité d'intégrer CARCASS et de tourner avec eux en 1990. Cela a été quelque chose pour moi, c'est ce que j'ai toujours voulu faire, pas seulement deux concerts par mois !

Ça a été le début de ta carrière ?
Complètement, tout a commencé comme ça.
 

« Je pense qu’émotionnellement, tu peux amener ton public loin... » - Michael Amott



C'est quoi ton top 7 des albums de metal, toutes périodes confondues ?
Ouah, il me faut mes notes (rires). C'est difficile car tu peux toujours oublier un album qui t'a marqué. Je vais dire METALLICA : "Kill ’em All", SLAYER : "Reign In Blood", MEGADETH : "Peace Sells…", JUDAS PRIEST "Screaming For Vengeance", IRON MAIDEN "The Number Of The Beast". Des albums classiques, tu vois. Le premier DIAMOND HEAD, "Lightning To The Nations". Une pièce maîtresse. (Il réfléchit). MERCYFUL FATE : "Don't Break The Oath". Mais tu sais, je collectionne les disques et il y en a plein d'autres que j'apprécie !

ARCH ENEMY et la France, c'est une histoire d'amour ?
Oui, un amour passionnel (rires). Sur la tournée “War Eternal”, nous avons fait 23 dates.

Oui, c'est impressionnant...
Nous avons joué dans des villes françaises que je ne connaissais pas. Cela m'a ouvert les yeux sur la culture, la musique française. La connexion avec les fans français était puissante. La France a été le premier pays de transition pour le groupe avec Alyssa, ça a aussi le premier pays à nous témoigner de l'amour et l'envie de nous voir jouer. D'autres villes de certains pays étaient plus sceptiques. Nous sommes tombés amoureux de la France, vraiment !

Es-tu prêt pour la prochaine tournée ?
(Rires) Excité à l'idée de tourner et de jouer des nouveaux titres. Après plus de 300 dates pour le “War Eternal Tour”, c'est fun d'avoir de nouvelles choses à jouer !

Comment sera la nouvelle set-list ?
Il y aura de nouveaux titres. Nous avons de la chance avec ce groupe. Nous avons dix albums à notre actif et les fans veulent écouter des nouvelles chansons. Beaucoup de groupes jouent les titres classiques et placent un ou deux titres nouveaux mais ne jouent pas ceux de leurs précédents albums, nous nous jouons de tout pour le plus grand plaisir de tout le monde.

Vous jouerez votre ballade ?
Oui, j'adorerais ! Je pense que cela amènerait le groupe a un autre niveau d'ambiance pendant le concert. Je pense qu’émotionnellement, tu peux amener ton public loin... enfin, si nous la jouons (rires).

Pour finir, es-tu d’accord pour passer un test appelé “Le questionnaire smartphone” ? Tu réponds aux différentes questions si tu le souhaites, bien évidemment.
Ton fond d’écran actuel ?

Il allume son smartphone et me montre la pochette de l’album "Will To Power".

La dernière personne qui t’a appelée ?
Voyons voir (il regarde dans son téléphone). C’est naze (rires). C’était un chauffeur de taxi à Londres. 

Tes deux applications ou moyens de communication préférés ?
Emails. Je bosse beaucoup avec. J’aime les SMS et WhatsApp aussi. Il y a une app que j’adore, c’est Vinyl District. Elle te dit où se trouvent les magasins de disques dans les différentes villes où tu te trouves. Je suis collectionneur de disques et dans chaque ville, je l’utilise. (Il me fait une démo). Tous les matins dans le tour bus, je checke les magasins et où ils se trouvent. C’est mon trip avant le soundcheck.

Facebook ou Twitter ?
Twitter, je ne sais pas pourquoi. Facebook, je trouve cela ennuyant. Sur Twitter, les gens sont plus intelligents, ça me rend plus intelligent. (rires)

SMS ou appel vocal ?
Je fais plein de SMS, mais je préfère les appels téléphoniques.

Quel message n’as-tu jamais effacé ?
Il y a certains emails que je n’ai jamais effacés. Un de Dave Mustaine (MEGADETH), un de Leslie West et un de Michael Schenker. Habituellement, tu lis et tu effaces un certain nombre d’emails mais ceux-là, on pourra les graver sur ma tombe. (rires)

La dernière chanson ou le dernier groupe écouté sur ton smartphone ?
J’ai Spotify et iTunes. C’est un groupe japonais, DEAD END. C’est cool et heavy. (Il me fait écouter). Je te recommande ce groupe, c’est vraiment bien.

Tu m’as dit précédemment que tu enregistrais des idées musicales avec ton smartphone ?
Oui, complètement.

La durée la plus longue que tu as pu passer sans ton smartphone ? Pendant que tu dors ?
(Rires) Ecoute cette histoire. Je jouais à Singapour avec ARCH ENEMY. L’organisation était un peu… chaotique. Le groupe était à l’hôtel. Les roadies sur place. Le concert en dehors de la ville. Il n’y avait pas de van pour y aller. Nous avons donc pris deux taxis pour nous y rendre. J'ai laissé mon smartphone dans le taxi, en le quittant sans m’en apercevoir, et suis allé dans la salle. Le taxi est parti. Au moment où je réalise que je l’ai oublié, c’était trop tard. Plus de temps, je devais monter sur scène. Je me sentais comme si j’avais perdu une partie de moi, mince (rires). Pendant le concert, je me prenais la tête et me répétais sans cesse : "Je ne le retrouverai jamais, c’est fini". Après 1h30 de concert, j’étais résigné. A la fin du concert, le stage manager, derrière la batterie, fait une photo classique de nous, avec le public derrière qui lève les bras... avec mon smartphone. C’était énorme comme moment !

Photos © Century Media - Katja Kuhl


Retrouvez ARCH ENEMY avec WINTERSUN, TRIBULATION et JINJER pour 3 dates en France en janvier 2018 :


Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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