3 mars 2020, 20:20

IN THEATRUM DENONIUM 2020

• Interview


Le 7 mars prochain se tiendra l'Acte V du désormais incontournable IN THEATRUM DENONIUM. Son affiche alléchante est digne du magnifique théâtre qui accueille ce festival pareil à aucun autre. CARPATHIAN FOREST, CARACH ANGREN, BORGNE, SULPHUR AEON et SPECTRALE diffuseront leur lumière noire et leur froide colère dans cette antre à l'étrange atmosphère. A cette occasion, nous avons posé quelques questions aux organisateurs de l'édition 2020 qui se déroulera une de plus au Théâtre Municipal de Denain.


Comment est né le festival ?
IN THEATRUM DENONIUM est né des cendres du festival Les Métallurgicales. Cet événementi avait été créé par le regretté Député Maire de Denain Patrick Roy, fervent défenseur de la musique Metal en général. Il avait pris la parole pour la reconnaissance du genre devant l’Assemblée Nationale, d'où son surnom de "Député métal à la veste rouge". À sa mort, il y a eu encore quelques éditions des Métallurgicales, qui ont fini par s’arrêter après avoir attiré de grands noms tels qu’ANTHRAX, SOULFLY, Devin Townsend et bien d’autres, comme MASS HYSTERIA, avec qui Patrick Roy était monté sur scène pour jouer Furia ! Signalons qu'il y aura au théâtre une soirée Hommage à Patrick Roy le 4 avril prochain avec MASS HYSTERIA justement et BLOWDOWN, deux groupes qui ont joué aux Metallurgicales par le passé.
Nord Forge était déjà en place à ce moment-là, et certains d'entre nous étaient bénévoles depuis la 1ere édition. C’est tout naturellement que nous sommes revenus avec ce nouveau projet. Nous voulions apporter quelque chose de nouveau.  L’opportunité de nous produire dans le magnifique Théâtre de Denain, dont la salle intérieure est une réplique 1/5ème de l’Opéra Garnier, bénéficiant également de la 3ème meilleure acoustique de France, s’est présentée à nous. Nous avons opté pour le métal extrême, et plus globalement le Black Metal, car nous trouvions ce genre alors très sous-représenté dans la région.

Quel est le budget du festival ?
Nous sommes une modeste association à but non lucratif, qui oeuvre grâce aux recettes issues des événements produits et grâce à quelques partenaires. Nous travaillons beaucoup, nous internalisons énormément de tâches... Coté recettes, nous bénéficions d'une petite subvention communale mais en contrepartie, la billetterie est conservée par le théâtre pour les frais de l'établissement. Les recettes cruciales sont donc celles de la buvette/restauration et de notre merch. Nous faisons attention à ce que le budget prévisionnel soit toujours respecté. Nous veillons scrupuleusement à chaque dépense, afin de ne pas perdre d’argent inconsidérément. La ville, le théâtre, le public, nos sponsors et partenaires nous font confiance, nous faisons tout pour la leur rendre.

Comment travaille l’association qui organise le festival ? Comme pour les contacts avec les groupes, l'accueil, la sécurité, la communication... etc ?
Dans l'association, nous sommes sept membres à travailler tout au long de l'année sur In Theatrum. Nous recevons l'aide pour le jour J d'une cinquantaine d'autres.
Avec le temps et l'expérience, nous avons sectorisé les différents postes. Ainsi une équipe s'occupe de gérer la programmation (trouver les groupes, les contacter, etc...), une autre gère l'accueil des festivaliers (gestion des bénévoles, installation des stands, nourritures et boissons, etc...), une autre encore gère la communication de l'événement, d'autres l'accueil des artistes (loges, hotels...) et ainsi de suite pour toutes les missions à remplir. Nous avons ainsi créé des équipes qui gèrent des postes importants avec des gens qualifiés. Certains d'entre nous ont plusieurs casquettes, et sont dans plusieurs équipes. Chaque équipe gère son poste, fait des retours aux autres équipes, et nous aimons nous challenger chaque année en apportant des petits plus, ou en suggérant des évolutions. Enfin nous nous réunissons plusieurs fois dans l'année lors de réunions chez les uns ou chez les autres afin de faire le bilan des décisions prises et de proposer nos idées d'évolutions ensemble. Les décisions sont prises de manière collégiales et toujours avec beaucoup de pédagogie. Sans se faire mousser, on peut dire que cette asso regorge de gens formidables !


Quelle est la capacité d’accueil ?Le festival se déroule dans un magnifique théâtre. Comment cette idée est-elle née ?
À l’époque des Métallurgicales, les concerts étaient joués en plein air mais aussi dans la salle omnisports (Complexe Sportif Jean Degros). C'était top, mais ça nécessitait de grosses dépenses pour transformer cette salle de sport en salle de spectacle. À leur arrêt en 2015, puis à la création d’In Theatrum Denonium, nous envisagions donc de délocaliser le lieu du festival afin de nous démarquer des Métallurgicales, tout en restant à Denain. Nous souhaitions aussi et surtout sanctuariser le festival créé par Patrick Roy, tout en perpétuant son héritage. Le Théâtre, un établissement impressionnant que nous fréquentions déjà lorsque nous étions petits, à l'école ou au collège, nous a toujours fascinés. L'opportunité de l'utiliser s’est alors présentée, et avec elle tout ce que nous souhaitions faire de nouveau.
La mise à disposition du Théâtre a ensuite été déterminante pour l’orientation que nous souhaitions emprunter, pour approfondir le concept souhaité, très atypique par rapport aux événements habituels. Il faut aussi savoir que nous sommes très attachés voire carrément passionnés par le patrimoine local et par ce théâtre. Cela se retrouve sur nos différents visuels. L'an passé, notre cinquantaine de bénévoles a bénéficié d'une visite commentée du théâtre et tous ont avoué avoir passé un super moment !
Le concept a ensuite été très apprécié du public. Ce fut sold out dès la première année, à notre grande surprise ! Le succès perdurant, les médias se sont intéressés à ce projet (Télérama, Culture Box, France 3… et aujourd'hui Hard Force, merci !), ce qui est aussi l’occasion de parler d’un point fort de Denain : la culture.
 


Quelle est la capacité d’accueil ?
La capacité d’accueil de la salle intérieure a un peu évolué au fil des années. Nous avons ainsi ouvert le balcon au public pour arriver aujourd’hui à environ 550 places. C'est une jauge fixée normalement pour un public assis, mais elle reste la même pour un public debout. Je dis "normalement assis" car pour In Theatrum, nous avons l’accord pour retirer jusqu’à 4 rangées de sièges, au prix de nombreux efforts des équipes techniques, afin de créer une fosse qui est appréciée de notre public.
Quant au reste du bâtiment, le théâtre a été fermé plusieurs mois en 2018, pour des travaux de restauration. Ils ont notamment concerné la salle historique de l'ancien fumoir, majestueuse, ornée d’un splendide et gigantesque lustre en cristal de bohème. L’endroit est donc plus spécial encore et nous permet d’aérer les zones de passage afin que les festivaliers se sentent plus à l’aise entre les concerts.

Comment les groupes réagissent-ils à ce décor si particulier ?
Il y a très souvent deux réactions. Offrir aux groupes l’opportunité de jouer dans un lieu si particulier est un atout indéniable qui, disons-le, pèse dans les négociations. Certains groupes tournent très peu, par choix : ils acceptent les invitations s’ils ont un coup de cœur ou réalisent qu’ils n’auront pas tous les jours l’occasion de jouer dans de si beaux endroits. Le Théâtre de Denain en fait partie. Mais on peut citer d’autres décors atypiques, comme les grottes du Prophecy Fest en Allemagne, le Métal Opér’Art de Strasbourg ou le futur Behind The Curtain de Nantes ; ils se sont inspirés de notre expérience et nous les saluons !
Puis il y a ce moment où ils arrivent sur place : la beauté du lieu prend le pas sur les mots. Les waaaahhh, les ohhhh, et les selfies sont alors de sortie ! Les musiciens se prennent alors au jeu et déambulent dans les allées et couloirs, la tête en l'air, les yeux équarquillés, profitant de l’ambiance très particulière qui règne dans ce bâtiment ce jour-là. Ça nous permet aussi d’avoir une proximité artistes/festivaliers extrêmement appréciable. Les membres de Darkspace ont au final passé très peu de temps en backstage pour profiter de l’endroit au maximum.  Onielar de DNS (Darkened Nocturn Slaughtercult) était totalement conquise par le Théâtre et hantait les allées, marchant au milieu des fans qui n’osaient pas l’aborder. Les deux groupes étant allés apprécier la performance de Raphaël Verguin (Psygnosis, Spectrale, Rïcïnn) au violoncelle parmi les festivaliers. Nous avons vécu de superbes moments de communion avec des groupes tels que UADA, The Great Old Ones, Regarde les Hommes Tomber, Au Champ des Morts... De plus, il y a l’acoustique, qui fait l’unanimité auprès des groupes et des visiteurs.

Quelles contraintes imposent ce lieu ?
Ce lieu plein d'atouts impose également de très sérieuses contraintes.Outre les contraintes habituelles inhérentes à ce genre de manifestations (organisation, sécurité, droits d'auteur, communication, logistique...), nous devons composer avec le fait que le Théâtre de Denain est un monument classé au patrimoine historique. Ainsi une attention toute particulière est portée au respect des lieux. Interdiction par exemple de consommer des boissons ou de la nourriture dans la salle intérieure : il faut rester dans le hall, le fumoir historique ou les couloirs. De nombreux bénévoles veillent au respect des lieux en rappelant aux festivaliers le caractère historique du théâtre.
Mais depuis la création d’ITD, nous pouvons nous targuer d’avoir des festivaliers extrêmement réceptifs. Ils font d’eux-mêmes font attention à garder l’endroit clean.
On peut aussi penser à l'absence de lumière verte dans les théâtres - depuis la mort de Moliere, le vert a la réputation de porter malheur -  mais nous en faisons fi pour In Theatrum ! Il y aaussi l'absence de crash barrières, ce que les photographes redoutent parfois avant de nous dire qu'au final c'était bien mieux ainsi : cela favorise la proximité du public avec les artistes.
Nos nombreux bénévoles font un travail remarquable pour nous aider à maintenir le Théâtre dans un état irréprochable. J’en profite pour les remercier pour leur implication et leur disponibilité. La réussite du festival est aussi grandement la leur.

Quel est, pour vous, le meilleur concert jamais donné dans le cadre du festival ? Pourquoi ?
Chaque concert qui a eu lieu à ITD a eu une saveur particulière pour nous, et nous a donné le sentiment de se démarquer des autres.
Il y a la prestation des américains de UADA, qui en acceptant notre invitation allaient se produire pour la 1ère fois en Europe, et qui aujourd’hui jouent dans tous les grands festivals du vieux continent. Darkspace, aussi, qui sont extrêmement discrets et font très peu de concerts. Il y a aussi eu les prestations d’Enthroned ou Darkened Nocturn Slaughtercult, qui ont impressionné le public. Le show visuel de DNS fut si intense qu'il a marqué de nombreux fans très expérimentés ! Amenra, de par l’ambiance lourde et mélancolique qu’ils ont instaurée sur scène... Au Champ Des Morts, dont le leader Stefan Bayle revenait après dix ans d’absence et la dissolution des légendaires Anorexia Nervosa. Plus loin dans le temps, nous avons eu la chance d’avoir des moments inoubliables, que nous n'aurions pu envisager, grâce à Septicflesh, Harakiri For the Sky ou The Great Old Ones.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les groupes déjà à l’affiche 2020 ?
Cette année, nous avons un line-up qui sera extrêmement puissant et énergique, avec deux groupes qui commencent à se faire une très solide réputation, et deux autres qui sont déjà très bien installés dans le paysage musical du genre. En plus de ces 4 groupes, et pour ouvrir le bal, nous aurons l’honneur de recevoir, dans l'ancien fumoir, pour un show unique, les Français SPECTRALE, projet instrumental de Jeff Grimal (ex-TGOO) avec le talentueux violoncelliste Raphael Verguin.
Ensuite, sur la scène de la salle intérieure, nous ouvrirons les hostilités avec les Allemands SULPHUR AEON, super groupe de death black influencé par HP Lovecraft, qui tourne très très peu par chez nous. BORGNE, groupe helvétique aux sonorités très black indus jouera ensuite, avant CARACH ANGREN qui viennent des Pays-Bas avec un horror-metal qui se marie on ne peut mieux avec le cadre que propose le théâtre. Enfin en tête d'affiche, les Norvégiens CARPATHIAN FOREST, véritables légendes du black metal, dont le style tire beaucoup sur le black punk, mais aussi parfois sur le symphonique, un groupe totalement culte !

Quel(s) groupe(s) rêvez-vous de programmer au IN THEATRUM DENONIUM ?
Tous ! (Rires) Ils sont nombreux à attirer notre attention, et surtout celle de nos festivaliers qui régulièrement nous envoient des suggestions pour les éditions à venir. Parfois elles sont pertinentes et peuvent même s’avérer payantes, d’autres fois, cela ressemble plus à une liste de Noël, car il faut bien composer avec notre budget et nos moyens. Mais des groupes comme EMPEROR, MGLA, MARDUK, NILE et consorts nous font bien sûr rêver ! Après tout, il ne faut jamais dire jamais...

Pourriez-vous faire des infidélités au black metal ?
A dire vrai, et même si notre prog est très orientée black metal, nous nous voyons plus comme un festival de metal extrême en général. Nous avons déjà reçu des artistes qui n’ont pas cette étiquette "True" black metal.
On peut citer AMENRA, notre tête d’affiche de l’Acte IV qui font du doom. HARAKIRI FOR THE SKY du post-black, tout comme THE GREAT OLD ONES ou encore FURIA. MELECHESH étaient assez thrash, SEPTICFLESH plutot death symphonique, CELESTE plutot hardcore.
Cette année, avec CARACH ANGREN qui se définissent plus comme du horror metal et SULPHUR AEON dans le death, et même CARPATHIAN FOREST qui prend parfois des accents punks, nous sommes loin des impératifs du genre. Tant que le line-up reste cohérent avec notre ligne directive et l’ambiance que nous souhaitons, nous sommes ouverts à tous types de métal extrême !
Un grand merci à HARD FORCE qui nous a souvent mis en valeur dans des galeries photos. Vous pouvez retrouver toutes les informations sur notre page Facebook et site web. Rendez vous le 7 mars au Théâtre !
 

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
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