25 décembre 2020, 18:00

TOP ALBUMS 2020

• Nikkö Larsson - Un choix difficile pour une année exceptionnelle


Quelle année bizarre que celle que nous avons connue. Une année où la pandémie et les décisions politiques ont mis en stand-by l'industrie du spectacle et ont nettement fragilisé tout ce qui touche à la musique live. Paradoxalement, en termes de sorties, ça a été une année extrêmement prolifique avec un très haut niveau de qualité. Au point qu'il a été très difficile de faire un top 10 (bon, il y a quelques ex-æquo, je triche un peu) parmi 70 albums qui méritaient une place. Pour la première sur HARD FORCE, voici mon classement. Il fera sûrement débat, avec la capacité qu'on connaît sur les réseaux sociaux à argumenter de manière polie, mais après tout, c'est subjectif. Sans plus attendre, voici mes albums les plus marquants d'un cru définitivement exceptionnel.
 

10. PATRÓN : « Patrón »
Une base stoner sur laquelle on a greffé un peu de pop, d'électro et 60 ans de rock californien dans tout ce qu'il a de riche et varié, voilà ce que nous propose Lo de LOADING DATA sur son projet PATRÓN au casting énorme (Lo, Alain Johannes, Aurélien Barbolosi, Joey Castillo, Barrett Martin, Nick Oliveri) et à la production léchée. Au final, l'album de l'été, un des plus beaux projets de l'année, qui se savoure avec un cocktail bien frais et qui fera bouger les culs les plus réticents. Groovy !


9. BENIGHTED : « Obscene Repressed »
On sait que la bande à Julien Truchan, infirmier psychiatrique de son état, nous fournit des albums poussant les concepts autour de la folie jusque dans leurs ultimes retranchements. « Obscene Repressed » mêle complexe d'Oedipe, malformation faciale, schizophrénie paranoïde et gastronomie. Le tout pour un album brutal, violent, radical, tout en maîtrise, sans une once de concession et délicieusement malsain, doublé d'une grosse branlée. Yummy !


8. KATATONIA : « City Burials »
Première incursion à titre personnel dans l'univers de KATATONIA et quelle claque monumentale ! On navigue entre progressif atmosphérique à la ANATHEMA et ambient limite trip-hop. C'est d'une beauté à couper la respiration, prenant, tragique, hyper cinématographique, bénéfiiciant d'une production classieuse qui donne une dimension supplémentaire à la musique des Suédois. « City Burials » enchaîne les pépites (et d'ailleurs, il faut privilégier la version Deluxe qui prolonge le plaisir avec deux merveilles supplémentaires) comme l'auditeur enchaîne les superlatifs devant une œuvre majeure. Perfectly splendid !


8.( ex-æquo) BRIEG GUERVENO : « Vel Ma Vin »
Quand on pense à la musique bretonne, on pense Dan Ar Braz, TRI YANN (oui, je sais, ils sont de Nantes, blablabla), MATMATAH, les FEST NOZ, etc. Brieg Guerveno, chanteur et musicien talentueux d'obédience metalleuse, lui, t'offre un album acoustique qui te retourne comme une galette avant que t'aies le temps de dire "kenano". On voyage dans les paysages de la Pointe du Raz, on ferme les yeux et on se laisse aller à un concentré d'émotions, laissant le temps suspendu quelques minutes. Trugarez dit Brieg Guerveno !


7. SEPULTURA : « Quadra »
Ce que SEPULTURA a pu se faire basher depuis le départ de Max Cavalera et son remplacement par Derrick Green… Pourtant, le groupe avec ce nouveau frontman a balancé de très bons albums à la pelle, dont ce « Quadra » est un sommet. Grandiose, grandiloquent, bénéficiant d'une production magistrale, il est la quintescence de SEPULTURA. Un blockbuster d'une puissance inouïe, concentré de pépites sur lesquelles les musiciens ont élevé au maximum leur technique sans aucunement faire dans le branlage de manches et sans sacrifier l'aspect mélodique. 


6. ME AND THAT MAN : « New Man, New Songs, Same Shit Vol. 1 »
Quand Nergal avait sorti l'idée d'un album blues/folk bien dark, ça a rendu perplexe les fans les plus conservateurs de BEHEMOTH et le premier ME AND THAT MAN en avait calmé plus d'un malgré quelques réserves. « New Man, New Songs, Same Shit Vol. 1», sur lequel John Porter a été remplacé par une palanquée d'invités, a fermé définitivement les bouches les plus réticentes. Bien plus qu'une jam entre potes, c'est un album abouti où chaque morceau revêt son identité propre et une émotion différente. Impossible de détacher un titre mais aussi de quitter cet album tant il est addictif.


5. KILLER BE KILLED : « Reluctant Hero »
Tu penses que tu as quasiment bouclé ton top de fin d'année, tu as calé ton classement, tu t'écoutes un album sans grand a priori et paf, l'accident bête : tu te manges une branlée qui t'oblige à tout refaire. La faute à KILLER BE KILLED, supergroupe complètement fou qui réunit au micro Max Cavalera, Greg Puciato et et Troy Sanders, aidés par Ben Koller aux fûts. Une somme de talents réunis pour un deuxième album qui atomise littéralement le prédécesseur du groupe. Inclassable tant il marie les styles, « Reluctant Hero » impressionne par la versatilité de chaque titre où on ne sait où le supergroupe va nous emmener, mais aussi par le niveau de l'ensemble.


5. (ex-æquo) MY DYING BRIDE : « The Ghost Of Orion »
On dit parfois que les événement extérieurs privés ont un impact non négligeable sur la musique d'un groupe. Par exemple, VALLENFYRE, créé après le décès du père de Greg Macintosh, ou KORN qui a sorti l'an dernier un album magnifique après la tragédie personnelle vécue par Jonathan Davis. Ici, le dernier MY DYING BRIDE trouve sa source dans l'épreuve difficile qu'a connu Aaron Sainthorpe, le chanteur du groupe. Après cet horrible moment où MY DYING BRIDE a été mis en stand-by, le groupe est revenu tel un phénix pour livrer un de ces albums qui situent une formation du reste du monde.


4. DEFTONES : « Ohms »
Après un « Gore » qui en avait laissé plus d'un de côté, DEFTONES revient un neuvième album sur lequel Stephen Carpenter s'est davantage investi. Rassemblant 10 perles magistralement mixées, « Ohms » est aussi classieux et élégant que sombre, compact et désespéré. C'est un album riche et complexe qui demande plusieurs écoutes pour en ressentir toutes les subtilités, une œuvre qui ne s'apprivoise pas toujours facilement, mais qui, au final, délivre une énième démonstration de talent et de créativité de la part d'un groupe ovniesque porté par une voix venue d'un autre monde.


3. TOMBS : « Under Sullen Skies »
Le bourreau de travail Mike Hill a réussi, entre deux activités extra-musicales, à sortir un EP, un live et « Under Sullen Skies », cinquième album de TOMBS, rare formation étatsunienne à percer dans le black metal. Oscillant entre black tradi et post-black, TOMBS explore d'autres styles et le fait avec panache et culot. « Under Sullen Skies » fait partie de ces albums où arrivé à la moitié, on sait qu'on a affaire à un chef-d'œuvre. Et à l'arrivée, la baffe est encore plus grande et on a l'impression d'avoir essayé d'embrasser un train.


3. (ex-æquo) KVELERTAK : « Splid »
Après le départ de son chouette chanteur Erlend Hjelvik (qui a signé un très bon album avec son nouveau groupe, soit dit en passant), on aurait pu croire le groupe de black-core'n'roll KVELERTAK démobilisé. C'est tout le contraire qui s'est produit et les Norvégiens ont fait preuve d'encore plus d'audace et d'inventivité avec un album plus riche et varié (le nouveau frontman Ivar Nikolaisen ayant une palette vocale plus large et osant encore plus), qui prouve encore une fois que KVELERTAK est l'un des groupes les plus rafraîchissants de la scène metal de ces 20 dernières années.


2. LOUDBLAST : « Manifesto »
Six ans qu'on attendait le successeur du ténébreux « Burial Ground », six ans pendant lesquels Stéphane Buriez n'a pas chômé, et six ans au cours desquels le line-up a changé. Mais au bout du compte (avec en plus l'apport à la basse de Frédéric Leclercq et l'arrivée à la dernier minute de Kevin Foley pour remplacer Hervé Cocquerel pendant l'enregistrement), LOUDBLAST, les parrains de la scène death française, sont bel et bien là et dès la déferlente qu'on se mange dès le premier accord du premier morceau, les Lillois ont encore fait une véritable démonstration de puissance. « Manifesto », c'est comme se prendre l'ensemble du pack des All Blacks sur la tronche le matin au réveil, on s'en relève pas et on en redemande. Meilleur album de death de l'année et nouveau jalon posé dans le genre par une formation qui a apporté tant de pierres à l'édifice qu'on pourrait en construire une muraille.


1. THE OCEAN : « Phanerozoic II: Mesozoic / Cenozoic »
Deux ans après le premier volet, THE OCEAN, collectif de post-hardcore/post-metal progressif allemand, finit son dyptique sur le Phanérozoïque, une époque préhistorique que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Un tel album est difficile a décrire tant il s'apparente (à l'instar du dernier TOOL en 2019) à une véritable expérience auditive et sensitive qui ne peut être appréciée qu'au calme, isolé de la moindre perturbation. Jusqu'au-boutiste dans sa démarche à laquelle tout le monde n'adhèrera pas forcément, THE OCEAN livre une oeuvre dense, aboutie, hyper travaillée sur tous les plans, avec une minutie extrême et passionnante de bout en bout. L'album de l'année, tout simplement !

Blogger : Nikkö Larsson
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Nikkö Larsson
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