4 avril 2021, 19:00

Anneke van Giersbergen

@ Eindhoven (L'Effenaar - Livestream-report)


Comme tous les artistes, Anneke van Giersbergen se voit privée de son activité principale, donner des concerts en allant à la rencontre de son public. Cette activité qui pour nombre d'artiste à travers le monde est leur première source de revenus. Celle qui leur permet d'exister, de créer, mais surtout de subvenir à leur besoins. Elle doit ainsi se résoudre, comme beaucoup, à organiser des concerts virtuels pour présenter sa musique. C'est donc le samedi 28 mars dernier qu'elle a invité ses fans à la rejoindre pour une performance en livestream durant une heure.

A 21h précise, après une attente dans une salle virtuelle et un décompte, Anneke fait son entrée dans une pièce épurée de l'Effenaar éclairée par la lumière du jour qui pénètre par les deux fenêtres du fond. Nous ne sommes donc pas en direct, mais qu'importe si la prestation est à la hauteur de ce que l'on en attend. Dans cette salle aux murs de béton qui lui donne plus un aspect d'usine désaffectée que de salle de spectacle, Anneke nous souhaite la bienvenue et nous remercie de nous joindre à elle dans ce qu'elle appelle son petit salon improvisé et cosy. Il est aménagé au centre d'un canapé rétro rouge qui n'est pas sans rappelé l'esprit du clip "I Saw A Car" a côté duquel se tient son ami de la soirée qu'elle nous présente : la statut d'un chien posé en décoration. Bien qu'Anneke soit joviale comme à son habitude, on perçoit à ce moment la pointe de tristesse de l'artiste seule face à une foule imperceptible.
Autour de ce canapé, sont disposés des plantes et des bouquets de fleurs qui égaillent la froideur de cet espace en béton brut. Plusieurs guitares sont aussi posées sur leur support. Du plafond, pendent des chaînes et quelques lampes qui font écho à l'apparence industrielle de cet espace. Devant Anneke se trouve une petite table ronde sur laquelle est ouvert un grand cahier et quelques objets décoratifs. A ses pieds, on retrouve un bouddha qui rappelle son intérêt pour la méditation et le yoga. Mais surtout, on y retrouve ce cœur brisé réparé selon l'art japonais kintjusi qui fait office de fil rouge et symbolise l'esprit dans lequel est né ce superbe album intitulé « The Darkest Skies Are The Brightest ». Certes un album folk, loin de l'esprit metal progressif de VUUR, mais qui se révèle être l'album le plus abouti de sa carrière solo. Un album qui lui ressemble à 200%.
 


Ce genre de décors qui donne plus une impression de scène de théâtre, n'est pas une première pour Anneke, puisqu'elle avait déjà par le passé expérimenté ce genre d'exercice lors d'une tournée européenne avec PAIN OF SALVATION et ÁRSTÍÐIR en 2013 et la tournée "De Nieuwe Madonna" qu'elle avait réalisée en 2016 où elle se mettait en scène dans la reconstruction de sa chambre d'enfant pour présenter ses inspirations musicales de jeune fille aux débuts de son adolescence. Ses année 80.

Alors que le concert débute avec le titre "The Soul Knows" extrait de son nouvel album, on découvre une scène filmée sous trois angles alternant plans larges et plans serrés. A l'entendre, aucun doute, Anneke est en voix et bien que seule à la guitare, elle occupe magnifiquement tout l'espace. Si on pouvait craindre que seule à la guitare et de ce fait la perte des arrangements de l'album, pourrait appauvrir l'interprétation, on est rapidement rassuré. Même si sa voix prend le pas sur la guitare, cristalline, elle nous emporte malgré tout çà et là. Quelques petites imperfections nous rappellent que la scène c'est aussi le direct, de petites erreurs qui font aussi la chaleur de l'instant.

Au court de cette heure, une large partie est consacrée au nouvel album puisque seules "Survive" et "Keep It Simple" ne sont pas interprétées. La prestation live est aussi entre-coupée d'intermèdes pendant lesquels sont projetés les clips dont certains, déjà parus, sont connus par le plus grand nombre. C'est le cas de "My Promise", "I Saw A Car" et "Hurricane". Par contre, ceux de "Agape" et "The End" sont totalement inédits et ne sont accessibles uniquement par ceux qui se sont procuré leur accès à ce livestream. L'intérêt de ces clips publics est double. Le premier est avant tout musical car il permet de ne pas exclure de ce livestream la richesse des arrangements présents sur l'album et donc d'en faire la promotion. Le second est leurs scénarios qui illustrent l'esprit de l'album. "My Promise" mets en scène les moments importants dans la vie d'un couple. Ceux que l'on se remémore avec mélancolie lorsque le ciel s'assombrit sur une relation qui devient houleuse. "I Saw A Car" qui fait référence à la retraite d'Anneke seule dans cette petite maison dans laquelle sont nées les chansons de l'album. Si "Hurricane" évoque l'orage qui gronde, c'est aussi le calme après la tempête et la joie de vivre qui renaît. Il met aussi en scène deux musiciens avec lesquels Anneke a collaboré. Tout d'abord, Gijs Coolen, talentueux guitariste, priducteur de l'album et qui est pour beaucoup dans la richesse du disque. Mais aussi, Martijn Bosman, formidable batteur et percussionniste avec lequel elle avait monté le spectacle pour enfant "De Beer Die Geen Beer Was" en 2011. Le clip inédit de "Agape" qui a servi de teaser pour annoncer le livestream dévoile Anneke plongée dans un bain de lait, telle Cléopâtre. Serait-ce un peu mégalo de sa part ? A chacun de se faire son propre avis, mais ce n'est certainement pas son clip le plus réussi. Cela n'est pas sans faire écho au clip du titre "Feel Alive" en 2013. Toutefois, il n'enlève rien à la beauté du titre qui pour le coup nous offre toute la richesse de son orchestration. "The End" est une totale surprise. Il présente Anneke seule dans un univers qui semble tout droit sorti du roman Vol Au Dessus D'un Nid De Coucou de Ken Kesey. Comme si cet orage qui gronde sur sa vie était une expérience schizophrénique au point de la rendre folle.
  
Au delà de ces intermèdes vidéos, une large place est laissée au live, c'est ainsi, comme mentionné précédemment, que les titres "Lo & Behold", "Love You Like I Love You" malgré quelques difficultés avec ses "graves" et "Losing You" ne manquent pas d'intérêt. Elle avait annoncé un livestream fait de surprises et elles sont nombreuses car en dehors des nouveaux titres qu'elle a présentés et qui sont eux-même d'agréables surprises, chaque titre interprété, et extraits de son ancien répertoire, sont à leur tour une surprise. La plus marquante est certainement l'interprétation de "Losing You" joué en duo avec Finn, son fils qui vient de fêter ses 16 ans. Pour cette première apparition, il interprète même un solo de guitare. Sa présence sur ce titre contribue aussi à créer une perspective temporelle avec ceux, parmi l'audience, qui la suivent depuis longtemps et ont croisé Finn enfant au cours de certaines apparitions live de sa mère. Aujourd’hui, ce n'est plus le bambin joueur qu'elle évoquait avec affection dans "My Boy", mais le jeune homme avec lequel à son tour elle tisse une relation faite de complicité, d'amour et d'amitié. Celle qu'elle évoquait dans "My Mother Said" où le parent au détour d'une conversation avec son enfant s'aperçoit qu'il a gagné un ami.
 


Pour l'ensemble des autres chansons connues, en dehors de "Like a Stone", une reprise de AUDIOSLAVE en hommage à Chris Cornell qu'elle interprète comme à son habitude, toutes sont des innovations. Extrait de son premier album solo, « Everything Is Changing » en 2012 réalisé avec Daniel Cardoso entre autres, "1000 Miles Away From You" dans sa version acoustique est magistral. Il n'en n'est pas de même pour "Strange Machines" qui bien qu'étant considéré comme l'un des hymnes de sa période THE GATHERING ne fonctionne finalement bien que dans sa version metal ou live. "Starless", reprise de KING CRIMSON, bien interprétée, l'est pour la première fois et ravira certainement les fans du célèbre groupe. Elle propose ensuite une version intéressante de "Mental Jungle" qui figure sur l'album « Drive » sorti en 2013. Elle achève son set avec un titre inédit "Weary", avant de nous remercier d'avoir passé ce moment en sa compagnie, et d'espérer nous revoir bientôt dans la "vraie vie", et en attendant, de prendre soin de nous.

Certains billets permettent l'accès à des bonus. Deux titres joués "at home", "I Saw A Car" et "3 Libras" une reprise de A PERFECT CIRCLE et une vidéo avec les paroles de "The Soul Knows" avec Devin Townsend. Mais leur vrai intérêt est la période dont le possesseur du "ticket" dispose pour voir et revoir cette prestation, et aussi l'accès à un futur livestream.

Comme souvent Anneke a offert un moment de musique intimiste dans lequel elle nous a fait voyager. Elle a su profiter des circonstances pour intercaler dans ce live des clips qui permettent de présenter certains titres dans leur version album et donc de montrer la richesse des arrangements qu'elle ne pouvait évidemment partager seule avec sa guitare. Si vous n'avez pas assisté à ce concert et que vous le regrettez, rien n'est perdu car il vous est toujours possible d'acheter un billet et d'en profiter pour une durée plus ou moins longue en fonction de la formule que vous aurez choisie. Par contre, si vous espériez rencontrer Anneke au cours d'une discussion personnelle en mai prochain, ce ne sera pas possible car tous les billets on été vendus.

Espérons maintenant que le monde d'après sera pour bientôt et qu'en 2022, il nous sera possible de retrouver la chanteuse dans la "vraie vie". Espérons aussi qu'elle trouvera le moyen de s'entourer de musiciens pour retranscrire en live la richesse musicale de cet album.

Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il cultive un vif intérêt pour le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionne. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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