30 avril 2024, 23:59

BENIGHTED + TEN56. + QUEEN (ARES)

@ Oignies (Métaphone - Hellfest Warm-Up)

Cette année, le Hellfest Warm-Up Tour pose son barnum, pour les Hauts-de-France, au Métaphone de Oignies. Outre TEN56. et BENIGHTED qui participent à l’ensemble des quatorze dates, les locaux QUEEN (ARES) sont à l’affiche. La succession de ces trois formations fait penser à un sandwich dont les deux tranches de pain sont succulentes mais la garniture bien trop fade.

Les Lillois QUEEN (ARES) donnent naissance à une araignée protéiforme, au venin hypnotique, à la toile poisseuse certes, mais aux reflets cristallins. Leur post-metal teinté de doom est un astre noir charbon (le groupe dédie "Black Corridor" aux souffrances de la classe ouvrière) qui a la beauté tragique des agonies. Les deux chanteurs varient les types de voix, des passages parlés aux cris, presque des growls, en passant par des intonations plaintives. La musique suit ces soubresauts au fil de longues chansons –  « nos titres durent plus de huit minutes, nous ne pouvons donc en jouer que quatre » – souvent angoissantes, parfois envoûtantes, parfois mélodiques, souvent furieuses. Tel est "Keep Your Flowers And Give Me Rice", nouvelle composition étrennée sur scène qui glisse de la rage épileptique à une étonnante légéreté. CULT OF LUNA et NEUROSIS peuvent dormir tranquille, leur succession est en de bonnes mains.


Dans la métaphore du sandwich, TEN56. est la tranche de jambon peu ragoûtante. Dès les premiers morceaux, au rythme de lumières flashy, sa mixture de nu-metal et deathcore saupoudré d’indus fait rapidement fuir de nombreux spectateurs. Si l’énergie est bien présente, si les fans se déchaînent dans la fosse malgré un son comme étouffé, la prestation du groupe est caricaturale, à grands coups de breakdowns ("Kimo"), de syncopes et de saccades déversées à mille à l’heure. Peu de spontanéité dans ce concert comme quand un gaillard tente de monter sur scène... et qu’Aaron Matts le chanteur passé par BETRAYING THE MARTYRS, lui fait comprendre que ce n’est pas le bon moment ! Les lights stroboscopiques se marient certes à merveille aux morceaux frénétiques assénés avec une grande qualité technique... mais cette débauche de violence semble vaine. Bien sûr "Boy" est efficace, mais que dire de ce "RLS", sorte de rap où le hurleur se retrouve seul sur scène, ou d’un "Sick Dog" prévisible ?


Après un long clip à la gloire du Hellfest et un compte à rebours repris par le public, BENIGHTED envahit la scène avec le malsain "Scars". Les écrans désormais diffusent des images immondes, souvent de vers, qui illustrent le propos du dernier album des Stéphanois, l’excellent "Ekbom". Julien, géant aux pieds nus et à la voix aussi (a)variée que monstrueuse, est un maître de cérémonie parfait, s’adressant au public avec une bienveillance non feinte. Cette bonhomie, cette sympathie, contraste avec la violence de son brutal death/grind et de ses attitudes menaçantes quand il prend possession des morceaux. Il aide les nombreux slammers à monter sur scène en leur tendant la main et se régale à voir la foule se lancer dans d’incessants pogos et autres circle-pits.

Le fameux "Nothing Left To Fear", composé à 402 BPM, est précédé d’un bref discours insistant sur la difficulté de jouer ce morceau et sur la nécessite de l’assumer. Sur ce titre, Kevin Paradis, derrière son impressionnante batterie, confirme à quel point il tutoie l’élite des cogneurs. Le quatuor fait preuve d’une redoutable qualité technique, des riffs d’Emmanuel Dalle (quelle leçon sur "Metastasis" avec un bref solo en prime !), aux lignes de basse d’un Pierre Arnoux en feu, qui assure aussi les chœurs. Un soupçon de groove se glisse chez "Implore The Negative" et "The Starving Beast" deux fiers représentants de « Obscene Repressed ».
"Ekbom" confirme quant à lui sur les planches qu’il est un excellent cru... comme nombre de ses prédécesseurs. "Reptilian" et ses accents black restent fascinants quand l’incontournable final "Let The Blood Spill Through My Broken Teeth" laisse la salle exsangue après une telle démonstration de force, après avoir croqué à pleines dents dans cette succulente tartine pétrie avec force et conviction.

Comme l’indique le slogan de cette tournée, le Hell Fest est bien venu aux vaillants métalleux des Hauts-de-France, ravis de se lancer dans la compétition de air-guitare, de profiter du merchandising du festival de Clisson ou de la photobox. Une organisation carrée, au millimètre.

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
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