
Il y a des périodes où le public semble ressentir le besoin de renouer avec les années marquantes de sa vie. C'est le cas en ce moment avec plusieurs concerts de groupes emblématiques : la reformation du line-up de THE GATHERING tel qu'il était à l'époque de l'album « Mandylion », le succès indiscutable des frères Cavalera avec l'interprétation sur scène de l'album mythique « Chaos A.D. », ou encore cette reformation de LINKIN PARK sous une forme différente...
Le groupe a traversé l'une des épreuves les plus difficiles avec la disparition du chanteur Chester Bennington en 2017, provoquant un hiatus de sept ans. Mais le groupe a surmonté cette épreuve complexe en prenant le contre-pied de la situation et en recrutant la chanteuse Emily Armstrong. Ce choix, loin d'être anodin, a été largement plébiscité, propulsant le groupe directement dans les stades. Et ce phénix est de passage ce mardi 16 juin au Groupama Stadium de Lyon, après des prestations remarquées au Stade de France et au Hellfest en 2025. Et, si j'en crois les archives, il s'agit du premier concert du groupe en région lyonnaise.
La soirée débute aux alentours de 19h avec un duo atypique : PHANTOGRAM. Les deux américains, Sarah Barthel et Josh Carter, officient depuis 2007 dans un style rock électronique que Miley Cyrus semble apprécier puisqu'elle a invité Sarah sur la chanson "Slab Of Butter". Le duo nous livre un set agréable qui instaure une ambiance plus apaisée pendant l'arrivée du public. Il n'est pas forcément évident de retenir toute l'attention d'une foule en train d'arriver et de s'installer. PHANTOGRAM est sans doute un groupe à découvrir dans l'intimité d'une salle, mais je n'en reste pas moins conquis par son approche musicale et sa prestation, somme toute assez intimiste.

Changement d'ambiance avec l'arrivée de LAST TRAIN. Le quartette alsacien a été invité par LINKIN PARK à ouvrir dans ce stade et l'on découvre un groupe visiblement ému et prêt à tout donner ce soir. On les comprend, et cette découverte est magistrale. Avec "Home", LAST TRAIN impose son style, me faisant tantôt penser à NINE INCH NAILS, FILTER ou QUEENS OF THE STONE AGE. C'est du gros rock, du vrai rock, et une belle claque.
LAST TRAIN mélange les styles et se donne sans compter, à la manière d'un Frank Carter : à la fois impressionné et impressionnant, totalement ancré dans le moment présent. C'est un set d'une grande rareté que l'on découvre ici. La sincérité et l'émotion sont à leur comble et nul doute que ce groupe a toutes les chances d'aller loin et de s'imposer durablement. Ils se sont d'ailleurs imposés ici dans un stade ; ils peuvent désormais s'imposer n'importe où. Un nom à surveiller de très près, car ces musiciens sont jeunes et pourraient bien mener une petite révolution musicale à travers l'Hexagone. Vous l'aurez compris, il s'agit d'un véritable coup de cœur.

LINKIN PARK : le nom résonne dans le stade, scandé par un public enthousiaste venu des quatre coins de la France pour assister à cet événement. Comme évoqué en introduction, le groupe a relevé un défi hors norme ces dernières années : retrouver le chemin de la scène et renouer avec la puissance qui a fait sa réputation.
Les changements de chanteur peuvent avoir deux conséquences : le succès ou la perte des fans. Souvenez-vous de MÖTLEY CRÜE, IRON MAIDEN ou JUDAS PRIEST. Dans le cas de LINKIN PARK, nous sommes face à un véritable cas d'école. En laissant passer du temps, en laissant les fans digérer la situation et en choisissant de recruter Emily Armstrong, le groupe a surpris tout le monde. Il faut reconnaître que cette transition a été particulièrement bien menée.
Mais il convient avant tout de souligner le travail exceptionnel accompli sur l'album, très justement intitulé « From Zero ». On souligne évidemment l'arrivée de la chanteuse, mais il ne faut pas oublier Colin Brittain, qui remplace Rob Bourdon à la batterie, ni la présence en tournée d'Alex Feder à la guitare à la place de Brad Delson, toujours membre du groupe mais désormais éloigné du mode de vie qu'impose la scène à ce niveau.

Tous ces éléments réunis rendent le public impatient de retrouver le groupe sur scène. Ceux qui étaient présents aux dates parisiennes affichent un enthousiasme exacerbé. On sent que la soirée s'annonce anthologique. Elle débute par la bande-annonce du film Unshatter, dont la date de sortie reste encore inconnue et qui retracera les étapes du retour du groupe. La simple image de la peinture représentant Chester fait frémir le stade et plonge tout le monde dans l'ambiance avant un décompte de dix minutes accompagné de musique.
Normalement, on ne parle pas de ce genre de détails, mais le son de DAFT PUNK provoque une telle vague d'énergie que je me dis que, si un jour le duo décidait de se reformer, je n'imagine même pas l'ampleur de l'événement. Parenthèse refermée, résonne enfin l'introduction du concert, "Inception Intro A", suivie de l'arrivée du groupe sur "The Emptiness Machine".
Nous avons redécouvert le groupe en studio avec cette chanson ; il est donc logique de la retrouver ici. Première impression plus que positive. L'enthousiasme du public est à son comble. Ce premier morceau permet à chacun de faire les présentations et de laisser le premier couplet à Mike Shinoda, leader incontesté et figure pensante du groupe. On ressent forcément un petit frisson lorsque résonne la voix puissante d'Emily Armstrong. Ce single est une réussite et son interprétation en concert vient le confirmer.

Ce que j'attendais personnellement, c'était d'entendre Emily se réapproprier les titres les plus anciens. L'attente ne sera pas très longue avec "Lying From You" puis, un peu plus tard, "Points Of Authority" et "Somewhere I Belong". Tout est validé. Le charisme, la voix, l'attitude : rien à redire.
On comprend alors l'effervescence qui entoure cette nouvelle incarnation du groupe. Emily vient compléter l'éventail des ressources de LINKIN PARK et apporte un élément sonore inédit qui enrichit encore davantage son identité musicale.
On poursuit cette odyssée sonore, divisée en quatre actes et un rappel, avec une diversité de chansons comprenant des standards tels que "Burn It Down", "A Place For My Head" ou l'incontournable "Numb", ainsi que des nouveautés imparables comme "Two Faced" et "Heavy Is The Crown".
L'ensemble est servi par une excellente qualité sonore et un spectacle visuel reposant principalement sur les écrans et les lasers. L'équilibre entre ce qui se passe sur scène et ce qui l'habille est parfait. Les 29 titres choisis par le groupe sont autant d'ogives qui atteignent directement un public totalement conquis, lequel n'a plus qu'à se laisser cueillir par un rappel composé de "Papercut", "In The End" et enfin "Faint".
LINKIN PARK nous a livré un concert qui aura mis tout le monde d'accord. Cette renaissance est prometteuse et, maintenant que le groupe évolue dans la cour des très grands, il y a peu de chances que la magie retombe.
Portfolios : LINKIN PARK - LAST TRAIN © Anthéa Bouquet
