Depuis des années, le Raismes Fest est devenu l’un des événements incontournables de la rentrée. Les amateurs de metal, hard rock, et toutes leurs chapelles sauf les plus extrêmes, mais aussi de rock progressif ou de blues rock, savent qu’y sont régulièrement invitées valeurs sûres, gloires d’autrefois, mais aussi jeunes pousses, certaines parfois encore totalement inconnues dans nos contrées, ou n’ayant jamais joué dans notre pays. Le tout pour un tarif toujours abordable (cette année, 90 € les deux jours), et à deux pas de Lille, 2 heures de route de Paris. Alors oui, cette année, les prévisions météo se montraient menaçantes pour le dimanche, tandis que le programme de cette journée s’avérait, de plus, moins alléchant que celui de la veille. Mais le Raismes Fest, c’est aussi l’endroit où l’on a fait plein de découvertes ou vu certains artistes pour la première fois (CATS IN SPACE, MERCURY RIOTS ou Thomas Frank Hopper, pour ne citer que quelques exemples récents).
Donc, au diable les tergiversations, et cap sur le Nord ! Hélas, la HardForcemobile ne s’avère pas assez rapide pour nous amener à bon port en temps et en heure. Mille excuses, musiciens de PROJECT qui ouvrez le bal ce samedi, nous arrivons alors que votre set de hard rock vient de se terminer. Mais nous en recueillons de bons échos.

Nous sommes par contre dans les temps pour apprécier la prestation de THE FLYNTS, formation belge de classic-rock. Et quel changement par rapport à ce que nous avions vu l’an dernier, au Golden Age Rock Festival de Liège ! Déjà, en termes de personnel, puisque la moitié du groupe a été modifiée. Place donc à un nouveau guitariste et un nouveau bassiste. Le chanteur, Raphaël Rufo, tient heureusement toujours le micro, mais lui et ses compères se démarquent désormais davantage de leurs influences zeppeliniennes.
Les Belges attaquent donc fort avec quelques titres désormais bien rodés, "Stand Out", "Smoke And Mirrors", le tube "Black Leather" (extrait de leur EP de 2024), avant la première reprise du jour, le bon vieux "Evil" imaginé par Willie Dixon et précédé d’un court break de batterie. Le groupe calme un peu le jeu, avec le début de "Mystic Dreams", avant une nouvelle cover, cette fois de MOUNTAIN, à savoir "Mississippi Queen", dotée d’une fin à fond la caisse.
La deuxième moitié du concert continue avec le bien musclé "Sacred Flint" ou le davantage stonien "Tea Party" agrémenté d’une grosse ligne de basse. Le quartette achève le public avec "White Lava", un exercice qu’on dirait tiré d’un bon vieux CACTUS.
Si ces quelques lignes vous ont donné envie, sachez que THE FLYNTS, qui n’avaient pour l’instant à proposer que « First Spark », un EP 4 titres sorti en 2024 (entièrement joué à Raismes), s’apprêtent à dégainer début octobre un très bon album live, « Tame The Flame Genuine - Live In Brussels », dont nous reparlerons ici-même.

Erik S. Björngard’s TIME TRIPPER, malgré son nom, est bel et bien un collectif français, et il donne à Raismes le premier concert de sa carrière. Le patron, un franco-suédois, adule le hard FM des années 80, et il lui rend un bel hommage avec l’album paru l’an dernier, qui porte le nom un peu compliqué du groupe. Sur disque comme sur l’album, on trouve notamment deux pointures, le batteur Jimmy Montout et le guitariste Tom Fremont. Ce dernier a collaboré aussi bien avec KORITNI que Dorothée, tandis que Montout fracasse ses cymbales avec des inconnus nommés Manu Lanvin ou Louis Bertignac. Saluons d’ailleurs sa performance, puisqu’on le verra deux fois derrière ses fûts durant la journée (TIME TRIPPER et le DEVIL BLUES de Manu Lanvin donc), avant qu’il ne s’éclipse pour aller accompagner dimanche Louis Bertignac près de Dunkerque. Quelle santé !
Mais revenons à notre TIME TRIPPER, qui nous fait effectivement voyager dans le temps, à l’époque bénie où régnaient les titans de l’AOR comme JOURNEY, SURVIVOR, TOTO, FOREIGNER, REO SPEEDWAGON, etc. Pour se lancer là-dedans, il faut posséder une sacrée voix – check –, être bien accompagné – check –, tous les musiciens assurent les chœurs en plus de leur instrument respectif – et surtout, disposer de solides compositions, toujours check.
Sans rivaliser bien entendu avec les légendes citées plus haut, nos Français réussissent leur coup avec un très bon "On Stage" d’ouverture, suivi du non moins efficace "Heart On Fire". Outre la plus grande partie de son unique disque, le groupe se risque également à proposer une nouvelle chanson bien mélodique, "How Long". Mais il y a aussi fort à faire avec le rapide "Love In Chains", "Ride The Storm" ou "Hurricane". Seul point faible à notre avis, une reprise de Lionel Richie, "Running With The Night", pas sensas. Heureusement, le concert de 50 minutes s’achève sur un nouvel inédit, un morceau très LOVERBOY, "The Right Move". A quand un concert en tête d’affiche, et le deuxième album ?

Changement radical d’atmosphère avec 7 WEEKS. Le trio heavy-stoner de Limoges, qui fonctionne en indépendance totale depuis ses débuts, monte sur scène avec la rage et boosté par les quelques mots de Bertrand, celui qui introduit tous les artistes, à coups de déplorables jeux de mots, avant leur arrivée sur scène. « Avec la présentation qu’on a eue, on n’a pas intérêt à faire un concert de merde », rigole le bassiste/chanteur Julien Bernard.
Rassurons-le, son groupe ne se rate pas et envoie gravement la purée, offrant l’un des sons les plus compacts et les plus massifs de tout le festival ! En osant d’ailleurs commencer par un inédit de bon aloi, "Going Back Home", qui sera également le nom du prochain EP, à sortir vendredi 18 septembre.
Le déluge sonore continue avec "Up The Pressure". Le trio joue précis, carré, et le public, interpellé, se masse plus qu’avant devant la scène. De quoi bien apprécier le nouvel inédit, "Shape Me", qui met bien en avant la section rythmique.
L’inquiétant "Four Again", toujours précédé de ses voix anxiogènes, entame une fin de concert impeccable, comportant notamment un "667 Off" gorgé de fuzz, et un ultime "Acid Rain" transpercé d’un break à la basse. Le rouleau compresseur du festival !
Nouveau virage à 180° avec WYTCH HAZEL, tant visuellement que musicalement. Côté look, on passe du tout noir au tout blanc, avec collant obligatoire (doré, comme sa cape, pour le patron, le chanteur et guitariste Colin Hendra). Tandis que les enceintes laissent désormais échapper un hard très mélodique, qui peut souvent faire penser à un WISHBONE ASH en plus dur.
Bien que le groupe ait été à moitié renouvelé pour l’occasion (avec un ancien guitariste de la formation revenu et passé à la basse, et le batteur de PHANTOM SPELL), tout roule pour les Britanniques, qui jouent sur une scène équipée de cierges, tandis que chacun de leurs instruments arbore une croix bien visible. C’est que nous sommes ici en présence de l’un des représentants les plus emblématiques du metal chrétien.
Et ma foi, on peut dire que les musiciens savent prêcher la bonne musique, et convertissent sûrement quelques âmes durant leurs 50 minutes de messe. Les morceaux font plus que se laisser écouter, comme le "The Fire’s Control" d’ouverture et le "I Am Redeemed" qui suit.
« Y a-t-il des fans de notre troisième album ? », demande Hendra, avant de lancer le médiéval "Dry Bones", puis "Archangel". On apprécie beaucoup le travail des deux guitaristes, pas forcément tout le temps parti en solo de twin-guitars, mais au contraire tricotant des gammes différentes mais complémentaires, comme sur le magnifique "The Citadel". L’influence de WISHBONE ASH se sent particulièrement aussi sur "Wait On The Wind", longue intro calme, puis accélération et déferlement de six cordes durant la deuxième partie du titre.
WYTCH HAZEL conclut avec son morceau éponyme, et l’une de ses pièces les plus ambitieuses, le progressif "Healing Power". Ite missa est !

Nous restons dans le travail de guitare de haut niveau avec le bien nommé GUITAR NIGHT PROJECT, autrement dit, en ordre alphabétique, Fred Chapellier, Pat O’May et Patrick Rondat, accompagnés de François Delacoudre à la basse et de Piwee à la batterie. Un combo qui devait se produire au Raismes Fest 2025, mais avait dû annuler après un problème de santé de l’ami Pat.
Mais ce n’était que partie remise, et les Trois Mousquetaires se montrent en pleine forme pour asséner leur rock, souvent instrumental mais pas toujours, et en variant les combinaisons, à trois, ou à deux.
C’est d’abord Patrick Rondat qui est mis à l’honneur, avec une version de son "Mindscape" sur lequel les trois bretteurs rivalisent de dextérité. Un instrumental donc, suivi d’un autre, un peu plus funky, "Back To Earth", que l’on doit à Fred Chapellier, éternel béret sur la tête. Arrive en troisième position "Break Out", signée O’May et sur lequel il chante.
À partir de là s’enchaînent les combinaisons, à commencer par Rondat plus O’May qui s’amusent sur "Backhand", puis Rondat et Chapellier défouraillant sur le sensible "Nuages", à l’origine composé par Django Reinhardt. Vous avez compris le principe…
Pat O’May revient prendre le micro le temps de deux autres chansons, "Far From Her Land", et la conclusion de la soirée, une reprise géniale de Gary Moore, "Over The Hills And Far Away". Un Gary Moore bien mis à l’honneur puisque Fred Chapellier, particulièrement fan, propose, avec Pat à ses côtés, son hommage sous forme de blues mélancolique, "Gary’s Gone".
Clairement, les trois gusses s’entendent comme larrons en foire, et leurs joutes guitaristiques régalent les amateurs. Une heure 20 qui passe à toute vitesse.

Ce samedi au Raismes Fest fait décidément la part belle aux artistes français, puisque voici venir Manu Lanvin (« comme le bon chocolat », précise-t-il à chaque fois) et son DEVIL BLUES, dans lequel on retrouve donc le batteur Jimmy Montout.
Nous sommes bien entendu ici loin du metal, au profit d’un blues rock bien frappé, débordant sur le boogie, et parfois assez proche du blues le plus jazzy. En tout cas, ça déménage sévèrement sur scène durant 1 heure 25, entamée avec un "Man On A Mission" endiablé. La mission, elle est simple, c’est de faire remuer le popotin de tout le monde, et de garder un grand sourire durant tout le spectacle.
Et ça, Manu Lanvin sait faire le show, dégoupillant dès son troisième titre une insolite reprise du "Highway To Hell" d’AC/DC, ou poussant quelques « hou hou » marrants lors de "I Got The Blues". "What’s The Matter With U?" donne envie de danser, "Lil’ White Man" de taper du pied et, si le taulier trouve que ça ne bouge pas assez dans le public, il y descend pour motiver le client, lors d’un "Back To Montreux" assez sauvage.
Manu Lanvin, resté seul sur scène, rend hommage à son ami et mentor Calvin Russell, avec la reprise acoustique de son "Crossroads", puis remet le courant avec le très ROLLING STONES "Saving Angel". Le public donne de la voix sur le participatif "Blues, Booze And Rock’n’Roll", et le concert s’achève sur un tempo à la Bo Diddley, le vieux "Je Suis Le Diable" où ça joue une dernière fois d’enfer.

Michael Monroe ne s’est pas souvent produit en France, que ce soit sous son nom ou avec sa formation d’origine, HANOI ROCKS. De nombreux festivaliers ont donc fait le déplacement ce samedi rien que pour lui, connaissant la réputation scénique du gaillard. Il est vrai qu’à 64 ans, le Finlandais, dûment maquillé et mise en pli impeccable, reste un entertainer de première bourre au micro, à l’harmonica et au saxo. Il sait de plus s’entourer, avec le fidèle Sami Yaffa (ex-HANOI ROCKS) à la basse, Steve Conte (ex-COMPANY OF WOLVES et NEW YORK DOLLS), ou plus récemment, le batteur Frank Ferrer (ex-GUNS N’ ROSES).
Dès le premier morceau, "Dead, Jail Or Rock’n’Roll", Monroe fait le grand écart sur scène. Sur le deuxième, il finit par chanter à plat ventre sur les planches. Il montera également sur l’échafaudage, balancera quelques kicks, et parcourra quelques kilomètres le long de son concert. Inutile de dire qu’on s’en prend plein les mirettes et qu’on ne s’ennuie pas. Car le répertoire suit, le Nordique piochant son répertoire du soir non seulement dans sa carrière solo, mais également chez HANOI ROCKS (l’inattendu "I Can’t Get It", le classique "Back To Mystery City", entre autres), et même DEMOLITION 23 (l’excellent "Hammersmith Palais").

Et il n’oublie pas de s’intéresser à son dernier album, le très bon « Outerstellar », avec pas moins de 4 représentants, "Rockin’ Horse", "Black Cadillac" (en référence, dit-il, à la voiture qui servait de logement à un Johnny Thunders perpétuellement dans la mouise), "Shinola" et "Road To Ruin". Une chanson précédée d’un speech plein d’humour du Finlandais, « Mon dernier album, écoutez-le chaque matin, et vous passerez une merveilleuse journée ! »
Monroe se fend de son traditionnel solo de saxo sur le "Malibu Beach Nightmare" emprunté aux HANOI ROCKS, et conclut comme d’habitude sur le patrimonial "Up Around The Bend" de CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL.
Rien qu’avec ça, on resterait avec l’impression d’avoir vécu le meilleur concert de la journée. Mais le gaillard revient pour un rappel de deux titres, deux nouvelles reprises bien féroces, d’abord "Taxi Driver", venue des HANOI, et rien moins que le "1970" des STOOGES ! Michael Monroe n’est pas mort, il n’est pas en prison, mais il fait toujours du rock’n’roll de folie.