Après un samedi bien chargé, ce dimanche se présente comme un peu plus pépère côté programmation. Ce qui ne veut pas dire que la journée s’annonce comme inintéressante, bien au contraire.
Elle commence, sous un ciel gris menaçant, par PERSPECTIVE, ensemble prog metal emmené par un chanteur/guitariste au look sudiste, qui joue également du saxo, pousse quelques growls à l’occasion, et avoue d’entrée : « On vient du coin, et on est super contents d’être là ». Une demi-heure sympa, couronnée par la maxime du week-end, avant un morceau intitulé "Downshifting" : « Kiffer la vie plutôt que travailler ».

On reste dans les artistes venus en voisins, avec les Belges SASHA AND THE LUNATICS, qui donnent dans un classic-rock aux relents parfois indie (4 NON BLONDES semblent constituer une influence). Il faut dire que le groupe comporte une excellente chanteuse, et affiche une certaine expérience, concrétisée par un EP, « First Phase ».
En sont joués quelques extraits, comme le puissant "Cruise Control", ou le très radiophonique "Shallowness Of The Modern World". Plus surprenante, une reprise de "War Pigs" de qui vous savez, sans solo et plus courte que l’original.
Très enthousiaste, la chanteuse réclame au public, clairsemé, « le plus gros pogo jamais vu au Raismes Fest », avec un succès tout relatif. Le groupe nous laisse quand même une bonne impression et les musiciens, qui se mêlent au public le reste de l’après-midi, ont l’air enchantés de leur excursion en France.

SILVEROLLER est très attendu des amateurs de classic-rock, tendance fin 60s, début 70s. Les Britanniques font effectivement penser à FREE ou aux FACES, que ce soit par leur musique ou leur look (la coiffure du chanteur ! le pull du bassiste !). Le boogie "Black Crow", issu de l’EP de la formation « At Dawn » (2024), d’entrée place la barre assez haut, et le chanteur se met la foule dans sa poche en quelques phrases en français avant la nouveauté "Start Walkin’" : « Bonjour, ça va ? Ça va bien ? Comme ci comme ça ? ». Et il récidive peu après : « Je suis SILVEROLLER. C’est notre troisième concert en France ».
Bon, il possède aussi une sacrée voix, parfaitement adaptée au répertoire, enjolivé par un orgue tout droit sorti de l’époque du british blues boom, comme on s’en aperçoit sur les deux inédits qui suivent, "Into The Light" et "Atlas Haze", une jolie ballade blues.
Le soleil revient en fin de show (nous avions droit à un crachin intermittent auparavant), et cela rend la prestation encore plus belle sur une autre ballade, également jamais entendue avant, "Come On, Come In", qui a tout pour devenir un classique avec son gimmick entêtant à la guitare.
SILVEROLLER conclut avec un bon rocker inédit, "Silver Sun", puis un "Hold" livré pied au plancher. Encore un groupe à suivre au sein du revival classic-rock !

Nous nous montrerons moins enthousiastes pour les musiciens qui suivent, les Américains KICKIN VALENTINA. Leur dernier album, « Anthems From The Underground », qui vient tout juste de sortir, montre pourtant le groupe soucieux de s’extraire de la nasse "metal efficace mais bourrin à la AMERICAN DOG". Mais si le disque est bon, en live, ça reste une autre paire de manches, avec un chanteur qui n’est pas vraiment un virtuose du micro (et n’est de plus pas aidé par la technique, qui le zappe carrément pendant tout le début du premier morceau, "Freakshow").
On regarde donc défiler les morceaux avec un intérêt poli, certains relevant quand même le niveau, comme le bien speed "Dance Of Destruction", ou les plus mélodiques "Generation Time Bomb" ou "Don’t Be Mad".
KICKIN VALENTINA marque cependant des points auprès d’une partie du public, le chanteur ne ménageant pas sa peine et allant ainsi chanter au milieu du public lors du dernier titre, "Get Ready".

Nous changeons ensuite à nouveau totalement de registre grâce à Eric Steckel, l’homme qui rêve sans doute d’être Joe Bonamassa à la place de Joe Bonamassa. Comme lui, l’Américain produit en trio un blues particulièrement électrique, et s’avère un virtuose de premier ordre. Un petit peu trop même, car ses morceaux ont tendance à virer trop facilement à la démonstration.
Après un premier titre bien heavy, l’artiste s’attaque à ZZ TOP avec la reprise de "Waitin’ For The Bus", très réussie. Situé à gauche de la scène, pas au milieu, l’homme endosse avec talent le costume de guitar-hero, surtout sur ses propres compositions, "Tennessee", "When It Rains, It Pours" ou ce « petit truc funky », selon ses propres mots, "Take My Love To Town".
La deuxième partie du show voit l’Américain se livrer à un véritable feu d’artifice, avec le très mélancolique "Can’t You See", superbement adapté du répertoire du MARSHALL TUCKER BAND, "Day Drinkin’", et le long blues "When Ignorance Turns To Bliss". À 35 ans, mais avec déjà une quinzaine d’albums dans sa besace – il a enregistré le premier à 11 ans ! –, et un nouvel arrivage, « Sandstorm », depuis quelques jours, Eric Steckel est clairement quelqu’un à suivre de près.

Que dire de HIGH FADE ? Le trio écossais constitue un peu l’intrus du festival, avec son funk-rock alerte qui peut évoquer, par moments, les RED HOT CHILI PEPPERS. Les visiteurs se taillent un joli succès auprès du public, dont une fraction apprécie de pouvoir sauter et danser au son de cette musique endiablée. Pour notre part, cette avalanche funk nous laisse de marbre, voire nous soûle un peu au bout d’un moment.

Cette fin de journée continue au petit trot avec une prestation moyenne de PREFABRIKE, le groupe comprenant pas moins de 3 anciens TRUST : Nono à la guitare, Vivi, ex-bassiste et guitariste désormais passé au chant, et Jeannot à la batterie. Le plus jeune Dimitri Obolensky (FURIOUS ZOO) vient renforcer l’échafaudage à la basse.
Vu les recrues et le nom du groupe, on a tout de suite une idée du répertoire de la formation : les deux premiers albums de TRUST, les plus connus, l’éponyme (1979) et « Répression » (1980). Pas étonnant donc que le public se presse davantage devant la scène. Hélas pour un rendu qui laisse mitigés nombre de spectateurs. Car après un "Préfabriqués" d’entrée qui envoie bien, le groupe s’installe assez rapidement dans une routine désarmante.

La guitare de Nono manque de tranchant, l’absence d’une deuxième six-cordes se fait sentir lorsque Nono part en solo, la voix de Vivi n’a pas l’agressivité de celle de Bernie… Plus grave, à part Dimitri, vraiment à fond dans son job, le reste du combo n’a pas l’air particulièrement motivé. Le concert ne se montre heureusement pas exempt de bons moments, par exemple lorsque le public donne de la voix sur "Bosser Huit Heures", ou lors de la bonne reprise d'AC/DC, "Ride On".
Nono prend la parole une fois tout "Trust" joué, et se gourre dans ses calculs : « 49 ans que nous n’avons pas joué ces morceaux » ! Heu, Nono, le disque est sorti il y a 47 ans, et vous avez continué à interpréter plusieurs de ses chansons des années après…
"Antisocial" a été gardé pour la fin, une très bonne idée, car le show se termine ainsi sur une bonne note et avec un public qui gueule une dernière fois un bon coup.

Le Raismes Fest 2026 se termine avec un nouveau changement de cap pour le moins brutal. Après le hard rock à l’ancienne de PREFABRIKE, place au power metal moderne de DYNAZTY. Une surprenante tête d’affiche pour ce dimanche, mais les Suédois, qui achèvent ainsi en France leur tournée (ils reviendront quand même dans notre pays en fin d’année, en première partie d’ACCEPT), ont bien l’intention de montrer qu’ils n’ont pas volé leur place.
Gros son, gros show, éclairages éblouissants, et setlist ultra-carrée, les Scandinaves déploient de fait une logistique puissante qui séduit immédiatement, et limite les départs précoces du festival, qui souvent se vide un peu en bout de course.
Que nenni ici, avec un sauvage "In The Arms Of A Devil" d’entrée, qui ressemble certes beaucoup à du NIGHTWISH, mais donne le ton. Les musiciens, dont le chanteur Nils Molin, qui sévit aussi dans AMARANTHE, ne s’économisent pas, et leur son s’affiche ample, voire colossal, il est vrai dopé aux bandes et chœurs enregistrés. Autre point fort, les deux guitaristes s’avèrent très complémentaires, et ont même mis au point un petit truc marrant : durant le solo de "The Grey", chacun s’enfile une bière de la main droite, main gauche sur le manche, et chacun ayant fini sa dégustation pile à la fin du solo. Un bel exemple de dévouement et de précision !

Les musiciens s’amusent aussi pas mal durant un medley instrumental se finissant sur le "Highway Star" de DEEP PURPLE. Après "Call Of The Night", le groupe innove dans sa set-list, proposant l’entraînant "Fortune Favors The Brave", peu joué lors de cette tournée, un petit cadeau pour le public français toujours réceptif. Le batteur se fait, lui, plaisir avec un court solo juste avant "Presence Of Mind".
La fin du concert aligne quelques classiques comme "The Human Paradox", "Devilry Of Ecstasy", et surtout un "Heartless Madness" un peu allongé, à l’issue duquel Molin ne peut que conclure : « Excellent ! Fantastique ! »
Le Raismes Fest termine donc sur une bonne note. Nous y avons vu du très bon, du moins intéressant, découvert de nouveaux artistes, le tout dans une ambiance toujours sympa. Nous serons là en 2027 !