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Steve Perry • BONUS INTERVIEW

par Benji
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Oct
03
2018

Comme nous vous l’avons promis dans notre numéro 191 de ROCK HARD (avec nos talentueux MASS HYSTERIA en couv’), voici la deuxième partie de notre long entretien avec la légende du rock mélodique/AR américain, Steve Perry, que nous avons rencontré à Londres le 19 septembre dernier. L’ex-JOURNEY, enfin de retour avec son troisième album solo «Traces»​, entre dans le détail de ce nouvel opus, et revient sur la récente rencontre avec ses anciens comparses.
 


© Myriam Santos


Rock Hard : Steve, tu as totalement disparu aux yeux du public en 1998, pour les vingt ans qui ont suivi, à l’exception de rares apparitions dont nous parlerons plus tard. Outre le fait d’avoir passé du temps avec des amis comme Patty Jenkins, qui réalise des séries pour la télévision, ou Snuffy Walden, qui a écrit un nombre incalculable de bandes originales, il semble également que tu aies fait beaucoup de moto durant cette période !
Steve Perry : C’est vrai ! Mais figure-toi que je viens de vendre ma moto tout récemment. Mon corps me fait souffrir de temps en temps et je me suis dit que ça ne servait à rien que je m’inflige une douleur de plus ! (rires) Mais il est exact que lorsque j’ai quitté le groupe, je possédais une belle Harley Davidson Softail Custom. J’ai acheté un petit garage près de là où j’ai grandi en Californie, je rangeais cette moto là-bas, et dès que j’y allais, je me baladais dans la campagne. Dans les lieux liés à mon enfance, je prenais des petites routes caillouteuses, du genre de celles où tu ne trouves rien, si ce n’est des clôtures pour délimiter les terrains. Cela m’a permis de me reconnecter avec ma jeunesse, d’où je viens et de me rendre compte à quel point j’étais reconnaissant pour tout ce qu’on m’a donné. A l’époque, on pouvait encore conduire sans casque, le vent soufflait dans mes cheveux, j’avais mes lunettes de soleil et dans des moments comme ça, rien d’autre ne compte. C’était une sorte de méditation…

Mais sur la route…
Et avec des pots d’échappement très bruyants ! (rires)

« Most Of All » a été coécrit avec Randy Goodrum, avec lequel tu avais déjà collaboré sur plusieurs morceaux de "Street Talk" (1984), ton premier album solo. Il semble qu’il s’agisse du plus vieux titre de "Traces". Est-ce en quelque sorte le point de départ de ce disque ?
« Most Of All » a été composé deux ans avant que je ne rencontre Kellie Nash. Je ne lui ai jamais fait écouter, car elle parle de la perte de quelqu’un… Les paroles sont très profondes. Randy est un gars extrêmement talentueux, un écrivain incroyable. Cette chanson dégage une puissance spéciale. Lorsque j’étais avec Kellie, je n’ai pas voulu lui faire écouter cette chanson. J’avais peur qu'elle agisse comme une énergie négative dans son combat contre la maladie... C’est la seule chose que j’ai gardée secrète vis-à-vis d’elle. Après l’avoir perdue, j’ai réalisé que ce titre avait été écrit à son propos avant même que je ne la rencontre. Ce fut un sentiment très étrange. Le premier mot de ce morceau est : « promesses », et c’est directement en rapport avec la promesse que je lui ai faite plus tard. Je savais qu’il devait apparaître sur ce disque. Il s’agit à n’en pas douter d’un de mes morceaux préférés de cet album.

Tu as coécrit avec plusieurs autres auteurs : peux-tu nous en parler ?
Tout s’est fait par hasard. Je ne connaissais pas Barry Eastmond par exemple. Je suis allé dans un studio car j’ai flashé sur une console API, sur laquelle j’ai tenu à enregistrer quelques parties de batterie. Il bossait dans ce même studio et j’ai adoré la chanson sur laquelle il travaillait. Je lui ai dit : « Nous devrions écrire ensemble » et c’est ainsi qu’est né « You Belong To Me ». J’ignorais qu’il avait collaboré avec Billy Ocean ou Johnnie Taylor, que j’adore. David Spreng est à la base un ingénieur du son qui a bossé pour The Bravery (Ndlr : mais aussi Lucinda Williams ou Alice Cooper, avec lequel il a coécrit « Last Man On Earth » sur Welcome 2 My Nightmare/2011). Je le voulais comme ingénieur du son, mais j’ai découvert qu’il écrivait aussi, et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous avions composé « No Erasin’ » et « In The Rain ». Thom Flowers est aussi un ingénieur du son qui m’a été présenté par Ian McGregor, qui lui-même travaille beaucoup en duo avec Greg Wells (Ndlr : la paire a à son actif des hits de Mika, Katy Perry, Adele…). Ian m’a montré du matériel d’enregistrement qu’il avait en partie conçu. J’ai adoré et lui ai demandé avec qui il avait créé cela. Il m’a répondu : « Thom Flowers, avec qui je travaille au sein de Standard Audio ». J’ai demandé à Ian s’il voulait s’investir dans mon album, mais il a décliné, car il était trop pris par ses sessions avec Greg. Mais il m’a assuré que Thom connaissait largement autant de choses que lui en la matière. Alors je l’ai contacté et l’ai fait venir dans le home studio que je venais juste d’achever. Il a beaucoup aimé le lieu et nous avons décidé de travailler ensemble. Nous avons produit, enregistré, mixé l’album tous les deux, mais il a aussi joué de la guitare, et coécrit deux titres avec moi : « Sun Shines Gray », sur lequel le guitariste John 5 (2wo, Rob Zombie, Marilyn Manson) est aussi impliqué, et « Easy To Love ». Brian West, Dan Wilson et Jeff Babko m’ont aussi épaulé pour trois autres titres.
 


En 1988, tu as enregistré un album intitulé "Against The Wall" qui était censé faire suite à "Street Talk", mais qui n’est finalement jamais sorti. Néanmoins, neuf de ces titres ont finalement vu le jour sur ton "Greatest Hits" (1998), ainsi que la réédition 2006 de ton deuxième album solo "For The Love Of Strange Medicine" (1994). Est-ce que par hasard il n’y a aucun titre issu de ces sessions sur "Traces" ? Peut-être sur la version américaine contenant pas moins de cinq titres supplémentaires et disponible uniquement dans la chaîne de magasins Target ?
Non, aucun. A l’époque, une personne du label Sony ne voulait pas que je sorte ce disque solo. Même si rien n’avait été écrit ou même dit, je savais qu’il était farouchement opposé à cette sortie. Car il ne souhaitait qu’une chose : que JOURNEY se reforme (Ndlr : à la suite de la tournée "Raised On Radio" en 1987, le groupe s’est séparé d’un commun accord). Le mec ne cessait de me mettre des bâtons dans les roues, au point où j’en ai eu marre et ai lâché l’affaire. A ce moment-là, j’étais signé sur Sony/Columbia et ce même gars s’en prenait aussi à d’autres artistes, comme George Michael par exemple : il avait enregistré une suite à Listen Without Prejudice Vol.1/1990, simplement intitulée Vol.2, qu’il pensait sortir en 1991. Sony a refusé et George les a attaqués en justice. Moi, de mon côté, je suivais les évènements de loin, histoire de voir comment ça allait tourner. Mais on connaît la suite, Sony a gagné et a pour ainsi dire ruiné sa vie. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je m’éloigne de ce milieu, je ne pouvais plus supporter ce genre de conneries. C’est juste de la musique bon sang, pourquoi en arriver à de telles extrémités ? Je me suis retiré pendant une première période de ma vie (Ndlr : entre 1988 et 1994, date de la sortie de "For The Love Of Strange Medicine").

Les BEATLES sont une de tes principales influences. Tu as repris « I Need You », une composition écrite et chantée par George Harrison et figurant sur l’album Help! (1965). Pourquoi ce choix, et peux-tu nous parler de cette bénédiction très spéciale qui t’a été accordée pour que tu sortes cette version très personnelle de « I Need You » ?
Lorsque j’ai entendu "Help!" pour la première fois, « I Need You » m’a vraiment marqué. Les BEATLES avaient donné à ce titre une sorte de feeling bossanova. J’adorais ça. Quand tant d’années plus tard, je me suis mis à bosser sur ce disque, un ami m’a dit : « Tu n’as jamais fait de reprises, ça ne te dirait pas ? » Et « I Need You » est la seule chanson que j’imaginais un jour reprendre, mais à ma manière. J’ai alors effectué un petit enregistrement, histoire de donner une direction aux musiciens qui seraient impliqués plus tard. J’ai finalement gardé la voix de cette version démo sur le titre définitif, c’était juste ce que je voulais. Vinnie Colaiuta (Frank Zappa, Sting, Jeff Beck, MEGADETH…) a mis sa patte à la batterie, Thom Flowers s’est occupé de la guitare. Et j’ai tenu à faire un clin d’œil à George en chantant en fond des mélodies vocales très indiennes, une culture à laquelle il s’était énormément identifié. Je voulais rendre hommage à cette quête spirituelle qu’il avait entreprit vers la fin des BEATLES pour se sentir en paix avec lui-même. Cette chanson représente beaucoup pour moi, mais il était hors de question de l'inclure sur l’album sans l’aval d’Olivia Harrison, la femme de George. Steve Ferrone, cet anglais de Brighton qui fut le batteur de Tom Petty And THE HEARTBREAKERS et qui a enregistré avec des tas de gens, joue sur le disque. Un jour, il m’a dit : « Je vais à Las Vegas pour deux jours avec Tom, je vais donner un concert de charité organisé par Olivia et Dhani. » Je lui ai demandé : « Olivia et Dhani... Harrison ? » (Ndlr : Dhani est le fils de George et Olivia) Il s’agissait bien d’eux. Je lui ai alors dit : « Est-ce que je peux te demander une faveur ? Pourrais-tu demander à Olivia si elle veut bien écouter ma reprise de « I Need You » un de ces jours. J’aimerais l’inclure sur l’album, mais ça ne se fera pas son aval. » Sur place, Steve m’a appelé en me disant : « Je viens de voir Olivia, je lui ai donné ton email, elle t’appellera la semaine prochaine. » J’étais si nerveux ! Je suis un fan des BEATLES, mais je suis aussi admiratif du couple qu’elle formait avec George. C’est une femme admirable. Elle m’a contacté, nous avons pris rendez-vous à son bureau et je lui ai dit : « C’est une version différente de l’originale, j’espère que vous allez aimer, avec un son et une ambiance plus R&B, comme je l’imaginais depuis des années. » Je lui fait écouter : elle la passe une première fois, puis elle s’approche du lecteur. Je pensais qu’elle allait l'arrêter, mais non, elle remet la chanson ! Là, je me dis : « Mince, il y a truc qui cloche. » Puis au milieu de la deuxième écoute, elle me dit : « George aurait adoré ça ! » Quel soulagement ! Elle m’a ainsi donné son accord pour la mettre sur "Traces", et d’une certaine façon, j’ai aussi eu la bénédiction de George.
 


La pochette de l’album est bourrée de symboles et détails rappelant ta carrière et ta vie : on y distingue entre autres un disque vinyle, un vieux micro Neuman M49 en feu, la Terre telle qu’elle était représentée sur l’album "Departure" (1980) de JOURNEY, le Golden Gate Bridge de San Francisco, une Stratocaster blanche telle que l’utilisait parfois Neal Schon, les studios Fantasy de Berkeley où JOURNEY a enregistré ses deux albums les plus populaires, le Hanford Fox Theater situé là où tu as grandi en Californie, une jolie fille fort peu vêtue, Kellie et tes parents veillant sur toi dans le ciel, et très important, un drapeau portugais. As-tu toi-même eu ces idées que tu as soumis au concepteur de la pochette, et à quelle point tes racines portugaises te sont importantes ?
Les idées viennent en effet de moi, et je les ai soumises à l’artiste Jeff Wack. Je voulais que cette pochette représente les traces de mon passé. Lorsque tu verras la pochette en grand format et dans son ensemble, tu t’apercevras qu’il y a encore un tas d’autres petites choses à découvrir : mon kit de batterie, mon rapport de rayons X suite à mon opération de la hanche, et même une petite ligne de cocaïne sur une route ! (rires) Ça fait partie de mon passé. Une bouteille d’alcool avec un serpent qui l’entoure… Mais aussi une grange avec des vaches devant : c’est une réplique exacte de la grange de mon grand-père portugais à Hanford, où ma propre mère a vécu à partir de ses six ans, lorsque mes grands-parents ont quitté le Portugal pour espérer une vie meilleure, d’abord à Boston, puis en Californie. Il y gagnait sa vie en travaillant dans une ferme, où il trayait les vaches. Mes origines portugaises sont très importantes. A partir de 7 ans, lorsque mes parents se sont séparés, j’ai vécu avec mes grands-parents, car ma mère travaillait beaucoup et ne pouvait pas s’occuper de moi. Un jour, ma grand-mère m’a dit : « Tu vais aprender a falar portugese ». Je lui demande « Quoi ?? ». « Tu vas apprendre à parler portugais. » Ok, alors, elle m’a appris, et je me débrouille plutôt bien, mais au début, je me mélangeais un peu les pédales entre l’anglais et le portugais, car à un certain stade, l’anglais était presque devenu ma deuxième langue, alors que j’avais grandi en le parlant !

Comptes-tu aussi tourner afin de promouvoir "Traces" ?
J’adorerais. Nous allons avoir une conversation à ce propos avec les personnes qui m’entourent après cette période promotionnelle auprès des médias. Quand, comment, combien de temps, où… Cela reste à déterminer.

Mais si cela se matérialise, tu dois revenir en Europe ! Te rends-tu compte que la dernière fois que tu as joué en France, et même dans le reste de l’Europe, remonte à 1979 ?
Je sais, et d’ailleurs, je me souviens assez bien du concert à Paris (Ndlr : au Stadium, le 19.03.79). Je venais de rejoindre JOURNEY peu de temps avant cette date. Le fait que nous ne soyons jamais revenus en Europe par la suite est en grande partie de ma faute, je dois bien l’avouer. Nous marchions si bien aux USA, et j’avais tellement envie de ce succès, que venir en Europe signifiait en quelque sorte repartir de zéro. Nous jouions dans des salles nettement plus petites qu’aux USA, et de façon totalement égoïste, je préférais continuer à jouer devant des grandes foules. De plus, il y avait eu des attentats en Europe au même moment, et en particulier à l’aéroport d’Heathrow, qui m’avaient terrorisé. J’ai donc préféré choyer nos fans américains. C’est entièrement de ma faute.
 


L’année dernière, JOURNEY a été intronisé au Rock’n’Roll Hall Of Fame, cette « institution » américaine. Tu y as rejoint tes anciens camarades et as fait un discours assez émouvant, et aussi très classe, puisque tu as remercié et félicité Arnel Pineda, le chanteur de JOURNEY depuis 2007. Etait-ce un sentiment agréable que de reprendre contact avec les musiciens de JOURNEY, sachant que la dernière fois où nous vous avions vus ensemble remonte à 2005, lorsque vous avez eu « votre » étoile sur le Walk Of Fame d’Hollywood ?  
Il était normal que je tire mon chapeau à Arnel : ce gamin (Ndlr : Arnel a 51 ans !) donne tout, tous les soirs, depuis une dizaine d’années. C’est une longue période si tu regardes la carrière de JOURNEY, qui a eu deux chanteurs avant lui (Ndlr : Steve Augeri et Jeff Scott Soto), et même avant moi (Gregg Rolie et, pour une très courte période, Robert Fleischman). Arnel est vraiment une crème, je l’ai rencontré en coulisse, nous avons parlé et pris des photos ensemble, c’était vraiment cool. Je crois que les chanteurs ressentent une connexion qu’ils n’ont pas avec les musiciens ! (rires) Ces trucs auxquels tu dois faire face, que personne d’autres que les chanteurs ne peuvent comprendre. Après, cela m’a fait plaisir de revoir tous les autres gars, mais je dois avouer avoir particulièrement apprécié de revoir Neal Schon. Neal et moi, c’est une relation spéciale qui remonte à très longtemps. C’est un guitariste très prolifique et extrêmement créatif. Ca m’a fait du bien de le voir.

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