24 janvier 2026, 23:59

BATTLE IN THE NORD (Jour 1)

@ Villeneuve d'Ascq (The Black Lab)

Initialement prévue dans une salle de Wattignies, la troisième édition du Battle In The Nord a dû être délocalisée au Black Lab de Lille. Si les deux jours du festival ont été une réussite sur le plan artistique, avec une affiche proposant 18 groupes de black et de doom metal, le bilan financier est inquiétant. « Nous avons réuni 800 personnes et nous avions besoin d’un sold-out – soit 1200 entrants – pour équilibrer les comptes. Le changement de lieu a entraîné 12 000€ de frais supplémentaires. Nous avons des dettes à éponger », admet, en toute honnêteté et transparence, James Spar, à la tête de l’organisation. Espérons que ces difficultés ne sonneront pas le glas d’un événement riche et intense, qui a attiré des fans d’Allemagne, de Belgique, de Pologne, des Pays-Bas et de nombreuses régions françaises.


La première journée du festival, en un samedi pluvieux, était consacré en grande majorité (sept formations sur huit) au black metal. De ce tourbillon noir, débuté à 14 heures pour s’achever peu avant minuit, a émergé GORGON (17h50 – 18h40). Le quartette a entamé son set en toute férocité avec "For Those Who Stay"… avant de s’interrompre pour un problème de batterie. Peu importe pour les vétérans d’Antibes, acclamé par le public : tout revient très vite dans l’ordre. Le groupe assènent sans coup férir ses titres, aussi courts que d’une efficacité totale, aux riffs diaboliques, influencés par le thrash, parfois teintés de death, sans négliger un détour par le heavy. Cette furie déclenche les premiers pogos de la journée.

Si Chris – yeux rouges et larmes de sang glissant sur le maquillage blanc – assure l’essentiel du chant, dans un style proche de celui de Mika Luttinene (IMPALED NAZARENE) il est parfois relayé par son impressionnante bassiste, comme possédée, et son guitariste, voire accompagné par la foule ravie de s’égosiller en hurlant « deayh cult » sur le brûlot "Still Six Six Six". Revenu en force avec trois albums sortis chez Osmose Production depuis sa résurrection en 2017, GORGON, décédé en 2001, plonge dans son lointain passé avec trois titres issus du cultissime, primitif et ancestral « The Lady Rides a Black Horse » (1995) ; il offre ainsi une séance de noire nostalgie à ses plus vieux admirateurs. Merci !

  
Servant & Ost © Christophe Grès


Difficile de passer après un tel concert… Et SERVANT (19h05 – 19h50) en souffre d’autant plus qu’il est l’heure pour certains d’aller faire la queue devant le food truck. Les Allemands offrent 45 minutes de violences assez banales, plutôt linéaires, malgré quelques passages atmosphériques vaguement inquiétants. Des titres comme "Litany" ou "Temple" incarnent cette dualité, portée par des riffs bien troussés… mais il manque la magie que promettait pourtant le titre de leur dernier album « Death Devil Magick ».

Alors que la salle se remplissait tranquillement, OST (14h00 – 14h30) avait lancé les hostilités avec le fracas d'épées moyenâgeuses. Le groupe strasbourgeois, avec ses deux kakemonos listant les révoltes médiévales françaises sous un squelette massacrant la piétaille à grands coups de faux, emmène les spectateurs au cœur d’un champ de bataille médiéval. Un gibet entoure le micro du guitariste qui assure une partie des voix… Dès "Chasse Gueux", les ambiances malsaines envahissent une scène rougeoyante. Tantôt furieux, tantôt mélodique, sans jamais renier une orthodoxie black inspirée des formations d’Europe de l’est, OST délivre un set efficace, conclu par un "La Révolte des Canuts – Part 1" à la lourdeur bienvenue.


En mode cuir et visages charbonnés PATHS TO DELIVERANCE (14h55 – 15h25) offre un black froid aux multiples visage. Samples et voix variées, comme les passages parlés sur "Resonnances", se posent sur des guitares malsaines dans les riffs ("Redemption" qui débute en mode fangeux avant d’exploser en blasts furieux) comme dans les soli ("The Storm"). La quintessence de cette musique schizophrénique est atteinte sur le protéiforme "Solitude" où hurlements et invocations se noient dans le fracas de rythmes déchaînées. A la lumière de chandeliers ésotériques, les Français ont livré une prestation d’un obscur mysticisme, nimbé d’une troublante mélancolie ("The Calm Before The Storm")


SKAPHOS (15h45 – 16h30) propose un death/black metal qui, dès le premier morceau "Cult Of Uzura", prend des allures de rituel. La batterie se fait tribale, le chanteur déclame, les chansons invitent une lourdeur hypnotique ("Abyssal Tower"). Les musiciens, torse nu sous leur gilet de cuir, en mode quasi préhistorique, et le crâne d’une créature étrange en guise d’ornement de micro accroissent l’impression d’assister à une séance de magie antédiluvienne. Parfois spatiales, les guitares semblent tisser un fil mystérieux entre la terre et le ciel… Les lights, à dominante bleue, rappellent la pochette du dernier album des Lyonnais « Cult Of Uzura » (2015), dont six extraits sont joués. La violence est aussi au rendez-vous, avec des titres brutaux comme "One Eyed Terror" ou presque terrifiants comme sur un "Mad Man And The Sea" aux cris frôlant la démence.


MALPHAS (16h45 – 17h25) offre ensuite son black occulte, qui lorgne parfois vers le black'n'roll sans omettre d’insérer des passages atmosphériques ("Astral Melancholy") ou des soli de bon aloi. Crues et efficaces ("Evil", à la MARDUK), lancées par des samples, les compositions des Suisses frappent vite et fort. Le chanteur brandit son pied de micro, comme une arme, et s’efforce de semer le chaos dans la fosse… en vain : le public adhère à sa musique d’inspiration suédoise, typé WATAIN, mais la savoure tout en retenue.

Après un enchaînement haineux de six armadas black, l’arrivée sur les planches d’INVERNOIR (20h15 – 21h00) offre une pause bienvenue. Les Italiens, "chouchous" des organisateurs, signent une remarquable prestation doom, teintée de gothique, où les guitares aériennes (le solo de "Doomed", morceau magique à la rythmique heavy qui glisse de la colère à la mélancolie) dessinent une harmonie céleste, qui tutoie le PARADISE LOST ou le MY DYING BRIDE des années 90. Les vocaux passent du growl au scream, sans oublier de se faire mélodiques. Intenses et douloureuses, comme le complexe "Desperate Days", les chansons tissent un univers sombre, une nuit enveloppante où, ça et là, hésitent des étoiles à la pureté fragile.


Changement d’ambiance avec ANTRISCH (21h30 – 22h30), théâtral groupe bavarois en costume de marin du XIX siècle qui développe un concept autour des grandes expéditions. Il joue ce soir l’intégralité de « Expedition II: Die Passage », qui relate le voyage sans retour de sir John Franklin parti en quête d’un passage entre l’Atlantique et le Pacifique par l’océan Arctique. Dès l’intro tout en craquements sinistres, le Black Lab est plongé dans les dangers glacés de cette odyssée. Le chanteur au maquillage blafard incarne le capitaine du navire, comme hanté par son rôle. Il déverse ses cris de haine et de peur sur un black metal atmosphérique impitoyable, souvent lancinant, qui glisse parfois vers le doom ("IIIII Exodus"), parfois vers le death. Des samples adaptés et des intermèdes narrés, toujours en allemand, accentuent la solennité des compositions, accompagnent l’équipage vers son destin inéluctable. Des passages acoustiques interrompent la froideur abyssale des vagues furieuses, guident vers une mort certaine cette embarcation perdue au cœur de blancheurs immaculées. Le groupe ajoute à son set deux titres de son premier EP avant de recevoir des applaudissements nourris. Nous avons trouvé le cousin germain de THE GREAT OLD ONES...


Pour finir ce festin black, place à MERRIMACK (22h50 – 23h45), vétéran parisien né en 1994. Après une longue intro brumeuse, les Français font exploser les fans pas encore repus. Les pogos éclatent dès l’enchaînement initial "The Falsified Son"/ "Sulphurean Synods", virulent, et s’enchaînent face au chanteur, veste en cuir puis torse nu, qui se frappe sans cesse la tête avec le micro. Les compositions ("Under The Aimless Spheres") portées par des guitares puissantes mais qui n’hésitent pas à jouer la carte de la dissonance, se succèdent dans un torrent de blasts ("Insemination") interrompu par quelques mouvements rampants, dégoulinant de haine ou créant des atmosphères captivantes ("Sublunar Despondency").

Le voyage en terres sombres se conclut ainsi peu avant minuit, l’heure de regagner son logis pour un repos bien mérité avant d’attaquer la seconde journée du Battle In The Nord...

Jour 2


Merrimack © Christophe Grès

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
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