Après une salve de black metal le samedi, le Black Lab, pour le jour 2 du Battle In The Nord, accueille aussi des groupes évoluant dans le doom. Les ténèbres ne se dissipent pas…
LYING FIGURES (14h00 – 14h30) évolue sous forme de trio, l’un des leurs étant blessé à la main « mais nous tenions à présenter notre nouvel album », insiste le chanteur. Les Nancéiens, tout de noirs vêtus et appliqués, récitent leur doom/death dont le son de guitare évoque PARADISE LOST. Leur musique vibre de pessimisme et de colère, entre noires mélodies ("Addicted To Negativity"), lourdeur hypnotique ("Euphoria and Misery") et subites accélérations. La furie des vocaux disparaît tantôt pour laisser la place à une voix claire ; contraste bienvenu, que l’on retrouve sur le janusien "Remembrance". "Self Hatred", aux échos apaisés post metal, conclut en une triste douceur cette demi-heure haut de gamme. Il aurait été bien dommage de ne pas découvrir « Inheritance » sur scène…

A peine MOURNING DAWN (14h55 - 15h25) a-t-il fini ses balances que le groupe lance, presque à l’improviste, son concert avec "Dawn Of Doom"… Se répandent aussitôt les miasmes de ce doom suicidaire, teinté d’un black dépressif et teigneux. Une certaine emphase se dégage des sombres compositions épaissies par une basse très audible, éclaircies par des soli, aérées par des ponts aériens. Les morceaux s’étirent, développent leurs ambiances malsaines, glissent vers le sludge, s’enrichissent d’une seconde voix pour créer un univers aussi malsain qu’envoûtant où règnent par instant de lugubres mélodies. Le chanteur, sous sa capuche, varie ses vocaux sans cesser d’être menaçant dans la chaleur toxique de lights souvent rouges. Les Parisiens, en quatre titres, ont invité le Black Lab à un voyage vers des terres désolées.

SOUL DISSOLUTION (15h45 – 16h30), pour sa première en France depuis la création du groupe, offre une prestation magistrale, portée par des guitares stellaires et un chanteur hanté, agrippé à son métro comme si sa vie en dépendait. Les compositions rugissent, souvent doom mais traversées d’éclats black ou heavy. Jabawock, look de geek, semble possédé par sa musique, comme sur le magnifique et terrifiant "Circle Of Torment", plongée abyssale dans une frayeur ontologique, quand on sait que la route s’achève, que nous voilà à la fin du chemin, avec les mystères de la mort comme seule issue. Quand la furie se dissipe, apparaît une froide mélancolie d’où percent des vocaux parlés pour créer un paysage enneigé… mais la tempête n’est jamais loin ("Road To Nowhere"). Les Belges, malgré les teintes sombres de leur œuvre, ne manque pas d’humour, à l’image de cette petite phrase lancée par le chanteur : « On a compris qu’il y a ici quelques fans de doom ». Bien vu !

MONOLITHE (17h00 – 17h40) a connu des difficultés d’installation, tant il n’est sans doute pas évident de mettre en place les trois claviers et les trois guitares. Cette longue attente, couplée à un début de concert que l’on qualifiera de monotone, si l’on veut être réaliste, ou de planant, si l’on veut être positif, rend difficile l’immersion dans les longues compositions des Suisses, à la lourdeur contenue. Les plages instrumentales visent à téléporter dans la froideur oppressante de l’espace, à grands renforts de samples, mais le décollage est difficile, plombé. Alors que nous adorons ce groupe, la magie semble ne pas fonctionner ce soir, excepté sur le martial "Soyuz", brutal et hypnotique. Un rendez-vous manqué, une déception personnelle qui n’a pas été partagée par tout le public, certains spectateurs ayant été captivés par la prestation du sextet.

Sans backdrop, OFFICIUM TRISTE (18h05 – 18h45), tout en sobriété, laisse parler la musique… et c’est magnifique ! Une lenteur désespérée côtoie la lourdeur des riffs dans une ambiance qui fleure bon le doom/death atmosphérique des années 90, le romantisme noir, quand les roses fanent avant même d’éclore. Des mélodies, comme sur le pont de "Behind Closed Doors", illuminent ce noir recueil de compositions abouties, magnifiées par une voix puissante, gutturale qui n’hésite pas à abandonner parfois le chant pour la récitation. Le sublime est atteint sur "Anna’s Woe", quand la mélancolie et la dépression s’estompent par bribe pour laisser planer un vague espoir, comme une lumière fragile.

Avec ALKHEMIA (19h10 – 20h00) place à un black metal intense porté par la prestation ébouriffante de James Spar. Tout en énergie haineuses, le chanteur dreadlocké enflamme, au sens propre et torches à l’appui, un Black Lab ravi de pouvoir se déchaîner. Les pogos explosent dans la fosse au rythme des blasts et de la frénésie qu’imposent les Nordistes. S’ils s’accordent de brefs répits, entre mélodies et passages plus lourds, ils ne renient jamais ni violence, ni froideur pour un concert apocalyptique.

MARCHE FUNEBRE (20h20 – 21h05), déjà présent lors de l’édition précédente, remplace ONHEIL, initialement prévu. Dès leur premier titre "In a Haze", le groupe tisse sa toile de mélancolie hypnotique où les growls se dissipent pour laisser la place à un magnifique chant clair, que l’on retrouve sur le morceau suivant, l’apaisé "Palace Of Broken Dreams" où le travail sur les voix est une nouvelle fois remarquable. Le doom/death des Belges, entre les brumes plombées Peaceville de l’Angleterre et les aspirations mélodiques de la scène finlandaise, séduit le public qui se laisse emporter par ces longues chansons au double visage… avant de se confronter, pour finir un week-end harassant, à deux formations de black metal.


ANTZAAT (21h30 – 22h20) arrive sur scène, visage encagoulé, sur une intro inquiétante qui ouvre un set efficace certes, joué avec force et conviction, mais sans grande originalité. La grâce n’est pas là, les mélodies convenues n’allument pas l’étincelle, les mid-tempos, traversés d’accélérations, lassent plus qu’ils ne charment ("For Your Men Who Gaze Into The Sun").
Les compositions se déploient en structures répétitives, qui se veulent rituelles mais ne sont que lassantes. Typiques du "black à capuche" à la MGŁA, genre pour lequel, je l’avoue, je n’ai guère d’attirance, les morceaux des Belges m’ont laissé froid.
BESATT (22h45 – 23h50) existe depuis 1991. Au Battle In The Nord, les Polonais, adeptes de Baphomet, ont visité leur épaisse discographie, riche d’une multitude d’albums, EP, split, live et compilations.
Les vétérans sont adeptes du premier degré, tout en corpse paint, crânes, pentagrammes, flammes et paroles anti-chrétiennes.
D’une intro en latin à des jets de sang, toute la panoplie black est déployée… pour notre plus grand plaisir. Les compositions, brutalement old school, typique de la deuxième vague des années 90, savent créer une ambiance malsaine ("Suicide Ritual", dans l’esprit d’un BURZUM, ou l’angoissant "Hatred").
Le vénérable Beldaroh, bassiste-chanteur et seul membre originel, mène la messe noire d’une voix lointaine et fatiguée, mais toujours intrigante. Il multiplie les signes cabalistiques, semble-t-il convaincu des propos qu’il assène.
BESATT a conclu parfaitement un festival intense, fort de 18 groupes ayant célébré l’obscurité, qu’elle soit haineuse ou mélancolique, enragée ou apaisée.
