20 juillet 2026, 23:59

SCORPIONS + ADAM BOMB

@ Strasbourg (Le Zénith)


Ils n’en finissent plus de tourner. En ce mois de juillet, pour célébrer 60 ans de carrière (dingue quand on y pense), SCORPIONS investit une énième fois le Zénith de Strasbourg.

19:50. Première partie assurée par ADAM BOMB, trio qui proposera un revival heavy metal mené par ledit Adam. Certains pourraient tout d’abord le prendre pour un tribute-band à KISS, il faut dire qu’il fait dans le spectacle, avec étoiles et guitare lumineuse, mais rappelons que le guitariste Adam Bomb a commencé sa carrière discographique en 1985 avec l'album « Fatal Attraction » et a à son actif 11 albums studio sous le nom ADAM BOMB. Bref, quoi qu'il en soit, force est de constater que le trio propose d'excellentes compositions, les riffs sont des attaques huileuses à souhait, quant au batteur il éblouit rapidement l’assemblée par sa rapidité d’exécution presque punk. Bon, il y a aussi un peu trop de parlotte entre les titres, et beaucoup de délire graveleux, dont ce "C’est La Vie" où nous sommes invités à chanter un refrain où il fallait scander « suce ma b... » Discutable et rigolo on va dire, nous sommes beaucoup à être restés dubitatifs. Toutefois les soli sont éblouissants, avec des reprises d’hymnes américains, puis français avec la cover de "Antisocial" de TRUST. Un classique un peu détourné mais le public est conquis.


21:00. Le rideau tombe, acclamations. Un long clip narre les soixante années d’aventures de nos allemands chéris, avec photos d’époque. Retour à la maison, ou plutôt aux premières scènes qu’ils ont foulées, "Coming Home" en introduction coule de source. Les cinq musiciens prennent possession de la scène et de nos sens. Suite avec le fédérateur "Gas In The Tank", l’un des rares extraits des derniers albums qui seront joués ce soir. Renouant avec leur gloire très années 80 qui a propulsé SCORPIONS au firmament, les titres élus pour la soirée sont savamment choisis. Les guitaristes Schenker et Jabs sont possédés et complices comme à leur habitude. Ça bouge vite et ça joue des riffs heavy. Quant à Klaus Meine, impossible de le traiter de papy tant il est présent avec son talent teinté de bonne humeur, même s’il se meut moins vite, tout autant qu’il est inutile de décrire son chant si spécifique. Les spectateurs sont littéralement en transe, on aurait bien voulu l’entendre d’ailleurs "In Trance", la foule devient une chair vivante aux poils hérissés.


Arrive un triptyque canonique."Make It Real", et là pour moi c’est le choc. J’ai la chair de poule comme la dernière fois que je les ai vus. Des larmes plein les yeux alors que retentit cette mélodie si authentique. Je suis propulsé dans mes jeunes années, j’entrevois des moments cultes de ma vie, les vacances chez mes grands-parents, l’odeur d’un gâteau qui sort du four, mes premiers flirts, ma découverte du hard rock... S’ensuivent le titre ultime "The Zoo" et le vibrant "Coast To Coast". Duels de soli et éclat du sourire sans pareil de Klaus. Le Zénith est en feu, alimenté avec l’essence de notre plaisir qui elle ne connaît pas la crise. Je me dis que si je continue à chialer mes voisins vont repartir à la nage... Arrive un moment hommage aux années 70 avec l’excellent medley "Top Of The Bill" / "Steamrock Fever" / "Speedy's Coming" / "Catch Your Train". Une occasion pour les néophytes d’avoir un goût du légendaire live « Tokyo Tapes ».


Puis les vrais faux bad boys repartent sur "Bad Boys Running Wild". Plaisir pur, avant "Delicate Dance" avec en invité Ingo Powitzer. Arrive la trilogie des morceaux émotions pure. Le légendaire "Send Me An Angel" illumine nos âmes aux chœurs d’artichaut. Nous montons d’un cran dans l’émotion avec "Wind Of Change", composé durant l'été 1989, vous vous souvenez de novembre de la même année, ce mur de la honte qui s’effondre ? La fin de la guerre froide. On a souvent clamé que c’était la CIA, ou la corruption généralisée du Kremlin, qui avait eu raison de l’ogre soviétique. Ce soir au Zénith je reste persuadé que SCORPIONS et son hard rock authentiquement universel en est la réelle cause. Musique de la paix. Mais voilà, nous sommes en 2026, un nouveau péril totalitaire fait résonner ses bottes aux portes de l’Europe. Alors Klaus change les paroles et nous scandons « Slava Ukrainia ». Moment de communion magnifique, réquisitoire musical pour la paix. Les spotlights éclairent cette émotion en bleu et jaune... Et nous savourons le divin "Love You Sunday Morning" qui donne envie d’avoir une chérie à serrer dans ses bras. En parallèle devant les barrières nous retrouvons les membres d'ADAM BOMB, se livrant à un étrange show parallèle : promenade de filles peu vêtues au bras des uns, ou encore roulade au sol avec un petit chien, devant des cadres sup' égarés par là, avec leurs portables en main. Etrange spectacle... rock'n'roll on va dire.


Le concert se poursuit avec "I’m Leaving You", pour nous remettre dans le bain du hard rock le plus pur. Nous reprenons nos esprits et chantons. C’est l’heure du duel basse batterie sur "New Vision". Paweł Mąciwoda et Mikkey Dee s’affrontent comme de beaux diables, un jackpot virtuel faisant défiler, des cornes de metal et... des Lemmy Kilmister ! Applaudissements chaleureux. "Tease Me Please Me" et un furieux "Big City Nights" pour nous refaire voyager dans les glorieuses années du hard rock des Allemands, et SCORPIONS quitte la scène après l’émouvant "Still Loving You". Des hommes et des femmes de tous âges reprennent le refrain la main sur le cœur, et mon âme est comblée. Toutes les générations se reconnaissent dans ce pan d’histoire musicale romantique. Moment de communion intense. Viennent les adieux, avec l’ultime "Blackout", puis en toute logique, "Rock You Like A Hurricane", là il s’agit de tout retourner une dernière fois. C’est une nouvelle standing-ovation, avec un scorpion gonflable géant, pour un groupe qui a dépassé le demi siècle d’existence et qui nous fait une nouvelle fois vibrer d’émotion.

SCORPIONS semble éternel, et dans ce monde de chaos c’est rassurant. Quand nous quittons le Zénith je rentre avec l'envie de vous restituer une nouvelle fois cette passion et cette joie. J’ai trempé pas mal de kleenex pendant cette soirée, mais bon, ça en valait tellement la peine. SCORPIONS ce fût encore un grand moment de Heart Rock !


Photos © Christian Ballard - Portfolio

Blogger : Christophe Scottez
Au sujet de l'auteur
Christophe Scottez
Chris est ethnologue à ses heures perdues, vétéran des pogo joyeux en maillots de core. Un explorateur curieux, grand amateur de riffs et de chants sauvages. Il a grandi dans les glorieuses années 80, bercé par les morceaux canoniques d’ACCEPT, SCORPIONS, MOTLEY CRUE et autres GUNS N ROSES. Traumatisé par le divorce entre Max Cavalera et son groupe, ainsi que par un album des Mets un peu «chargé» en n’importe quoi, Chris a tourné 10 ans le dos au hard rock. Puis, un jour, il a par hasard découvert qu’une multitude de nouveaux groupes avait envahi la scène … ces nouveaux sauvages offraient des sons intéressants, chargés en énergie. Désireux de partager l’émo-tion de ce style de metal sans la prétention à s’ériger en gardien d’un quelconque dogme, il aime à parler de styles de metal dit classiques, mais aussi de metalcore et de néo-metal. Des styles souvent décriés pour leurs looks de minets, alors que l’importance d’un album est d’abord le plaisir sonore que l’on peut en tirer, la différence est la richesse du goût. Mais surtout, peut-on se moquer de rebelles coquets alors que les pères fondateurs du metal enfilaient des leggins rose bonbon et pouponnaient leurs choucroutes peroxydées ?
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