19 septembre 2014, 17:16

ELECTRIC WIZARD : Jus Oborn

Time To Die

(© Witchfinder Records / Spinefarm Records - DR)
 


Mardi 16 septembre 2014 au Black Dog. C’est la fin de la journée. Jus Oborn, le guitariste et chanteur d’ELECTRIC WIZARD est manifestement fatigué et pas tout à fait à jeun. Il a sans doute dû répondre déjà 10 fois aux mêmes questions, depuis plusieurs heures, à propos de « Time To Die », le 8ème album du groupe – excellent – qui sort le 29 septembre. Jus a besoin de fumer une clope avant de commencer l’entretien. Entre son Dorset natal, son Somerset d’adoption, Londres qu’il abhorre, Paris qu’il adore, la ferme et les chevaux de son père, on arrive à rigoler un peu : la glace se brise rapidement.

 

J’ai lu plusieurs interviews récentes que tu as données à propos de « Time to Die » et je dois te dire que cet album ne m’a pas vraiment fait trembler et qu’il ne m’a pas du tout donné envie de me suicider. En revanche, cet album semble parfait pour faire du sexe. Est-ce que ça t’embête ?
Hahaha ! Ok… Non ! Tant mieux ! Génial ! Evidemment, qu’on veut donner du plaisir aux gens, sinon on ne ferait pas ce métier. Tant pis pour mon plan de communication…

Vous n’en parlez jamais, contrairement à BLACK SABBATH, mais avez-vous conscience d’être influencés par PINK FLOYD ? Je pense en particulier à des titres comme "Destroy Those Who Love God" ou "Saturn Dethroned", sur « Time to Die ».
Je ne sais pas si je dois te féliciter ou t’engueuler : c’est tellement evident… Tu prends n’importe qui, tu lui roules un bon gros joint et tu l’installes devant « Live à Pompei », tu changes sa vie. Les mecs, leur musique, au milieu des ruines antiques… "Careful With That Axe, Eugene"… "One Of These Days"… Et puis, mon père a offert « Ummagumma » (ndlr : PINK FLOYD, 1969) à ma mère quand elle lui a appris qu’elle était enceinte de moi : cet album m’a donc très précocement et très profondément imprégné, je pense. En tant qu'artiste, évidemment que la musique et le parcours de PINK FLOYD m’inspirent. Moi aussi j’aimerais être encore là dans quarante ans et plus, à travers ma musique.
Maintenant regarde BLACK SABBATH : contrairement à leurs contemporains comme les STONES, DEEP PURPLE et PINK FLOYD, justement, ils n’ont pas immédiatement été reconnus à leur juste valeur, je pense. C’est rétrospectivement qu’ils apparaissent absolument incontournables, c’est aujourd’hui qu’ils sont totalement légendaires… Tu sais que j’ai rencontré Tony (ndlr : Iommi), une fois ? J’étais dans un état, je te raconte pas… Je ne suis pas sûr de m’être montré à mon avantage – hahahaha ! Mais une affiche commune avec eux, ça aurait une sacrée gueule, non ? Un jour, peut-être…

Qu’est-il arrivé à Mark Greening ? Pourquoi a-t-il quitté le groupe après l’enregistrement d’une œuvre comme « Time to Die » ?
C’est bien lui qui s’est barré. Je ne sais pas ce que je pourrais dire sans foutre encore plus la merde. Je pense que dans la vie, il faut savoir ce qu’on veut. On n’est pas sûr d’avoir vraiment compris les tenants et les aboutissants de sa décision, mais on est content que Simon (ndlr : Poole) soit de retour. ELECTRIC WIZARD est au-dessus de ça, quoi qu’il arrive. Son intégrité artistique est intacte, totale.

"Cet album, c’est un peu comme une bande originale" - Jus Oborn


Peux-tu évoquer le processus créatif qui a abouti à « Time to Die » ?
On s’est isolé pendant deux, trois ans, dans un endroit vraiment reculé. Il n’y a pas d’autre manière de faire. Il fallait vraiment être dégagé de tout, entièrement concentré sur notre travail – c’est notre vie, tu sais –, pour trouver cette substantifique moelle, cette sincérité absolue. C’est pas comme si on avait un autre boulot : on met tout ce qu’on a, là-dedans.

Au-delà du titre de l’album, quel est son message ? Plus largement, après toutes ces années vers quoi tend ELECTRIC WIZARD, toute provocation mise à part ?
Sois toi-même, fais ce que tu veux, trouve-toi. Eclate-toi, si t’y arrives. Moi je suis torturé, tu sais… Je ne peux pas m’exprimer autrement que par ma musique. Je n’arrive pas bien à parler, je n’aime pas ça : tu vois bien. Enfin si, maintenant j’y arrive… quand j’étais jeune je ne pouvais vraiment pas, pas du tout. Je me contentais bien souvent de lever un poing hargneux. Et cet album, c’est un peu comme une bande originale, tu vois ?

De film ?
Ben ouais, de film…

C’est un projet ?
Regarde les grands réalisateurs de cinéma : t’en connais beaucoup qui se sont vraiment dévoilés avant l’âge mûr ? Oui, c’est un projet.

T’en as trop dit, ou pas assez. T’as un scénar ?
On a deux scénarios, oui ! C’est forcément des trucs qui ont mûri longtemps. Imagine le « Magical Mystery Tour » des BEATLES… qui rencontre… euh… bon, je ne peux pas vraiment t’expliquer, en fait. C’est un vrai projet… qui va se concrétiser, même si j’ai encore beaucoup de boulot, pour acquérir la technique. En tout cas, je ne me vois pas sur scène à 80 balais.
 

"Je suis un mec ultra-sensible… vraiment émotif. Je ne déteste personne..." - Jus Oborn


​Et si on parlait un peu d’actualité et d’image, justement ? Depuis quelques semaines, par exemple, des mecs se font décapiter régulièrement et les vidéos circulent sur Internet. Est-ce que la mort et l’horreur ne sont pas devenus mainstream, banals ?
I – fucking – hate – you – all… Je hais les gens, putain. Je hais l’humanité… Cela fait longtemps que l’actualité, je ne peux plus… Regarde ce qui se passe en Israël et Palestine, aussi, ça ne s’arrête jamais : rien à branler, allez tous vous faire foutre. Ça me donne envie de gerber.
Je suis un mec ultra-sensible… vraiment émotif. Je ne déteste personne... Les saloperies que j’ai au plus profond de moi – on en a tous, hein – j’essaye de les sublimer avec la musique. Concernant la société, je ne sais pas si on pourra tomber beaucoup plus bas, mais on risque quand même d’y arriver. « Time to Die » a été écrit et produit bien avant que ce nouveau degré dans l’horreur ait été atteint, mais il fait forcément écho à quelque chose, de ce point de vue.
L’album contient d’ailleurs plusieurs extraits de journaux télévisés ou radiodiffusés des années 1990, pendant la « panique satanique ». A l’époque, l’ensemble de la scène metal sentait vraiment le souffre. Aujourd’hui, c’est une scène parmi d’autres, concurrente de la pop « youpi » et de sa béatitude dégueulasse. Le metal est moins marginal qu’avant, moins rebelle, il est même franchement à la mode. Ta question est vraiment intéressante, en fait, vue sous cet angle…

Ta compagne, Liz Buckingham, a remplacé Tim Bagshaw en 2003. Comment ça se passe pour un couple, dans un groupe de doom ?
Les engueulades personnelles se mélangent aux engueulades artistiques et c’est parfait comme ça. Liz, c’est la gardienne des clés d’ELECTRIC WIZARD, pas seulement depuis qu’elle a remplacé Tim, d’ailleurs. Elle me remet sur les rails quand je pars trop loin dans un trip ou quand je commence à sonner comme un truc qui existe déjà... Et c’est une compositrice de riffs incroyable, qui m’offre une palette quasi infinie pour travailler. Je me vois davantage comme un arrangeur que comme un compositeur, finalement.

Quand reverrons-nous ELECTRIC WIZARD sur scène, en France ?
Après les deux dates européennes qui sont déjà programmées, notre priorité, ce sera d’organiser la prochaine tournée américaine. On fera une tournée européenne après. J’espère… Ce business est de plus en plus chiant.


"Time To Die" de ELECTRIC WIZARD, sortie le 29 septembre chez Witchfinder Records / Spinefarm Records.

Blogger : Naiko J. Franklin
Au sujet de l'auteur
Naiko J. Franklin
Naiko est né à une époque où DEEP PURPLE chantait « Mistreated » et BLACK SABBATH, « Sabbra Cadabra ». Ses biberons étaient dopés au PINK FLOYD, au LED ZEPPELIN, voire URIAH HEEP. Pourtant, c’est à Londres, au début des années 90, que s’est nouée sa véritable rencontre avec le metal, autour de groupes comme KORN, TYPE O NEGATIVE, MOONSPELL, MY DYING BRIDE ou CRADLE OF FILTH. C’est toujours à Londres, à la même époque, qu’il prit une petite part au lancement du mythique Big Cheese, aux côtés d’Eugene – qui dirige toujours le magazine. Après bien des détours, à la fin de 2011, lorsqu’il fut lassé du conflit israélo-palestinien, de la politique française, des femmes à poil et même des chiens écrasés, HARD FORCE lui permit enfin de renouer avec sa passion profonde.
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1 commentaire

User : Karl Libus
Karl Libus
le 19 sept. 2014 à 21:15
:-)<br />
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