20 juillet 2018, 11:24

DORO

• Interview Doro Pesch

Le 17 août, les deux nouveaux albums studio de DORO, « Forever Warriors / Forever United », avec 25 nouvelles chansons, sortiront chez Nuclear Blast Records ! La Reine du Metal était en promo à Paris pour la parution de ses jumeaux musicaux, un moment d'échange passionnant avec une femme passionnée qui révèle ce que les fans peuvent attendre du prochain double album. Elle raconte l'histoire et le contexte de ses morceaux, le concept respectif des deux albums... Metal, fur immer !


Alors, Doro, pourquoi as-tu choisi de sortir deux albums « Forever Warriors » et « Forever United » ?
(Enjouée)
Cette histoire remonte à deux ou trois ans. Nous avions commencé à travailler sur un nouvel album. Il y avait tellement de chansons, elles avaient toute un gros potentiel. Il y en avait entre 35 et 40 et je voulais faire un double album, mais la maison de disques m’a dit : « Tu sais, en cette période, ce n’est plus trop d’actualité de faire ça ». Plusieurs mois plus tard, je reçois un coup de fil de leur part qui me dit : « Vas y, on fait ce double album ». J’étais heureuse, il y avait plein de superbes chansons. Lemmy venait de quitter ce monde et j’étais super triste, le cœur brisé. J’étais dans un avion où il y avait Mikkey Dee, j’ai eu des idées de paroles et de mélodies pour la chanson "Living Life To The Fullest". J’ai enregistré des trucs sur mon smartphone et quelques jours plus tard, j’ai enregistré le titre à Hambourg avec Andreas Spoon, un partenaire de longue date pour l’écriture de chansons. C’est un super ingénieur du son aussi. Il était précédemment intervenu dans mon duo avec Lemmy. Il a mixé la voix de Lemmy en fait sur ce duo. C’est un fan absolu de MOTÖRHEAD, comme moi. C’était le partenaire parfait pour enregistrer mes chansons.

C’était la première chanson qui a été enregistrée ?
En fait, il y en avait d’autres de prêtes. Nous n’étions pas dans l’ambiance pour commencer l’enregistrement. Ce titre a été important pour nous et le projet a vraiment démarré avec cette chanson.

Comment résumerais-tu ces deux albums en quatre mots simples ?
Heavy, énorme, encore plus heavy, encore plus énorme pour « Forever Warriors » et plein d’âme et de beauté pour « Forever United ».

Comment s’est déroulé le processus d’écriture des deux albums ?
A ce moment-là, je n’avais aucune pression. J’étais cool, relax. J’étais détendue. J’avais le temps de ressentir les choses, la puissance des titres, leur efficacité. Plein de chansons avaient ce super feeling. J’ai écrit l’album à travers le monde. Il y en a une écrite avec Tommy Bolan, mon guitariste sur l'album « Triumph and Agony ». Nous nous sommes retrouvés à l’occasion des 30 ans de cet album de WARLOCK. Il y a eu un certain nombre de concerts. Nous avons ensuite joué en Suède. Nous avons toujours été amis. Cette tournée anniversaire se passait trop bien. Après le concert au Norway Rock, à 5 heures du matin, nous avons jammé et là, est né le titre "If I Can’t Have You - No One Will". Après, j’ai envoyé cette chanson à Johan Hegg, le chanteur d’AMON AMARTH et je lui ai demandé s’il voulait y participer. Il m’a écrit les couplets et nous avons fini par enregistrer un duo. Cette chanson sera probablement le second single, le premier étant "All For Metal". Il y aura un clip également.

Qui a fait l’artwork des deux « Forever » ?
Geoffrey Gillespie.

Un ami à toi ?
Oui, il a fait les dessins et les peintures de « Triumph And Agony », les dessins du dernier DVD « Strong And Proud ». Il vit en France, a reçu de nombreux prix, est originaire du Royaume Uni. Il est fabuleux. J’avais adoré son travail sur « Triumph and Agony ». Je lui ai demandé s’il voulait faire les pochettes des nouveaux albums. Je lui ai donc envoyé la demo de « Soldiers Of Metal » à l’époque. En fait, nous ne savions pas encore que ce serait deux albums. Je voulais avec ce titre une image d’armée de musiciens et de fans. Il les a faites !

Quelle chanson sera la prochaine "All We Are" ?
Probablement, "All For Metal". J’imagine déjà tout le monde en train de siffler, de crier, de chanter. Nous n’avons pas encore joué en concert ce titre mais avec tous les invités qu’il y a dessus tels que Mille Petrozza (KREATOR), Johan Hegg (AMON AMARTH), Chuck Billy (TESTAMENT), feu Warrel Dane (NEVERMORE, SANCTUARY), Jeff Waters (ANNIHILATOR), SABATON, Ross The Boss, Rock 'N' Rolf (RUNNING WILD), DETRAKTOR, Tommy Bolan (ex-WARLOCK) et Andy Brings (ex-SODOM), je peux imaginer l’effet que cela peut faire. Tout le monde va être heureux, va headbanger. Ça va être un bon moment.

J’ai cette question analytiquement simple : un titre, un mot, OK ?
“Resistance”.
Un mot ? Dur !

Un mot qui te vient à l’esprit...
Je peux en dire deux ou trois ?

Bien sûr (rires).
OK ! Défendre la bonne cause.

“Bastardos”…
(Elle hésite)
 Heavy metal !

“Heartbroken”…
Une expérience très douloureuse.

“Lost In The Ozone”…
C’est une reprise de MOTÖRHEAD (NDJ : présent sur « Bastards, 1993).

Que ressens-tu justement ?
C’est l’une des chansons les plus tristes sur le plan des paroles.

“Backstage To Heaven”…
Un super souvenir. Je l’ai écrite avec Jack Ponti. Elle est très sympa.

C’est un titre ancien ?
Oui, il y a plusieurs années. il ne collait avec aucune liste de titres d’album. Ce musicien de jazz a joué le solo de saxophone. C’est un titre entraînant. Une prière pour les anges.
 

"Quand j’ai eu 15 ans, j’ai été malade et hospitalisée pendant une année. Je me suis dit alors que si je m’en sortais vivante, je ferais quelque chose qui rendrait les gens heureux." – Doro


Quelle chanson de ton répertoire est la plus significative pour toi ?
Certainement "Fur Immer". Avec cette chanson, on peut rencontrer quelqu’un, se marier, faire des bébés. C’est un titre sur la vraie amitié, la loyauté, l’amour éternel. Elle existe en trois langues, anglais, allemand et espagnol. C’est vraiment ma première chanson en allemand. J’étais à New York, travaillais sur l’album « Triumph And Agony » et je n’avais jamais pensé à chanter en allemand mais j’étais aux USA et mon pays, ma maison me manquaient. C’est venu à mon esprit, ce mot “Forever”. Je suis une personne très loyale. Je l’ai traduite en plusieurs langues pour unifier les choses et rassembler.

Te rappelles-tu de la première fois où tu as voulu chanter dans un groupe ?
Oui, j’avais 3 ans. Ma première chanson était très énergique, difficile à interpréter. Ce n’était pas du heavy metal (rires). Enfant, j’adorais écouter de la musique. Je voulais être dans un groupe. Je suis fille unique, pas de frère ni de sœur, les membres de mon groupe seraient donc mes frères. Quand j’ai eu 15 ans, j’ai été malade et hospitalisée pendant une année. Je me suis dit alors que si je m’en sortais vivante, je ferais quelque chose qui rendrait les gens heureux. Ce fut un miracle. C’est peut-être Dieu ou autre chose. J’ai monté un groupe qui s’appelait SNAKEBITE. C’était le bon moment au bon endroit.

C’était du heavy metal ?
Oui, tous mes groupes. Mais ce terme n’était pas encore établi. Dans les années 1980, j’ai vu WHITESNAKE en concert et David Coverdale était terrible. Le nom de mon groupe SNAKEBITE venait de là.

Comment préserves-tu ta voix après toutes ces années ?
C’est toujours un problème. Je fais au mieux. Elle n’est pas toujours au top. Mais dès que je monte sur scène et que je vois les fans, c’est magique. Après les concerts, je suis un peu fatiguée. Les voyages en tour bus, ça rend malade aussi, tu sais. L’hiver surtout. Mais dès que je vois les fans, tout est top !

As-tu déjà pensé à écrire ton autobiographie ?
Plein de personnes me l’ont déjà demandé. J’ai déjà essayé d’écrire mais c’était trop difficile pour moi, émotionnellement. Si je devais le faire, je sortirai deux livres. Un cool, rock'n'roll avec plein d’anecdotes, et un second sur ma vraie vie, aucun film d’horreur ne pourrait le concurrencer (rires). Ce serait des choses différentes. Quand j’avais commencé à écrire, c’était vraiment trop lourd, trop douloureux. Je n’aurais pas pu écrire sur ma vie sentimentale. Je n’ai jamais été mariée, je n'ai jamais voulu. Pas d’histoires d’ex ! J’ai tellement d’albums, de chansons, de concerts, de tournées, je préfère me concentrer là-dessus. On verra ce que me réserve le futur.
 

"Nous étions en train d’enregistrer à l'époque quand nous avons été informés que nous ne pouvions plus utiliser le nom de WARLOCK." – Doro



© Tim Tronckoe


​Ton plus beau souvenir de carrière ?
(Sans hésiter)
Enregistrer avec Lemmy de MOTÖRHEAD en studio. Il y a eu plein de superbes personnes dans ma vie comme, par exemple, Gene Simmons, je suis fan de KISS. Lemmy était comme un mentor pour moi et mon meilleur ami. Un jour, mon téléphone sonne. Je n’avais pas envie de répondre, j'ai décroché et c’était Lemmy qui me disait : « Hey, Doro. J’ai reçu ta lettre. » Nous n’étions pas dans la même maison de disques. J’étais passée par leur manager, j’avais envie de faire quelque chose avec lui. Il a dû en recevoir des lettres. C’était l’époque où mon père est décédé. J’étais effondrée. Lemmy me dit : « Faisons quelque chose ensemble ». Je lui ai répondu que je n'étais pas bien à ce moment-là. Il me dit alors qu’il l’entend à ma voix et que c’est la raison pour laquelle nous devrions faire quelque chose. Plusieurs semaines après, je me suis rendue à Los Angeles et il a été un ange avec moi. D’une certaine façon, il m’a sauvé la vie, ma vie. Il m’a donné de nouvelles perspectives, j’étais un peu suicidaire avec la perte de mon père. JE L’AIME. C’est pour cela que je te dirais Lemmy.

Ton pire souvenir de carrière ?
Quand j’ai perdu le nom WARLOCK à cause d’un ancien manager. Impossible de le croire. Il n’en avait rien à faire de ce nom mais il nous a bien roulés. Tout ça pour de l’argent. Je ne peux plus utiliser le nom. Il l’a volé et il est décédé maintenant. Nous avons été en procès mais les metalheads ne sont pas très bien vus dans les tribunaux. Un de mes pires souvenirs, surtout quand tu penses que « Triumph And Agony » a été l’un des albums qui a eu le plus de succès. La tournée était fabuleuse, nous ouvrions pour DIO. Je me souviens même du concert à Paris. Nous étions en train d’enregistrer l’album suivant et au milieu du processus, nous avons été informés que nous ne pouvions plus utiliser le nom de WARLOCK. Je me suis dit « Non, nous allons le faire », mais impossible. Je ne pouvais pas le croire. C’était absurde, une blague. J’ai continué donc sous mon nom.

Que penses-tu de l’industrie de la musique ?
Il y a eu la grande période dans les années 1980 avec beaucoup d’argent. Les ventes d’albums étaient énormes, les tournées aussi. Le grunge a tout bouleversé et cette mode a modifié l’industrie. Plus difficile et l’argent a tout gouverné aussi. Tout a fini par s’autodétruire. Les labels sont plus petits et c’est mieux. Je suis maintenant sur Nuclear Blast, avant j'étais chez SPV, et je suis heureuse. J’ai une liberté de créer. Ils me disent : « Tes fans te suivent, ils sont fidèles. Nous croyons en toi et ce que tu ressens ». Dans les majors, ils veulent un hit radio-friendly, c’est tout. De la pop. Je ne suis pas trop pop. Cela n’a aucun sens pour moi. Ce n’est pas mon style de vie, mon attitude.

Qu’écoutes-tu en ce moment ?
AMON AMARTH, sans hésiter. Mes vieux héros comme DIO, MOTÖRHEAD, JUDAS PRIEST. Le dernier album est terrible. J’adore RAMMSTEIN aussi. Je suis fan ! J’adore W.A.S.P. aussi.

Ton top 5 albums de metal des années 1980 ?
« Kill’Em All » de METALLICA., « Ace Of Spades » de MOTÖRHEAD, « Alive 2»  de KISS, « Last In Line »  de DIO, « Triumph And Agony » de WARLOCK.

Que fais-tu lorsque tu n’es pas en tournée ou en studio ?
Je suis toujours en studio de répétition, en tournée, en studio pour écrire des chansons, en train de me préparer à aller en tournée. Je suis une fan des arts martiaux. Je préserve mon corps. Je me défoule, je crie. Je fais un art martial de self-defense chinois. J’aime la nature aussi, les animaux, la verdure. Je vis à deux endroits : en Allemagne et aux USA. Je suis toujours sur la route.

Le questionnaire heavy metal allemand : un groupe, un mot...
SCORPIONS :

Super.

HELLOWEEN :
Super.

BONFIRE :
Claus Lessman est un de mes meilleurs amis.

PRIMAL FEAR :
Une grand expérience. J’ai fait avec Mat Sinner le "Rock Meets Classic". Fabuleux ! Nous avons fait des concerts en Suisse et en Allemagne.

KREATOR :
Je les adore.

BLIND GUARDIAN :
Pareil.

RAMMSTEIN :
Le top.

Ce serait quoi ton rêve qui deviendrait réalité pour finir ?
Je suis un être humain normal. J’aimerai la paix dans le monde. De la joie pour tout le monde. Une bonne santé et beaucoup de metal !


Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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