Guillaume Morlat est un homme de goût. Ses contributions guitaristiques au sein d'EIBON et autres manoeuvres bassesques chez COWARDS sont reconnues toutes deux pour leurs qualités. Mais comme le gaillard n'en a visiblement pas assez il s'est mis en quête, depuis un bon moment déjà (ses premières compositions datant de 2011), de nouvelles aventures qui lorgnent du côté obscur. Le fruit de ces sombres expérimentations est ici résumé par un étrange sobriquet : HEAUME MORTAL, la Norvège a bien son IMMORTAL après tout. Et cette curieuse contraction franco-anglaise n'a pas son pareil pour embarquer l'auditeur dans des terres brumeuses, où une lumière blafarde perce comme elle le peut en de rares endroits. "Un peu de YOB, un peu de KICKBACK, un peu de VERDUN, un peu de CULT OF LUNA, un peu de BURZUM", pouvait-on lire dans la biographie, il y a de ça oui...et surtout du dernier.
Ce qui constitue une certitude dès les premières minutes de l'introductif "Yesteryears", c'est ce son absolument énorme concocté par Francis Caste dans l'enfer de son studio Sainte-Marthe. Celui-ci explose littéralement aux oreilles sur le premier morceau, ténébreux et incantatoire, qui introduit l'album sans temps mort. Monolithique, lourd comme une chape de plomb, il laisse à peine transparaître quelques mélodies lumineuses derrière son épaisse carapace. Un roadtrip de près de quatorze minutes qui plonge l'auditeur dans une ambiance glaciale couplée à des parties de guitares mélodiques, musclées, qui rappelle une version virile du même CULT OF LUNA évoqué un peu plus haut. "Oldborn" est issu de ce même jus grisâtre : les rythmiques y sont lentes, vicieuses et la master frappe du batteur s'apparente plus à la cognée méthodique d'un bûcheron en manque de sève. Un terrain de jeu idéal pour faire place nette à la reprise de BURZUM, "Erblicket die Tochter des Firmament" (connue aussi sous sa forme anglaise "Beholding The Daughters Of The Firmament") qui pousse juste derrière. Moins dépouillée et grésillante que l'original (est-ce seulement possible ?) celle-ci est ré-interprétée avec justesse et ferveur, aidée en cela par des vocalises écorchées qui ne la dénature aucunement. L'hommage est sincère et va même jusqu'à se prolonger sur le final "Mestreguiral", dizaine de minutes aux sonorités dark-ambient, qui renvoie un sinistre écho à l'éternel "Tomhet" qui clôt « Filosofem » de la même manière.
Ce premier album d'HEAUME MORTAL est loin d'être évident à aborder. Post-black ? Doom atmosphérique ? Post-hardcore ? L'oeuf ou la poule ? Qu'importe, « Solstices » se joue des étiquettes pour les retourner les unes après les autres, proposant ici un tour de force menaçant qui ne dévoilera véritablement ses charmes obscurs qu'aux plus téméraires d'entre vous...