Ardraos et Rémy Bricka : même combat ? Un euphémisme tant le multi-instrumentiste s’apparente avec SÜHNOPFER à un véritable homme-orchestre. Préposé à l’ensemble des instruments, le bourbonnais fait une fois de plus des merveilles sur ce troisième album inspiré par la scène suédoise du milieu des années 90, DISSECTION et SACRAMENTUM en tête de gondole. Il partage d'ailleurs avec ces formations historiques le sens inné du riff froid et précis qui claque tel le blizzard sur les joues rougies ainsi qu’un attrait immodéré pour les mélodies épiques.
Il ne faut qu'une poignée de secondes pour s'en rendre compte sur "Pénitences et Sorcelages" qui ouvre ici les hostilités. Un démarrage rageur sur lequel Ardraos endosse tous les rôles avec une facilité déconcertante : batteur-bûcheron aux abois, sectionneur rythmique de haute volée, vocaliste habité par son rôle. Et le plus fort c’est qu’il tient le rythme sur plus de cinquante minutes en façonnant des montagnes russes rythmiques envoûtantes : impossible de résister au charme d’un autre temps de ces embardées riches en émotions. Mais c'est certainement sur "L’Hoirie de Mes Ancêstres", épopée médiévale de plus de dix minutes que SÜHNOPFER sort le grand jeu en proposant un véritable tour de force avec du trémolo à la fois dans les riffs et dans la voix. Voilà un très grand et long morceau qui marie l'authenticité vengeresse du black traditionnel et l'élégance obscure propre à certains de ses compatriotes.
A l'image de cette pochette ténébreuse qui jongle entre le clair et l'obscur, ce nouvel album se savoure aussi bien dans les moments fougueux, appuyés par une exécution exemplaire de précision, que dans les parties plus nuancées où la section rythmique se joue des codes avec un certain doigté. L'affaire est ici entendue : SÜHNOPFER monte encore d'un cran dans la hiérarchie métallique, aidé dans sa quête par une production qui souligne l'excellence de son propos. Dépassant le simple exercice de style pour s'approprier des ambiances toujours plus travaillées, « Hic Regnant Borbonii Manes » porte dans ses gènes la marque de fabrique du groupe : des émotions livrées à fleur de peau, une force brute et nostalgique qui terrasse autant qu'elle subjugue.