Side-project de Jonas Renkse et Fred Norman à sa conception en 1994, soit les deux-tiers du line-up de KATATONIA, OCTOBER TIDE a depuis pris une dimension d’une toute autre envergure. Il faut dire qu’en vingt-cinq ans de l’eau a coulé sous les ponts pour la formation de Stockholm : cinq albums, solides, se sont calés bien au frais dans sa besace malgré un line-up à géométrie variable. Avec toujours en ligne de mire le style de prédilection qui ne l’a jamais vraiment quitté : un doom/death profond, obscur et mélancolique en diable, celui-là même que ses créateurs ont magnifié sur les deux premiers albums de KATATONIA. Vingt-cinq ans plus tard le capitaine Fred Norman est désormais seul maître à bord, inébranlable dans ses sombres convictions, secondé par une ribambelle de mercenaires issus du terreau fertile de la scène metal locale (IN MOURNING, SINS OF OMISSION, DEMONICAL, MOONDARK). Durcissant le ton depuis le bien-nommé « Tunnel Of No Light », le bougre n’a pas pour autant changé ses plans sur cette sixième livraison qui arbore un nouveau logo plus fourchu. Chapeau pointu.
Le single, "I, The Polluter", ouvre ici les hostilités et porte en lui la marque de fabrique d’OCTOBER TIDE : sombre, décharnée et toujours empreinte de cette irrésistible mélancolie nordique, en plein dans le mille. Le reste de l’album est lui aussi porté par ce souffle glacé, ce charme authentique des formations qui perpétuent avec ferveur la tradition stylistique instaurée par la sainte trinité grand-britonne au début des années 90, ANATHEMA et PARADISE LOST en guise de repères. Les rythmiques s’y font monolithiques, déployant lourdement des émotions à fleur de peau. Des morceaux comme "We Died In October", "Seconds" ou "Our Famine" illustrent ce sens affûté de la mélodie simple et directe pendant que "Guide My Pulse" et "Envy The Moon" dévoilent une section rythmique boostée par quelques mid-tempo percutants.
Efficace et sans chichi donc, dans la droite lignée de ses aînés, ce nouvel album ne dépareille pas dans la discographie du groupe même s’il laisse transparaître un côté plus accessible, plus direct que sur le dernier opus en date. Les guitares sont toujours sur le devant de la scène, renforcées par une production d'Alexander Backlund et un mixage puis un mastering amples signés Daniel Linden (déjà à l’œuvre sur le dernier DEMONICAL), et apportent une force redoutable à l’ensemble. Pas de prise de risques, oui c'est sûr, mais un solide savoir-faire vaut parfois mieux qu'une expérimentation foireuse. Dont acte.