8 août 2019, 16:51

Les sons de l'été #08

38 Special/Kansas/Foreigner/Blackfoot/Rose Tattoo • 17.08.1981 Annecy (Le Stade Municipal)

On poursuit une déambulation dans mes souvenirs d'enfance et d'adolescence, en été, liés à la la musique... et l'un d'eux m'est revenu en lisant une news récente concernant le festival Wacken en Allemagne, l'un des grands rendez-vous européens. 

A peine la dernière édition achevée, l'édition 2020 de l'évènement annonce complet en quelques minutes un an à l'avance, sur la base d'une affiche alléchante, quoique partielle. 
Une certitude, toute considération musicale mise à part, l'envie compulsive de réserver est suscitée par la peur de ne pas avoir sa place dans la fête, mais c'est surtout la recette d'une communication marketing particulièrement bien pensée avec le temps, l'expérience, la puissance des réseaux sociaux, jouant sur les notions d'habitude - version pèlerinage ou cousinade -, de limites de capacité et de phénomène de mode (l'impression d'être hors du coup quand on n'en fait pas partie). 

Et là, je me suis mis à repenser au premier festival français auquel j'ai assisté à 15 ans (pour celui à l'étranger, voir post précédent). 
A cette époque, les festivals, ce n'est vraiment pas une spécialité française.
Il y a bien Elixir, devenu référence historique ou quelques dates one-shot mythiques dans les années 70 (Mont-de-Marsan, par exemple) et puis c'est tout.
Face à l'exceptionnelle annonce d'un festival rock anglo-saxon, itinérant, de trois dates, on aurait donc pu imaginer une communication à l'avenant. 
Eh bien, non : la publicité que je poste ici n'est parue qu'un mois avant les dates ! 
Difficile pour les plus jeunes de s'en rendre compte, mais le plateau de ces 5 groupes est, en 1981, le fin du fin de la production rock US, auquel se sont raccrochés - vous allez le voir à leurs dépends - les Australiens ROSE TATTOO.
En Allemagne, au Golden Summernight Festival, ils ont IRON MAIDEN, MOTÖRHEAD, MORE et BLUE ÖYSTER CULT en prime. Nous voici donc partis, mon père et moi, mi-août pour ce Rock '81 totalement inattendu.



Et c'est là qu'on se dit qu'un organisateur pourtant aguerri comme KCP aurait mieux fait de dépenser de l'argent en communication plutôt que dans un service de sécurité lançant ses bergers allemands sur les pauvres resquilleurs ayant franchi la palissade du Stade d'Annecy : un stade municipal qui n'est absolument pas conçu pour recevoir ce genre de manifestations et, surtout, un stade pratiquement désert, de mémoire un millier de personnes, peut-être deux à tout casser. Comme vous pouvez le voir sur ces rares photos prises avec mon instamatic sans zoom de l'époque, pour cacher la misère, la production a flanqué la scène au bas d'un bout de gradins à peine remplis, le son arrive donc frontalement sur les premiers rangs.
 


Nous nous positionnons par conséquent en amont pour ne pas trop souffrir, au détriment de toute logique acoustique. 
Le temps est magnifique, le soleil cogne et l'alcool tape gentiment sur les esprits qui s'échauffent au moment où l'organisateur, embarrassé, doit expliquer que BLACKFOOT ne jouera pas, son matériel ayant été retenu en douane. 
Terrible déception, il est dans le top 2 de nos préférences, "Marauder" vient de sortir et cet album est une tuerie. 
Heureusement, compensation sudiste, 38 SPECIAL déboule pendant presque une heure avec sa formation à deux batteurs, deux guitaristes, deux choristes, un membre fondateur de LYNYRD SKYNYRD à la basse et le frère de Ronnie Van Zant au chant, Donnie. Un régal qui démarre sur un "Turn it On" de folie (et un petit bootleg home-made au passage). Sur la photo, recadrée, on voit bien Rickey Medlocke, Jakson Spires et Charlie Hargrett de BLACKFOOT qui assistent au set de 38 SPECIAL au bord de la scène, lançant des signes de frustration au premier rang.
 


BLACKFOOT, privé de concert, pendant le show de 38 SPECIAL © Christian Lamet


Ça se gâte pour ROSE TATTOO. 
Angry Anderson se frite avec des spectateurs, le set ne dure pas plus de deux titres et pendant qu'une des guitares est laissée une éternité à larsener contre un ampli, le chanteur australien part en hurlant, seul, au fin fond du stade.
Une vision ridicule, le petit nerveux au crâne rougi par le soleil ou la rage passant ses nerfs sur le gazon à pester contre un ennemi invisible.

Mélange des genres, c'est KANSAS et son ambitieux hard rock progressif qui poursuit, la nuit tombée. Steve Walsh, tenue kitschissime pur 80s short satiné, fait le poirier sur son clavier, tandis que le groupe enquille les hits. Le stade aux trois-quarts vide crée des artefacts sonores inattendus d'écho qui ajoutent au grandiloquent de la prestation. 
Et pour finir, FOREIGNER, au sommet de son talent créatif avec la sortie récente de "4" et tout le répertoire précédent de hits.



38 SPECIAL © Christian Lamet


Un fiasco d'organisation, des conditions d'accueil misérables et malgré tout, avec le recul, un souvenir inoubliable pour une affiche culte... 
De là à regretter l'amateurisme et les aléas de l'époque, probablement pas.
Mais tout cela n'est vu que par le petit bout de ma lorgnette. 
(A suivre...)

PS. : Si certains d'entre vous ont assisté aux dates de Fréjus et Cap d'Agde, peu documentées, n'hésitez pas à partager.

Blogger : Christian Lamet
Au sujet de l'auteur
Christian Lamet
Christian Lamet est réalisateur, journaliste et producteur pour la télévision et le multimédia...entre autre. Fondateur en 1985 du magazine HARD FORCE, il en a été le rédacteur en chef durant ses quinze années de parution en kiosques. Depuis, l'aventure HARD FORCE a repris depuis 2008 sur le web, devenant ainsi le plus ancien média metal en France toujours en activité encore mené par son fondateur. Christian est également producteur et réalisateur du media digital HEAVY1 en partenariat avec LIVE NATION FRANCE et du webmagazine METALXS.
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