Un peu plus de deux ans après la sortie d’un premier album prometteur, revoilà les Danois ORM aux commandes de leur black metal épique et ravageur. Et le quatuor, composé d’ex-membres de BY THE PATIENT, n’a pas changé son fusil d’épaule puisque « Ir » est issu du même tonneau. Les années 90, plus particulièrement le milieu de la décennie, servent toujours de cadre de référence à cette formation qui marie avec malice guitares acoustiques, tempos fulgurants et embardées mélancoliques de toute beauté. Il flotte ici comme un parfum de nostalgie, de ceux que l’on retrouve sur les premiers travaux de SATYRICON, ULVER ou GEHENNA. De belles références qui ne doivent pas occulter ce travail de fond qui met à l’honneur un groupe réfléchi, capable de dépasser le simple exercice de style pour s'approprier des tempos plus variés et proposer des ambiances très travaillées.
Le maelström de riffs tranchants qui ouvre l’album sur "Klippens Lyse Hal" en est une parfaite illustration : la section rythmique, audacieuse, dévoile un mélange explosif où les blasts côtoient des parties massives qui font leur petit effet. Une introduction de toute beauté qui laisse place à une deuxième partie plus classique où le groupe se déchaîne joyeusement en imposant un black racé et mélodique, proprement étourdissant. Il faut dire que sur ces deux compositions dépassant le cap des vingt-trois minutes de musique, la variété des riffs est la clé de la réussite. A peine le temps de souffler d’ailleurs que des tempos bouillonnants prennent le relais, lardés de guitares acérées, toujours habités par ce sens de la mélodie pointu. Le final de ce premier récital fait quant à lui la part belle à la double pédale et aux rythmiques tranchantes, ORM s’y fait furieux et rageur. A l’opposé des premières minutes de "Baer Solen Ud" qui régalent de guitares acoustiques délicates, évoquant des temps anciens et chevaleresques. Puis la machine repart, cruelle mais majestueuse, avec un sens de la mélodie ultime qui développe des textures riches et variées alternant avec des passages plus posés, les uns s'imbriquant aux autres de manière homogène, presque naturelle. Puis, c'est à nouveau un plan atmosphérique bien troussé qui calme le jeu... avant de se muer en mid-tempo éclairé sur la deuxième partie de ce long morceau : un vrai tour de force !
Malgré sa relative jeunesse, à peine quatre années d’existence au compteur, ORM montre déjà de solides prédispositions pour sortir son épingle du jeu. Bien plus qu’un simple recycleur, le groupe façonne ici une relecture attentionnée et mélodique d’un style vu et revu en y apportant une variété de rythmes et de mélodies imparable. Le résultat est probant : on ne s’ennuie pas une seule seconde pendant quarante-sept minutes et l’on y revient avec toujours avec grand plaisir, découvrant à chaque fois un détail qui avait échappé à l’écoute précédente. C'est superbe !