La musique des Texans HAUNTER est difficile d’accès, c’est une certitude, la seule peut-être que j’ai à l'issue de plusieurs écoutes attentives qui peinent encore à percer ce monstre de noirceur. Complexe également, éprouvante aussi...sa musique est l’image du titre à couper le souffle de sa première démo : « He who Jumps Into the Void Owes No Explanation to Those Who Stand and Watch ». Mais elle garantit pour sûr son lot de frissons à ceux qui oseront la défier tant elle recèle de trésors d’obscurité qui valent le coup de s’y frotter. Attention, ça pique.
Parce que ce trio de San Antonio, du haut de ses deux albums et multiples splits, n’est pas tout à fait comme les autres. S’il possède bien quelques folies rythmiques et autres dissonances qui pourraient le rapprocher de certains autres groupes barrés du ciboulot, NOCTURNUS AD, ARTIFICAL GRAVE ou GORGUTS en tête de liste, il reste pourtant délicat de l’étiqueter de la sorte. Il y a tout d’abord cette couverture, hallucinée, signée du talentieux Elijah Gwhedhù Tamu aux allures de porte d'entrée vers un outre-monde synonyme de pratique chamanique. Perché, pas qu’un peu, comme ce déluge de riffs et de breaks d'une délicieuse sauvagerie qui déferlent dès les premières minutes de "Dispossessed Phrenic Antiquity". Mais ce n’est rien, ou pas grand-chose finalement comparé au pavé éponyme qui boucle ce disque, d’une durée de plus de douze minutes, où s’affrontent au cours d’une guerre sans merci rythmiques bossues, embardées furibardes et parties acoustiques de toute beauté.
Tout cela s'apparente à la première écoute à un gigantesque foutoir rythmique qui part dans tous les sens. Puis le bestiau se dévoile au fil des écoutes et distille un sombre charme qu'il convient de saisir sans trop se poser de questions. Comme cette bête lovecraftienne qui étreint sournoisement pour mieux emmener sa proie dans les tréfonds du néant et y flirter avec l'insondable. Oui, les ténèbres sont dans la place, pas de doute, et l'ombre de la folie plane sur chaque recoin de ces quarante-six minutes diaboliques. "Spoils Vultured upon Sole Deletion" et "Subversion of a heathen Tongue" ne font d’ailleurs qu'enfoncer le clou plus loin dans les chairs, ajoutant une bonne dose de black metal du meilleur effet à l'ensemble. Une recette redoutable. Mais c’est lorsque s’il se fait encore plus perfide, dans un costume instrumental qui lui va comme un gant sur "Absolution", qu’il régale l’auditeur d’une tension quasi palpable.
C'est essoré que l'on ressort de ce roadtrip passé dans les ténèbres. Un roadtrip diabolique produit par le bassiste-vocaliste du groupe, Bradley Tiffin, et masterisé par Brendan Sloan (CONVULSING) qui signent tous deux un travail de précision et de puissance monumental. Qu'ajouter à cela ? Rien en fait. Ou pas grand chose. Si, on aurait bien repris quelques minutes de noire violence à ce tarif... mais c'est là pinailler car c'est bien la classe qu'il convient de saluer ici. La grande classe !