« MORAST ! Ô Désespoir ! ». Ces quelques mots ici empruntés au Cid, auquel on pourrait ajouter le préfixe "sui-" tant sa musique évoque la dernière marche du condamné, est idéale pour décrire « Il Nostro Silenzio ». Une rude plongée dans les ténèbres sans grand espoir de retour à moins qu’il ne faille y voir aussi une alternative prématurée aux chrysanthèmes, quelques semaines avant de célébrer la Toussaint. Le genre de disque-monolithe qui fait sentir le souffle d'un vent glacial, drapé dans une brume épaisse, avant même d’avoir franchi le seuil de la porte en plein hiver. Brrrr….
Il faut dire que cette formation de Dusseldörf, ne pas se fier au titre trompeur en italien, fait tout ce qu’il faut pour entretenir ce côté énigmatique qui colle à merveille à sa musique. Photos promotionnelles où l’on ne devine que la silhouette des musiciens, simple initiale pour nommer chacun d’entre eux (R,L,J et F, pas des plus généreuses pour une partie de Scrabble) et label au nom évocateur, Totenmusik (musique des morts pour ceux qui ont pris option espagnol au collège). Oui, MORAST est plutôt du genre hostile. Et son truc à lui c’est le metal noir, profondément mid-tempo, qui privilégie la qualité des riffs qu’il fait méchamment tourner en boucle plutôt que la quantité astronomique. Pas non plus de morceaux à tiroirs et de breaks explosifs à signaler ici mais bel et bien une section rythmique pesante et presque doom, sournoise, qui ne relâche jamais vraiment la pression sur l'auditeur. Intenses et sauvages, les guitares tournoient, la basse montre les crocs, la batterie est, elle, débridée, accompagnant sans jamais baisser la garde ce magma compact qui annihile toute forme de résistance. Et pour couronner le tout, cette funeste sarabande se voit animée par une plâtrée de cordes vocales dignes de celles d’un Martin Van Drunen (ASPHYX, ex-PESTILENCE) qui se seraient prises d’affection pour NEUROSIS. Plutôt du genre costaud donc, cet « Il Nostro Silenzio ».
Doté d'une production de plomb, dense et peaufinée dans la moindre de ses tournures par Michael Zech ainsi que d'un artwork énigmatique signé Raoul Mazzeri alias « View From the Coffin », cet album prend des allures de sombre révélation. De celles qui réclament de nombreuses écoutes attentives et prolongées pour en saisir toutes les subtilités. Avant de s'y abandonner pour de bon...