18 octobre 2019, 17:20

LEPROUS

• "Pitfalls"

Album : Pitfalls

Il y a des albums qui donnent l’irrésistible envie de les faire écouter au monde entier, de les faire découvrir à un maximum de gens, d’inonder les réseaux sociaux en criant éperdument « hey ! Ne passez pas à côté surtout !!! »… Celui-ci en fait définitivement partie et m’a même donné l’envie d'écrire une chronique tant le coup de cœur est immense. Et puis, c’est un album que j’attendais avec impatience, tant les deux/trois précédents sont également sublimes et donnent déjà une idée du potentiel de progression de LEPROUS, qui semble infini. Car voilà bien un groupe qui ne s’interdit rien, à la créativité débordante, s’autorisant à s’aventurer là ou son inventivité le mènera : dans des landes musicales hors-normes, au-delà de genres bien codifiés ou d’un style précis trop restrictif. Loin aussi des clichés habituels. Une démarche artistique personnelle et louable dont le maître-mot demeure l’émotion.

Pour bien appréhender cet album, avant d’écrire ces quelques lignes à son sujet, je l’ai écouté une bonne quarantaine de fois sur une période d’un mois et demi ; si bien qu’aujourd’hui j’ai l’impression étrange de le connaître depuis des années et encore mieux que ses prédécesseurs. A chaque nouvelle écoute, il y a toujours un détail de plus qui ressort : un album qui se bonifie avec le temps. Et je ne me suis pas encore penché sur les textes : nul doute que ça apportera là aussi une dimension supplémentaire pour les prochains mois à venir.

Sur « Pitfalls », la musique de LEPROUS n’a jamais été aussi subtile et épurée : les sonorités metal des débuts ont presqu’entièrement disparues au profit d’un univers musical plus vaste, à la fois organique et synthétique. Mélange d’electro/trip-hop minimaliste aux arrangements à cordes magnifiques (violons, violoncelles) et une recherche de sonorités atypiques ; rythmiques presque jazzy, influences très variées et, bien-sûr, la voix haut-perchée et gorgée d’émotion d’Einar Solberg, clairement un des très grands chanteurs actuels. Certes, il m’a fallu (avant cet album) un temps d’adaptation pour apprécier ses vocalises aigües, mais désormais comment ne pas avoir la chair de poule devant tant de beauté ? La moindre intonation, le moindre souffle, et même les silences apportent une émotion, une couleur particulière. Une voix que je qualifierais de lumineuse, apportant d’innombrables moments de grâce et de magie.

Cette recette, difficilement explicable par de simples mots, faites de mélanges musicaux audacieux, forge l’identité musicale d’un groupe au style assez indéfinissable mais qui lui est propre. Un sentiment de totale créativité et de liberté d’expression totale elle aussi, que j’ai déjà ressenti par le passé lorsque THE GATHERING se mettait à explorer de nouveaux territoires musicaux sur des albums tels que « Souvenirs » ou encore « Home » (je parle de la démarche, sans comparer leurs musiques).

Ce qui ressort principalement de ce sixième album est sa sobriété et sa capacité à toucher des émotions hors du commun avec une simplicité et une justesse déconcertante. De passages feutrés aux explosions passionnées soudaines comme sur le sublime "At The Bottom" ou encore sur "Below", le titre d’ouverture, la musique de LEPROUS atteint de nouveaux sommets, une dimension sonore en perpétuelle expansion. Une musique très cinématique également, propice à l’imagination, apportant son lot d’images selon la sensibilité de l’auditeur : je verrais bien plusieurs morceaux illustrer un générique de série (comme "Black Mirror" par exemple !), ou figurer sur la B.O. d’un film. En particulier avec l’émouvant "Distant Bells" ou l’épique "The Sky Is Red" et ses 11 mns, un morceau-fleuve aux multiples facettes qui conclut en apothéose cet album, avec même des sonorités malsaines et dérangeantes, surtout lors du break intervenant à 6'45, magnifique, mais mettant particulièrement mal à l’aise.

Nul doute que LEPROUS va nous offrir encore de belles pépites musicales dans les années à venir tant il semble avoir des milliers d’idées ; mais prenons déjà le temps d’apprécier à sa juste valeur ce cru 2019 assez exceptionnel.

Blogger : Ludovic Fabre
Au sujet de l'auteur
Ludovic Fabre
Ancien collaborateur de Christophe Droit dans l'émission "Altirock" (de 1989 à 1999), Ludovic Fabre, alias "Maître Ludo", s'est ensuite fait connaitre en tant qu'animateur radio avec sa propre émission "Nocturnal Tears" (de 1995 à 2010), ainsi que pour sa collaboration, douze années durant, au sein du magazine Metallian. Toujours aussi passionné, il se consacre aujourd'hui à la photographie pour HARD FORCE, ainsi qu'à la rédaction de live-reports et de chroniques d'albums.
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