J'avais initialement prévu de vous parler du deuxième album des Allemands SHRINE OF INSANABILIS dans le prochain numéro de "Labels et les Bêtes". Mais offrir une exposition un peu plus large à cette obscure petite merveille m'apparaît aujourd'hui comme une évidence. Complexe, énigmatique, fouillée, la musique du quatuor ne peut décemment pas être passée sous silence : ce sens inné du riff froid et précis, ces mélodies superbes et inspirées, cette batterie rageuse, incendiaire, ne laisseront pas insensible l'amateur de sensations fortes.
C'est vrai qu'en matière de black metal, 2019 s'est révélée être une année particulièrement appropriée : BLUT AUS NORD, DARKTHRONE, SINMARA, MAYHEM, NUMENOREAN, GAAHL'S WYRD... la liste est longue comme mon bras. Et elle recèle de petites pépites qu'il faut savoir guetter aux coins des envois promos noyés dans la masse, n'attendant qu'une paire d'oreilles téméraires pour lui révéler leurs charmes. Ce qui est exactement le cas de SHRINE OF INSANABILIS, qui sort le grand jeu sur « Vast Vortex Litanies ». Prenez le vocaliste du groupe, dont on ne sait guère plus quant à son identité. Le bougre hurle ici son désespoir et sa rage à qui veut bien l'entendre avec une mélancolie profonde et palpable. Il livre tout du long de ces quarante-sept minutes un récital impressionnant de sauvagerie et la section rythmique qui l'accompagne n'est pas en reste : les accélérations, abruptes et envoûtantes, transforment la physionomie de chaque morceau en lui donnant des airs de grand huit déchaîné. Du blast à l'apéritif, des riffs dissonants en plat de résistance, une pincée de mélodies glacées pour le dessert : la recette prodiguée ici est alléchante ! Grandeur et décadence figurent au programme de ces montagnes russes rythmiques qui broient, malaxent et écrasent avec une certaine élégance. Une élégance typiquement allemande que l'on retrouve chez certains de ses petits camarades, DER WEG EINER FREIHEIT, LUNAR AURORA et ASCENSION en tête de la shopping-list, un gage de qualité bien évidemment.
Et puis il faut bien le dire, en toute objectivité hein, cet album contient le morceau que dis-je l'hymne black metal 2019, celui qui va faire chavirer les stades aux quatre coins de la planète : "Mother and Executioner". Combien de fois l'ai-je écouté au cour de ces dernières semaines ? Je n'en sais trop rien mais ce qui est qui certain, c'est que dans le genre "Boum dans les ratiches", je ne lui vois que peu de concurrents : un départ sous anabolisants ralenti par une superbe partie tout en trémolos qui calme les débats à mi-parcours avant de céder sa place pour l'assaut final, d'une puissance hors-normes. Une embardée chaotique aux allures de geyser, qui siffle et qui riffe dans tous les coins : emballé, c'est pesé !
Produit avec doigté aux mythiques studios Necromorbus, illustré de main de maître par Teitan Arts, cet album est une réussite de la première à la dernière seconde. Sans artifices. A quoi bon d'ailleurs ? Il est l'un de ces disques, rares et précieux, qui ne peut laisser indifférent...