KOSMOKRATOR, mystérieuse formation composée de musiciens souhaitant conserver l'anonymat, n'est pas du genre à faire comme les autres. Là où l'écrasante majorité de ses collègues sort un live après s'être fait la couenne sur quelques albums studios, le quintet belge le propose avant même la parution de son premier méfait. Un acte pas totalement décalé pour autant puisque son « Live at Hamburg Untertage » a permis aux têtes brûlées qui composaient son public de savourer en avant-première deux extraits tirés du plat du jour : l'entêtant "Ruins" étant dévoilé en même temps que cette expédition dans d'insondables abysses qu'est "Nathir".
Après un premier EP réussi, déjà sorti chez Ván Records il y a trois ans, KOSMOKRATOR se fend donc de son premier grand format avec au programme quarante-sept obscures minutes réparties en sept gros morceaux. Pour des durées moyennes de sept minutes en moyenne qui exigent à la fois une rigueur sans faille dans l'exécution et un soupçon d'audace pour piéger l'auditeur dans leur diabolique entreprise. Méthode, rigueur et structure : il ne faut d'ailleurs pas moins de sept minutes avant que les choses ne se mettent véritablement en place sur "The Push Towards Daath" , parsemé de riffs dissonants en diable. Avant de laisser place à un maelström de trémolos du meilleur effet soutenu par des parties de batteries possédées. Une générosité rythmique qui s'accompagne de nombreux breaks qui ne relâchent jamais vraiment la pression. C'est d'ailleurs lorsque l'on imagine échapper à la bête, ces deux minutes de break à peine perceptibles, avant que "I am the Utterance of my Name" et "Nathir" ne balaient les derniers espoirs d'un revirement mid-tempo et lumineux. Le côté obscur a triomphé, une fois de plus.
Il ne reste plus qu'à tendre l'oreille au loin pour deviner cette funeste conclusion qu'est "Gestorben Muss Sein", véritable clou du spectacle et à n'en point douter morceau le plus singulier de ce « Through Ruin...Behold » . Moins dans l'excès que ses prédécesseurs en apparence, il se complaît cependant dans le changement de rythmes en ajoutant à sa recette des tempos plus massifs parfois à la limite du doom. Le résultat est sans appel : ce voyage a des allures de plongée dans un gouffre béant, à errer dans les ténèbres éternelles au son d'une section rythmique maléfique et perverse.
Monstrueux donc au sens propre comme au figuré, ce premier album de KOSMOKRATOR est une expérience black/death troublante et addictive qui, aux côtés du récent « The Banished Choir » des espagnols de TEITANBLOOD, est certainement ce qui s'est fait de mieux en la matière en 2019. Les doigts dans le nez.