Belges. Tout comme les parrains/patrons AMENRA, voilà un bon début qui permet de suite d'y voir plus clair sur le sombre tableau proposé ici par SONS OF A WANTED MAN. Mais pas que. Comme il serait aussi simple de les classer aux côtés d'un CULT OF LUNA première mouture, d'un YEAR OF NO LIGHT à la belle époque de « Aussenwelt » ou toute autre joyeuserie contrariée digne de ce nom. Oui... mais non. Parce qu’au-delà de cette filiation évidente, le quintet originaire de Beringen va plus loin et fait voler en éclats ce cadre fragile pour enfanter un véritable monstre. De chair et d'os, de racines et de lichens, de compost et d'humus : une plongée dans l'obscurité infinie d'une forêt froide et hostile.
Un monstre hostile qui ne s’embarrasse pas de détails puisqu’il administre un taquet frontal dès la toute première seconde, une embardée black métallique furibarde qui radicalise le propos et plante le cadre. Les tempos s'entrechoquent, la batteur cogne comme un damné, la lourdeur du riff central se vautre dans le sludge : le K.O. est imminent. A chaque instant, les ténèbres ouvrent grand leurs portes et les referment dans la foulée sur un metal hypnotique et dévastateur... qui s’autorise aussi quelques plans atmophériques introspectifs du meilleur effet comme sur "Under a Lightless Sky" ou le saisissant final "Pleroma".
Ces cinq flamands savent donc s’y prendre pour distiller des paysages sonores brumeux, inquiétants et rageurs tout en dégageant en toile de fond une véritable mélancolie, une sensibilité à fleur de peau. Oui, « Kenoma » est un disque parfaitement équilibré où sombres mélodies, riffs de plomb et production d'acier guident l'auditeur tout au long de cinquante minutes qui filent ici à la vitesse de la lumière. Et les sept morceaux, redoutables, forment une expédition qui navigue avec malice entre atmosphères tour à tour ténébreuses et éclairées où les embardées sauvages côtoient des guitares hurlant leur détresse à qui veut bien l'entendre.
Aux côtés des albums références lâchés par ses brillants compatriotes cités en début de chronique, SONS OF A WANTED MAN pose fièrement sur la photo de famille avec « Kenoma » , marchant avec une certaine assurance sur le chemin tortueux tracé il y a plus de quinze ans par ses aînés. Jackpot !