J’ai quelques jours de vacances. Le serais-je réellement si je reste devant mon bureau encombré de CD à chroniquer ? Et si je partais en voyage ? Le douanier me dit qu'avec le Corona bidule l'Asie et l'Italie on oublie... bon, le meilleur ami du boyfriend de la fille de ma marraine (vous suivez ?) est batteur dans un groupe suisse sympathique. Vu que j'aime la fondue et le chocolat, let's go !
La formation s'appelle VIOLETTE et son deuxième album s'intitule intelligemment « Volume 2, Notre Essence ». Première écoute. Premier étonnement. La fleur respire sacrément l'obscurité. Attaque électrique et lourde sur "Les Ombres", les riffs sont énervés, la batterie martèle très fort, on oublie les soirées chaleureuses fleurant le fromage chaud. Chant dual dans la langue de Molière (j'aurais dû chercher l'équivalent helvète je sais), déclamé façon AqME. On évoque l'inexorabilité des choses. Les sujets tels que la mort, la guerre, les cœurs brisés, la frustration et autres joyeusetés gothiques sont à l’horreur... euh, à l’honneur.
« Je vois les enveloppes humaines, assoiffées de sang
Les ombres rôdent sans but, rôdent sans fin. »
Vous voyez le topo. On repassera pour les gentilles marmottes emballant du chocolat en gazouillant. On évolue ici dans un dark très... sombre... enfin, si chocolat il y a, il est noir de chez noir. Sur une rythmique qui égrène la marche d'un temps impitoyable façon clepsydre (ou une horloge suisse ?), les volutes qui s'échappent des guitares rappellent le THEATRE OF THRAGEDY de la grande époque. C'est un incroyable voyage dans des influences antinomiques mais exceptionnelles. Doom, screamo, metalcore, death mélodique, une vraie claque cet album. Avec un chant d'une grande maîtrise.
« Les flammes puis les ténèbres
Maintenant ferme les yeux, rejoins-les »
Les titres s'enchaînent dans une cohérence qui frôle l'indécence. VIOLETTE, jamais nom n’aura été aussi étrange pour refléter l’expression parfaite de l’obscurité, nous assène ses comptines électriques avec une maîtrise brillante des atmosphères enténébrées. Ca sent le pacte faustien.
Pluie de gouttes de piano, "Ange", on s'élève pour mieux se ramasser sur un growl puissant et déchirant. C’est langoureux. On est en plein post-black-metalcore. J'ignore si la marque est déposée, dans le doute je l'attribue à VIOLETTE. Tous ces mélanges, breaks, montées d'agressivité, cette dualité dégoulinante de la frustration d'hommes volant parmi les divinités, font que ce voyage dans une Suisse gothique est d'une beauté à couper le souffle.
"Notre Essence" et "La Machine du Temps" constituent un diptyque qui explose alors qu'on croyait maîtriser l'album. Chevauchée sauvage, chevauchée de vaches qui rient (pas).
« Leur héritage ne peut pas être abandonné
Réinvente ce monde
Qu'importe le prix, nous devons payer »
Paroles engagées, paroles enragées. Sur un martèlement de batterie impressionnant, nous n'avons plus aucun contrôle. Riffs de plomb, chant qui t'interpelle autant que celui d’un Bernie du voisinage hexagonal à la grande époque de la confiance, impossible de rester de marbre. On dégouline comme une meule de fromage à fondue. Punaise ça arrache tellement, c'est âpre et fort. Je sais plus comment vous dire de vous jeter sur cet album. Si une damnation vaut le coup c'est sûrement en plongeant dans "L'autre Nuit". Titre troublant au soli glacial.
Beauté et horreur. Horreur de la beauté ? "Caché en Moi" et "Sous les Bombes". Riffs qui contiennent du trémolo dans leurs cordes. La rythmique est duale, écho au sous texte du chant révolté. VIOLETTE. Un groupe au metal désespéré... mais jamais désespérant !
"Nous le Savions" ? Sur ce titre conclusion, je dois avouer que j'ignorais absolument ce qui m'attendait avec cet album. J'ai pris une claque. La Suisse c'est plus ce que c'était. Ces titres sont aussi joyeux que ceux sortant de l’escarcelle de ma DYING BRIDE, c'est vous dire s'ils sont réussis. Ils sont loin d'être petits, ces Suisses (désolé, plus fort que moi). Ils sont parvenus à mé-mauv-voir... bien joué les boys !
Prochaines vacances promis je pars sous les tropiques, à la recherche de riffs au ukulélé. En attendant voici VIOLETTE : mauve is the new (post) black... metal.