Ne vous fiez pas à cette pochette champêtre où les coquelicots tiennent le premier rôle, « Bloem » est bel et bien un album de black metal. Champêtre, peut-être, enraciné dans l’amour de la nature, certainement, il déroute autant qu’il charme dès que l’on y risque une oreille téméraire. Parce qu’entre nous, sur le papier, ce duo originaire du centre des Pays-Bas a tout pour intriguer : d’un côté, Mink Koops : multi-instrumentiste qui jongle ici entre guitares, basse, piano, batterie, tambourin... et timbales ! De l’autre son compère préposé aux vocalises hallucinées et à l’écriture de l’ensemble des textes, Bob Mollema, qui fait preuve d’une maîtrise du sujet sans faille. Quant au producteur du disque, Thomas Cochrane, il vient lui aussi poser quelques lignes de trombone et de trompette surprenantes (le final de "Maanruine" risque d'en surprendre plus d’un !).
Les années 90, plus particulièrement le milieu de cette décennie, servent ici de cadre de référence à FLUISTERAARS qui marie avec malice riffs minutieux, tempos fulgurants et embardées mélancoliques de toute beauté. Il flotte ci et là comme un parfum de nostalgie, de ceux que l’on retrouve sur les premiers travaux de SATYRICON, ULVER ou KVIST. De belles références qui ne doivent pas occulter ce travail de fond qui met à l’honneur un groupe réfléchi, capable de dépasser le simple exercice de style pour s'approprier des tempos plus variés et proposer des ambiances très travaillées.
Le maelström de guitares tranchantes qui ouvre l’album sur "Tere Muur" en est une parfaite illustration : la section rythmique, audacieuse, dévoile un mélange explosif où les blasts côtoient des parties massives qui font leur petit effet. Une introduction de toute beauté qui laisse place à une deuxième partie plus classique où le groupe se déchaîne joyeusement en imposant un black racé et mélodique, proprement étourdissant. A peine le temps de souffler d’ailleurs que des tempos bouillonnants prennent le relais, lardés de guitares acérées, toujours habités par ce sens de la mélodie pointu. "Maanruine" et "Vlek" font eux la part belle à la double pédale et aux rythmiques tranchantes, dévoilant un visage furieux et rageur. A l’opposé des premières minutes de "Eeuwige Ram" qui régalent de guitares plus délicates, presqu'intimistes. La machine repart ensuite avec un sens de la mélodie ultime qui développe des textures variées alternant avec des passages plus posés, les uns s'imbriquant aux autres de manière naturelle, avec un doigté d'une délicatesse touchante : un véritable travail d'orfèvre.
FLUISTERAARS façonne ici une relecture attentionnée et intimiste d’un style vu et revu en y apportant une variété de rythmes et de mélodies imparable. Le résultat est probant : on ne s’ennuie pas une seule seconde pendant trente-cinq minutes et l’on se délecte chaque instant de ce qui constitue ici... un vrai tour de force !