8 avril 2020, 17:13

NIGHTWISH

• Interview Tuomas Holopainen

« Human. :II: Nature. », magique et rempli de rebondissements inattendus allant du rock au metal, du folk-rock au neo-classique, mais chaque seconde sonne à 100% NIGHTWISH. Enregistré entre août et octobre 2019 dans différents studios, Tuomas Holopainen, tête pensante du groupe, nous parle de ce dernier disque, de rapports humains, de nature et de metal.
 

Pourquoi as-tu fait le choix avec « Human. :II: Nature. » de sortir un double album ?
Simplement, pour des raisons physiques tout d’abord. Il y a environ 83 minutes de matériel et sur un CD, tu ne peux en mettre que 78 ! Nous aurions été obligés d’extraire la dernière chanson et la mettre sur un autre disque. Ce n’était pas notre intention au départ de faire un double album mais au vu du résultat, nous n’avions pas le choix. Je trouve ça bien. Cela donne une sorte de touche dramatique à l’album. Il s’appelle « Human. :II: Nature. ». Il est clairement en deux parties. Les 9 premières chansons sont le côté « Human » et les autres titres le côté nature avec un grand N. Cela a parfaitement un sens !

Est-ce un concept album ?
Je ne le nommerai pas de concept album même s’il y a un thème principal tout au long de celui-ci. Cela parle d’humanité, de nature humaine, de concrétisation humaine, de nos liens avec la nature etc... Pour moi, un concept album, c’est plutôt quand tu racontes une histoire chanson après chanson. Ce n’est pas le cas ici. Il y a des titres séparés les uns des autres mais en lien avec un thème. Appelons-le un album thématique !

Comment résumerais-tu en quelques mots cet album ?
(Rires) Je ne suis pas super fan des phrases courte et résumées car cela peut te donner une conception faussée des choses. Mais comment je décrirai cet album ? Un album fait pour les chanteurs-ses !

Comment a été le processus d’écriture des 9 chansons du premier disque ?
Facile ! Cela a pris du temps mais il n’y a eu aucun moment de frustration ou de page blanche. Lorsque j’ai commencé à écrire fin 2017, début 2018 je pense, dès que les choses ont commencé à tourner, il n’y a pas eu de retour en arrière. J’ai vraiment apprécié d'écrire et composer tout d’abord grâce à l’inspiration présente mais aussi grâce à ce sujet qui me tient vraiment à cœur ! Mon groupe a bien travaillé aussi. C’est la même chose avec les derniers titres composés, cela n’a pas demandé d’efforts importants. Tout s’est fait simplement.

Etait-ce délibéré de mettre la partie orchestrale sur le second disque ?
Oui ! Nous avons juste utilisé des instruments à cordes en live et des chœurs par ci par là lorsque le besoin s’en faisait ressentir. Nous voulions prioriser de l’espace pour le groupe et surtout pour le chant. Cela se ressent ainsi sur l’album. Floor Jansen a fait un travail incroyable avec ces acrobaties vocales tout au long de l’album. Il ne faut pas oublier Troy Donockley aussi. La décision de mettre la partie orchestrale de côté la fait plus briller. Cela fait un beau contraste avec les dernières chansons où il y a un effet puissant du côté orchestral.

La seconde partie de l’album est fantastique et différente. Peux-tu nous en parler ?
Cette seconde partie est divisée en 8 chapitres. C’est un voyage à travers les paysages magnifiques et inspirants de la planète Terre. Je l’ai dit un certain nombre de fois. Cette partie "All The Works Of Nature Which Adorn The World" est une lettre d’amour de NIGHTWISH à la planète. Ces 8 chapitres font référence à différents éléments de la nature. "Blue" se réfère aux mers et océans, "The Green" à la jungle, "Aurorae" se rapporte aux aurores boréales etc...

Et "Snow", c’est romantique ?
Oui, c’est vrai. La partie des chœurs est très intéressante. Il s’agit de membres de la chorale de Londres qui ont été sélectionnés. Ils chantent tous en même temps la phrase « quiet as the snow » en huit langues différentes. Cela donne un côté harmonique qui fonctionne vraiment !

"Noise" est le premier single de l’album. Il sonne vraiment heavy rock...
Oui, il a un côté plus dur en comparaison à ce que nous avons précédemment sorti. Le single est en lien avec son thème, son titre et nous savions que cela ferait une super vidéo. Ça l’a fait vraiment. Ce n’est pas une chanson sur les téléphones portables ou la technologie. C’est plutôt sur l’addiction. Il y a déjà eu des critiques comme : « pourquoi vous dénigrez les téléphones portables dans les vidéos alors que vous en avez vous-mêmes et que vous vous en servez. C’est hypocrite ! ». Ce n’est pas la question. Nous aimons nos téléphones ! Ce sont des outils pratiques. C’est une grande avancée humaine dans la science. La façon dont nous nous en servons peut être vraiment triste. C’est ce que nous voulions montrer dans cette vidéo.



​C’est un message de prévention pour les risques addictifs ?
Oui, en quelque sorte. C’est un rappel. Souviens-toi que tout le bien pouvant être fait avec ces outils dissémine des informations de différents types, basées sur des preuves, mais aussi des rumeurs. Il ne faut pas l’utiliser comme une plateforme du narcissisme, attendre les likes et ce que les gens pensent de toi. C’est le message. C’est pour moi très optimiste, à titre personnel, lorsque tu vois les 10 dernières secondes de la vidéo et ce merveilleux paysage. Le monde est là devant toi. Laisse ton téléphone, parle avec tes ami-e-s face à face.
 

"A l’époque, j’étudiais les sciences environnementales à l’Université. J’ai décidé de tout laisser tomber et de m’engager dans NIGHTWISH"



J’ai choisi certaines chansons de l’album. Peux-tu nous en dire un mot ? "Music" pour commencer...
"Music" est la première chanson de l’album. Elle parle de... pourquoi le genre humain aime tant la musique ? Pourquoi les mélodies nous font des sensations bizarres lorsque nous les écoutons ? Quelle est cette identité appelée musique ? Quand a-t-elle touché l’humanité ? Pourquoi y sommes-nous sensibles ?

"Shoemaker"...
Il s’agit de l’histoire d’Eugene Merle Shoemaker, l’un des fondateurs du domaine de la planétologie, célèbre pour sa co-découverte de la comète Shoemaker-Levy 9. Quand j’ai lu son histoire, je me suis demandé pourquoi personne ne la connait. C’est la plus grande histoire vraie dont personne n’est au courant.

"Procession"...
C’est un titre très lyrique. Je renvoie l’auditeur au texte.

"Endlessness"...
C’est le dernier titre de la première partie de l’album. C’est un mid-tempo un peu doom. C’est la fin parfaite pour la partie humaine de l’album.

Te souviens-tu de la période où tu as décidé vouloir être vraiment musicien ? Comment est-ce arrivé ?
Je ne m’en souviens pas précisément. Cela doit être à la période du 2e album studio du groupe « Oceanborn » en 1998. Nous avions déjà sorti un album, fait des concerts. Le premier album était entré dans les charts en Finlande. Cela commençait à être une expérience vraiment intéressante. Nous nous sommes dit alors : « laissons-nous 3 ou 4 ans et voyons ce qui se passe ! » A l’époque, j’étudiais les sciences environnementales à l’Université. J’ai décidé de tout laisser tomber et de m’engager dans NIGHTWISH. Je suis toujours et encore ce chemin.

As-tu déjà souffert émotionnellement de la page blanche ? Beaucoup constatent que le metal ne se renouvelle pas beaucoup depuis 20 ans. Le metal symphonique comme celui de NIGHTWISH est certainement l’une des exceptions. Qu’en penses-tu ?
(Rires) Je ne sais pas. Nous sommes un groupe de metal symphonique, c’est vrai. Je n’aime pas trop les catégories mais il en faut.
Concernant la page blanche, oui, ça va et ça vient. C’est arrivé il y a 5 ans après avoir fini l’album « Endless Forms Most Beautiful ». Quand tu ressens cela, il faut faire un break. Il ne faut pas s’obliger, se forcer à écrire de la musique. Tu dois t’écouter, écouter ce qui se passe à l’intérieur de ta tête. Tu te dois de breaker ! Quand l’inspiration revient, tu y retournes.

As-tu des projets d’écriture de livres, de films, ou d’un autre projet artistique ?
Je pense que lorsque je compose pour NIGHTWISH, c’est comme si je faisais des B.O. pour les films. Ecrire un scénario pour un film ou pour un documentaire sur la nature ou pour un jeu, j’adorerai !

Un certain nombre de groupes a été inspiré par NIGHTWISH. Comment le ressens-tu ?
Je suis content que cela ait pu aider (Rires). Nous avons tous été inspirés par quelqu’un. Je me souviens lorsque j’ai écouté pour la première fois l’album « Theli » de THERION en 1996. Cela m’a épaté. Nous avons créé notre propre style avec ce côté symphonique et les vocaux féminins. Nous l’avons peaufiné et sûrement inspiré des groupes plus jeunes. Ca me fait vraiment plaisir d’entendre cela. Comme je peux le dire à mes héros : « Merci de m’avoir inspiré ».

Tu es un héros pour d’autres maintenant !
(Rire gêné)

Quelle serait ta définition du metal pour quelqu’un qui ne connait pas le genre ?
C’est dur ! Bonne question ! Il y a tellement de genres dans le metal. J’avais eu cette conversation avec des membres de mon groupe. La question était : « Peut-on faire du metal sans guitare et basse électrique ? ». Je ne sais pas. Pour moi, le metal nécessite le punch des guitares, de la basse et de la batterie. Cela doit être présent. Tu peux modifier les configurations. Pour être honnête, c’est difficile de répondre à ta question. Parles-en à quelqu’un qui connait mieux les choses...

Comment vois-tu le futur pour le heavy metal en général ?
Cette musique a une base de fans solides depuis sa naissance. Le heavy metal est présent et sera toujours présent. Les tendances vont et viennent. Le metal est par moment branché. Même s’il n’est pas considéré comme populaire, il l’est !

As-tu une addiction positive ?
Est-ce que le café est une addiction positive ou pas ? Je suis terriblement accro à la caféine et au café en général !
 

 

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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