
Quand on parle de CADAVER, on est toujours sceptique car il existe tellement de formations avec ce nom qu'il est nécessaire de les replacer en contexte. Nous sommes ici dans du bon death metal norvégien, old-school, efficace, tranchant. Nous n'avions pas entendu parler de ce CADAVER depuis 2004 et l'album « Necrosis » si ce n'est un petit split en 2006 avec VOICE OF HATE. Le duo revient avec un EP de 3 titres, c'est déjà ça et visiblement, ce ne sera pas tout. Anders Odden, dit "Neddo", nous parle de ce « D.G.A.F », de son contenu et de sa suite, qui semble être bien concrète. Et c'est tant mieux !
J'ai déjà envie de te dire : bienvenue à nouveau sur la scène death metal avec CADAVER ! Tu es content de revenir sous les feux des projecteurs avec ton propre groupe ?
Oui, j'ai été occupé avec pas mal d'autres groupes et des super musiciens mais tu es toujours plus passionné par tes propres projets. Donc je suis content d'être là à nouveau pour présenter ma propre musique. C'était le bon moment pour moi, même si pour le monde, la période est tendue. C'est un autre problème.
Qu'est-ce qui t'a donné l'envie de revenir sur le devant de la scène avec CADAVER ?
J'ai toujours mon groupe en tête même quand je suis occupé à d'autres projets en fait. CADAVER fait partie de ma vie de musicien car je l'ai commencé quand j'avais environ 17 ans. Depuis, j'ai toujours l'impression que j'ai encore des choses à dire, que la carrière de CADAVER n'est pas complète. Quand j'ai rencontré Dirk Verbeuren en 2014, il m'a dit qu'il était un grand fan des débuts de CADAVER et je lui ai répondu que j'avais quelques chansons de prêtes. Je voulais savoir s'il voulait y jouer les plans de batterie. Il a accepté avec plaisir donc on s'est remis au travail. Je suis fier d'avoir un si bon batteur, il aurait été dommage de laisser passer l'occasion.
Ton nouvel E.P. s'intitule donc « D.G.A.F » ( « Don't Give A Fuck » ). Est-ce ton état d'esprit à propos du monde ?
En fait, c'est plutôt l'inverse. Je suis très concerné par le monde. Tu ne peux pas écrire des paroles si tu ne te soucies pas du monde environnant. Ce que je veux dire par « D.G.A.F », c'est que si tu essayes toujours d'être parfait, de répondre à des critères, de rentrer dans des cases, tu ne resteras que l'ombre de toi-même. Si tu n'oses pas faire les choses dont tu as envie, si tu n'oses pas t'exprimer, tu n'auras jamais d'expérience de la vie, des échecs comme des succès. En tant qu'humains, on a besoin de se libérer un peu pour accomplir notre destin. Et dans l'art et la musique, c'est décupler. Donc le message, c'est libère-toi et deviens toi-même.
"La musique est magique, tout est dans l'émotion. Tu ne peux pas la voir, ni la sentir donc elle doit retranscrire tes sentiments."

Il y a trois titres sur cet album, est-ce que c'est un teaser pour un prochain album plus long ?
Oui, tout à fait ! Il est déjà prêt, mixé et tout. Il contient 10 titres. J'ai un batteur très productif qui veut toujours me pousser à écrire. Il apporte plein d'idées donc c'est plus facile de se mettre au travail. Je suis très critique de mon travail mais il arrive à insuffler l'énergie dont j'ai besoin pour me pousser dans mes retranchements.
Comment composez-vous alors ?
Comme on ne vit pas au même endroit, je compose les structures des morceaux et je lui envoie. Il ajoute ensuite les parties de batteries et je réarrange le titre. Quand ensuite on se voit pour enregistrer en studio, on peaufine le tout. C'est un processus très dynamique, une réelle émulation.
Et vous restez donc en duo ou vous faites appel à des musiciens de session ?
CADAVER a toujours été un duo, avec tous les line-ups. J'ai toujours travaillé ainsi. Je suis toujours très ami avec l'ancien batteur mais je suis très content de partager ma passion avec Dirk.
La musique de CADAVER est brutale, directe voire frontale. C'est un exutoire pour toi ?
Je pense que la musique est meilleure quand elle vient du fond de tes tripes. Les riffs, les structures des morceaux me viennent naturellement. Chaque titre est unique, j'essaye qu'il soit le meilleur possible donc j'y mets toute mon énergie. Cette brutalité dont tu parles est plutôt une force vitale que j'exprime. Je pensais qu'en vieillissant, ma musique serait moins agressive mais pas du tout ! Et pour un batteur, c'est encore plus fort. J'ai besoin que les riffs soient rapides, puissants. J'ai vraiment besoin d'intensité... et de passion. La musique est magique, tout est dans l'émotion. Tu ne peux pas la voir, ni la sentir donc elle doit retranscrire tes sentiments. Quand j'écoute d'autres groupes, j'ai besoin d'être transporté, donc j'essaye de donner cette contenance à CADAVER aussi.
Tu peux nous parler un peu de ta relation avec Jeff Walker de CARCASS ?
Oui, je l'ai connu quand j'étais très jeune en 1989. Il a signé mon groupe sur son label à l'époque et il m'a donné la chance de devenir artiste, d'être ce que je suis aujourd'hui. Je lui en suis très reconnaissant. J'ai maintenant 57 ans et je pense avoir encore des choses à dire. Jeff est toujours en lice avec CARCASS aussi et il gagne un peu de reconnaissance de nouveaux fans. J'adore ce qu'ils font alors je suis content qu'on puisse travailler ensemble.
Ce serait bien d'avoir une tournée CARCASS / CADAVER ?
Oui, si un jour on retourne en live ! (rires !).Et ce serait une tuerie car les gens seraient libérés ! J'espère en tous cas que dès que cette apocalypse sera derrière nous, nous verrons les fans sur les routes et qu'en attendant, vous aimerez l'album !

