Noirceur, ténèbres, tension, colère : qui n'en veut ? Parce qu’entre nous, les Rouennais PILORI en ont à revendre sur ce premier album, vilaine bête sauvage qui recèle de solides arguments en ses entrailles. Son hardcore goudronneux et boursouflé d’écrasants mid-tempos crasseux, noirâtres sur lesquels vient se greffer un enrobage crust/grind des plus virils assurera de nombreuses heures sombres à ceux et celles qui s'y fourvoieront. Un son étouffant, convulsif qui pique autant à CURSED qu’à NAILS ou BLACK BREATH, l'incarnation parfaite du dégoût et de l'abandon.
Du gris, du goudron, du ciment, c’est bien ce que garantit rubis sur l’ongle incarné chacune des onze embardées chaotiques qui compose « À Nos Morts », charriant une rage sourde et cruelle, de celles qui préparent l'auditeur à affronter une fin funeste. Une rage que Gr. vomit en compagnie de Dylan Walker (FULL OF HELL) dès les premières notes d’un "Que la Bête Meure" balancées sans la moindre précaution. Le chaos n’a de toute manière pas besoin d’introduction, il se délecte ici d’une tornade de blasts et d’un break brontosaure judicieusement calé après une première minute cauchemardesque. La pression monte. "La Grande Terreur" ou "Lorsque Viendra la Nuit" prennent tous deux un malin plaisir à se parer de relents black pour faire encore plus mal. Mais ce n’est rien comparé à ce qui vous attend sur "Divine Comédie" ou "Danse Macabre", qui alignent eux aussi tout ce qui est possible et imaginable en terme de sauvagerie faite maison. Le reste est à l’avenant, toujours profondément enraciné dans le metal le plus impitoyable, cruel et destructeur.
Aidé dans sa quête maléfique par une section rythmique remontée comme jamais qui modèle riffs dissonants et parpaings de metal velu, PILORI livre ici une prestation impressionnante. Le cogneur Gu. ajoute lui aussi son empreinte démoniaque au tableau, accélérant le tempo quand ça lui chante pour mieux jouer avec les nerfs de l’auditeur, déjà mis à rude contribution. Tout comme ces rares instants de clarté qui couvrent une mélodie issue des tréfonds de l'enfer qui joue la danse de Saint Guy. Le calme avant la tempête. Ou le début de la fin... c’est selon.
Roadtrip diabolique et schizophrène, cet album percute et perfore les étriers avec l'adresse d'un tireur du SWAT. On vous aura prévenu.