DKHARMAKHAOZ a tout du groupe qui intrigue. Par son patronyme retors, pas forcément une surprise lorsque l’on examine à la loupe sa provenance biélorusse, et son énigmatique duo qui le compose. Un homme, He, et une femme, She, si l’on en croit la maigre biographie à disposition. Duo donc, qui sort ici l’artillerie lourde sur ce qui semble être son premier album. Et où monsieur, virtuose, s’occupe de l’ensemble des instruments pendant que madame s’occupe des raclements de gosiers avec une aisance bluffante. Le tout est produit de main de maître par un certain V.K. et croyez-moi la qualité de celle-ci vaut son pesant d'hosties. C'est à peine croyable que les protagonistes n’en soient ici qu’à leur coup d’essai...
J'exagère à peine tant le salmigondis black/industriel proposé ici n'est pas à prendre à la légère. Menaçant donc, mais pas foncièrement antipathique, l'introductif "The Cycle Ov Omega" convie ce qui se fait de mieux en la matière, de la folie furieuse de WATAIN en passant par les dissonances de GODFLESH ou les mid-tempo obsédants d'un ION DISSONANCE. Le tout est passé sous une épaisse couche de goudron black metal pendant cinq minutes enfiévrées qui vont filer des sueurs froides aux plus intrépides d’entre vous. Une jolie petite mise en bouche avant de s’enfiler les deux bombe à neutrons que sont "The Way with the Serpent Entwined" et "Beyond the Transcendantal Lumines". Deux monstres qui partent au taquet armés de breaks impitoyables et de trémolos sanglants qui radicalisent le propos. Chouette les tempos s'entrechoquent, notre Remy Bricka cogne comme un damné et la lourdeur de certains riffs évoquent l’apocalypse tapant à la porte du paradis à coup de poings américains. Un contexte idéal pour que les ténèbres ouvrent bien grand leurs portes et les referment dans la foulée sur un metal hypnotique et dévastateur qui fait rage jusqu’à la dernière seconde. La marque de fabrique de ce duo infernal qui se fait un malin plaisir à trousser des ambiances obscures et aliénantes, se plaisant au passage à casser le rythme avant de le décupler et ainsi lâcher un tsunami sonore dans les règles de l'art.
A peine le temps de reprendre son souffle au son de ces bidouillages électro que le monstrueux "Ascension" et son épaisse glue de larsens ne s'abatte sur les tympans : la machine s'emballe brusquement, les mâchoires se crispent. DKHARMAKHAOZ annonce l'assaut final, celui où les ténèbres triomphent enfin, emportant au passage la raison en guise de lot de consolation. Le terme "dissonant" prend alors toute sa mesure en quelques six minutes convulsives et lapidaires avant de s'achever sur un final bruitiste : la boucle est bouclée. Avant de repartir une dernière fois sur ce "Reu Nu Pert Em Hru" qui vient piocher sans vergogne dans le neo-metal avant de repartir fureter dans les abysses insondables du metal le plus sombre. Le coup de grâce en quelque sorte…
Vous l’aurez compris, « Proclamation Ov The Black Suns » est un vrai labyrinthe truffé de fausses pistes et de frénésies rythmiques. Un puzzle à l'apparente simplicité rythmique mais aux structures tortueuses dont le but avoué est de faire régner la confusion. Une confusion savamment entretenue tout du long de ces trente-six minutes ébouriffantes. Où chaque coup de baguette infligée sur les peaux résonne comme une claque, sourde et punitive. Où les guitares acérées renvoient en permanence d'inquiétants échos à une basse dantesque. Où la victime toute désignée, vous, n’a plus qu’à rendre les armes..