6 octobre 2020, 18:34

WITCHES

• Interview Sibylle Colin-Tocquaine

Si WITCHES n'est pas aussi connu qu'AGRESSOR ou LOUDBLAST, il n'en demeure pas moins l'un des groupes précurseurs de la scène thrash-death française qui, dans les années 90, permettra aux groupes de métal français de le citer aux côtés des grands noms du genres. La particularité de WITCHES était aussi celle d'un groupe de filles dans un univers hautement chargé en testostérone. Si depuis, Sibylle Colin-Tocquaine s'est entourée de musiciens masculins pour faire vivre son groupe, c'est clairement pour le meilleur comme l'ateste « The Fates » sorti en juin dernier. Nous nous sommes donc entretenus avec la chanteuse/guitariste afin d'en savoir plus sur le passé, le présent et le futur du groupe.


Sortir un album tous les 13 ans semble être devenu une tradition... Faudra-t-il donc attendre 2033 pour qu'un successeur à « The Fates » voit le jour ?
Non, heureusement que nous n’attendrons pas 2033 pour faire un nouvel album ! Depuis 2014, nous sommes bien partis pour faire des sorties plus rapprochées !

« The Fates » est votre troisième album. Son format et son intensité qui ne sont pas sans rappeler « Reign In Blood ». Était-ce le but recherché ?
Pas du tout ! Nous avons composé l’album pour que ce soit comme tu le dis très intense. Nous avons voulu aller droit au but sans détours. la comparaison est fort flatteuse mais il s'agit de SLAYER, il n'y a donc aucune comparaison possible !

Après « 3.4.1 » (1994), « 7 » (2007), pourquoi avoir nommé cet album « The Fates » et pas simplement « 2020 » ? D'ailleurs, « 3.4.1 » fait-il référence à la version d'un logiciel ?
« 3.4.1 » fait référence à deux des morceaux de l’album qui ne font qu’un aux niveaux des paroles : "3 heroes" et "4.1 goal" à lire donc "three heroes for one goal" qui résume toutes les paroles (ou presque) des morceaux de l’album : trois héros qui s’unissent pour rééquilibrer la balance entre le bien et le mal.
Le nom de « 7 » bien que l’album soit sorti en 2007, ne fait en aucun cas référence à l’année de sortie mais plutôt au morceau du même nom, et aurait pu s’appeler "Cet" ou "Cette" qui sont utilisés plusieurs fois dans les paroles et (petite info supplémentaire) ce morceau a été notre premier à être composé entièrement sur une sept cordes.
2020 aurait été un nom "trop facile" et n’aurait rien représenté de nos morceaux et de notre album, si ce n’est l’année de sortie. « The Fates » fait référence au morceau "We are" les "Fates" sont les trois sorcières que l’on retrouve dans différentes mythologies sous des noms différents et bien sûr avec des variantes : les Parques dans la mythologie romaine, les Nornes dans la mythologie nordique, les Moires dans la mythologie grecque. Elles représentent le passé, le présent et le futur (ou plutôt ce qui devrait arriver). La première tisse le fil de la vie, La seconde le déroule, La troisième le coupe. Le temps et le destin des hommes est filé sur un métier à tisser fait de lances éclaboussées de sang : des viscères humains sont leur fil pour former la chaîne et la trame, des têtes humaines sont leur poids, une épée leur peigne et une flèche leur navette. Rémy (Headsplit Design) les a très bien représentées sur notre pochette !

Ces dernières années ont été très actives pour WITCHES. Plusieurs tournées en Europe et aussi une au Japon avec HATE BEYOND. Raconte-nous un peu cette épopée. Était-ce la première fois que vous alliez au Japon ? Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Oui, c’était la première fois que nous allions au Japon ! C’était une formidable expérience. Un choc de culture. Un profond respect dans la moindre petite chose. Un mode de vie complètement différent du nôtre. 
Concernant la musique et les concerts. C’est Warzy de JackHammer Music qui nous a organisé cette tournée avec HATE BEYOND et c’était très bien organisé ! Nous avons été très bien accueillis. Les salles étaient très bien équipées, et toutes les personnes étaient très compétentes. Les soundchecks étaient très rapides et efficaces. La plupart des ingénieurs du son étaient des femmes ! Tous les groupes avec lesquels nous avons joués étaient très bons. Le public était vraiment réactif à notre musique. C’était génial ! Nous avons joué "We Are" pour la première fois là-bas et le morceau a été super bien apprécié ! Nous avons tellement aimés y jouer que nous avions prévus d’y retourner en mai dernier mais la situation ne l’a malheureusement pas permis. Nous espérons que ce ne sera que partie remise.

Si « The Fates » fait référence à "We Are" quels sont les sujets abordés dans les paroles des autres titres ? 
On y parle de mythologie, de sorcières, de batailles, de torture, de corps sanglants... bref que de choses joyeuses !

Quels impacts la crise de la COVID-19 a-t-elle eu sur WITCHES au-delà du report de la sortie de l'album ?
Comme pour tous les groupes, je pense : report de concerts parfois à une date indéterminée. Du coup, il est difficile de planifier des tournées à l’étranger ou même en France pour l’année prochaine, vu l’incertitude dans laquelle on se trouve toujours.
Malgré cela et pour notre plus grand plaisir, nous venons tout juste de faire un concert qui n’a été ni reporté, ni annulé. C’était le 19 septembre à Chalons en Champagne (51). Le concert s’appelait "Night Of The Masks". Nous nous attendions à ce qu’il soit annulé au dernier moment. Il y avait bien eu un accord de la mairie car les organisateurs avaient suivi le protocole sanitaire imposé par la situation. Mais on ne savait pas si, au dernier moment, il ne serait pas annulé. Comme tous les autres qui ont été annulés ces derniers temps ! Le concert a dû passer sous les radars, je ne sais pas, mais en tout cas, il a eu lieu pour le grand plaisir de tous ceux qui se sont déplacés pour venir soutenir leur scène locale et pour le plus grand plaisir des groupes ! Je peux te dire que nous avons tous savouré ce moment !

Quels sont vos plans pour l'avenir ?
Le Muscadeath qui est reporté le 3 avril 2021. Notre concert au Klub à Paris avec MORTUARY et celui à Rouen avec LOUDBLAST prévu initialement le 10 octobre, sont aussi reportés à des dates indéterminées.
Nous recherchons des concerts pour 2021 et nous allons essayer de replanifier notre tournée au Japon dès que cela sera possible. Nous profitons aussi du temps que nous avons pour commencer à composer de nouveaux morceaux.

Revenons aux origines. En dehors de ceux qui vous suivent, peu de monde sait qu'au côté de ton frère, tu es une des pionnières de la scène extrême française. De plus, WITCHES était, à l'exception d'Alex à la batterie, exclusivement féminin.
Les anciens le savent mais en effet les jeunes ne nous découvrent que maintenant. Effectivement, WITCHES a commencé en 1986, donc dans les mêmes années que des groupes comme AGRESSOR (1986) ou LOUDBLAST (1985). J’avais commencé à monter un groupe un an ou 18 mois plus tôt. Tout comme Alex, dont les prémices d’AGRESSOR étaient sous le nom de KATACLYSM. Nous, nous n’avions pas encore de nom, nous étions trois (une bassiste/chanteuse, une batteuse et moi à la gratte)

Etait-ce une volonté que WITCHES soit un groupe féminin ? Depuis le départ de Nathalie et Isabelle, tu restes la seule fille. Est-il plus facile d'être entourée de garçons que de filles malgré que le genre se soit plutôt féminisé depuis 86 même si on est loin de la parité.
WITCHES devait être un groupe entièrement féminin car quand tu as 15 ou 16 ans et que tu commences un groupe, tu veux jouer avec tes potes. Donc, dans mon cas avec des copines. Comme nous n'avions pas de batteuse au début, mon frère Alex s’est mis à la batterie pour que nous puissions commencer à répéter. N'arrivant à en trouver une qui réussit à rester, il aura été notre batteur de 1986 à 1989. Nous étions déjà trop speed à l'époque ! A vrai dire, il n’y avait quasiment pas de filles qui écoutait du hard-rock et de ce fait encore moins qui en jouaient. A la batterie, on a essayé toutes nos copines, les copines des copines et on accostait même les filles dans la rue dès qu’elles avaient un tee-shirt metal ou même d’AC/DC ! Vu qu’on commençait, on pouvait prendre une débutante. Mais jouer de la musique nécessite de la passion pour que ça dure donc ça n’a pas été concluant.
Par la suite, j’ai axé mes recherches de musiciens sur la musique (et aussi le côté humain, car tu ne peux pas jouer avec des cons ! ) et donc le genre de la personne est devenu accessoire. 
J’ai essayé de "garder la parité" puisqu'il y a eu Sido à la basse pour le premier album et Mag sur le deuxième. Mais depuis, je suis la seule qui reste car le principal doit être la musique et l’entente entre musiciens.
Il y a effectivement beaucoup plus de filles qui écoutent du metal et qui en jouent maintenant par rapport à 86 mais le groupe a évolué différemment et c’est très bien ainsi.

As-tu gardé des contacts avec Isabelle et Nathalie ? Sais-tu ce qu'elles deviennent ? Continue-t-elle à faire de la musique ?
Isabelle je ne sais pas et Nathalie ne fait plus de musique, mais écrit maintenant des romans historiques.
 


34 ans d'existence, trois albums, de nombreuses démos, EP et compilations. Une mise en sommeil entre 1999 et 2006. WITCHES est une sorte de sacerdoce si je puis m'exprimer ainsi ?
Oui c’est exactement ça ! Même si j'ai pu être dégouttée par la non-motivation des gens, par la difficulté d’avancer et que le groupe ait fait une pause, cela ne peut s’arrêter pour de bon. A un moment, il faut que ça reprenne. C’est vital !

Qu'est ce qui t'a amené à relancer le groupe en 2006 avant de sortir « 7 » ?
Tous les morceaux de « 7 » étaient déjà composés mais nous avions eu beaucoup de problème de line-up avant, ce qui a déclenché ce break. Il est difficile de trouver les bonnes personnes avec qui jouer. Mais la musique me manquait. Nous avons trouvé Franck à la batterie et donc décidé d’enregistrer un second album avant même de trouver Mag à la basse. Il fallait enregistrer ces morceaux pour pouvoir tourner la page et commencer à en écrire une autre en composant de nouveaux morceaux.

L'arrivée de Jonathan, Lienj en 2014 semble avoir été très bénéfique. Comment est née cette nouvelle mouture de WITCHES ?
Il y a eu en fait un second break entre 2009 et 2014, après le deuxième album et quelques concerts, faute de musiciens. Encore et toujours la difficulté fût de trouver des musiciens motivés qui veulent faire avancer les choses. J’avais trouvé un bassiste (Olivier) et un guitariste, mais sans batteur le groupe ne pouvait pas avancer. J’ai mis plus d’un an à trouver un vrai bon batteur. En 2014 Lynda (qui jouait à l’époque dans HEMORAGY) m’a mise en relation avec Jo. C’est à ce moment-là que WITCHES a pu redémarrer. Après quelques répétitions, Lienj nous a rejoint, et dans la foulée, nous avons fait notre premier concert ensemble. Lienj jouait avec son groupe (DESARTICULATE) dans un local de répétition où j’avais déjà joué (avec Lynda justement) et c’est comme ça que tout a pu recommencer ! Un bon line-up, de bonnes idées et une bonne motivation pour faire avancer le groupe !


Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il cultive un vif intérêt pour le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionne. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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