Oui, au vu de l'impressionnante quantité d'albums qui sortent aux quatre coins du globe chaque semaine, il peut arriver de passer à côté de petites pépites noyées dans la masse. C'est le cas de « Verdun! », deuxième album des Nantais FT-17, paru en 2018 et pour lequel je vous propose aujourd'hui une session de rattrapage... Parce que « Verdun! » n'est pas tout à fait un album comme les autres.
Leur black metal lourdement teinté de références à la première guerre mondiale est bien plus qu’un simple hommage, c’est un témoignage émouvant aux relents de sang, de larmes et de poudre, symbole des luttes menées par ces hommes, qui pour la plupart à peine dans la fleur de l’âge ont donné leur vie au nom d’une guerre vorace qui ne connaît ni le nom, ni le prénom de ses acteurs enfouis dans les tranchées.
C'est sur cette empreinte guerrière que démarre "La Montée aux Enfers", une initiation toute en nuances où flottent quelques notes d’un piano triste et des peaux qui se tendent au son d'une frappe attentionnée. Un riff dantesque éclaire alors la pénombre et les vocalises se font vengeresses, le ton monte d'un cran. A peine remis de cette secousse qu'un break abrupt surgit et voilà la double pédale qui s'active avant de laisser place à la bataille tant attendue. Le tempo reste lourd, ponctué d’une section rythmique martiale, court moment d'un calme trompeur augurant d'une tempête sans précédent. L'atmosphère se tend, le récit d’un soldat en forme de constat implacable illustre chaque titre, puis une embardée frénétique laisse place à un mid-tempo heavy drapé dans un ultime appel aux armes pour rejoindre le champ de bataille. La suite est du même acabit, puissante et éprouvante, drapeau serré dans une main et baïonnette en bonne place dans l'autre. La section rythmique virevolte au gré du matraquage de toms, le combat est âpre et chaque seconde qui passe s'enfonce comme un couteau planté profondément dans la chair.
Le sens de la mélodie est évident. On parle ici de black metal, oui, mais cette atmosphère très solennelle qui invite au recueillement et à l'évocation de nos aînés tombés pour la France change la donne. C’est du black metal, oui, mais nourri de riffs majestueux qui retranscrivent à merveille l’instant, celui-là même qui prend à la gorge quand le commandant hurle à plein poumons l’ordre d’avancer... coûte que coûte. Cette empreinte guerrière, ces hésitations terribles que l'on imagine avant de partir au front, ces trémolos qui hantent "La Relève du 57e" entre autres, tout ici plonge sans fard au cœur de la "sale guerre". Du froid, de la glace, de la boue mais aussi cette torpeur suffocante qui embrase l’été.
A l'image de cette pochette qui jongle avec le clair et l'obscur le groupe se révèle aussi jouissif dans les moments fougueux, appuyé par un batteur exemplaire de précision, que dans les parties plus nuancées où la section rythmique se joue des codes avec un certain doigté. L'affaire est entendue : avec « Verdun! » FT-17 monte au front de la scène hexagonale, toute baïonnette tendue, sans le moindre complexe et c’est un véritable coup de semonce qu’il adresse là !