12 mars 2021, 9:00

THUNDER

Interview Danny Bowes

Voici plus de 30 ans que le hard rock orageux de THUNDER s'est abattu pour la première fois sur l'Angleterre avec le désormais classique "Backstreet Symphony" et c'est aujourd'hui par un treizième album, intitulé « All The Right Noises », qu'il marque ce 12 mars un retour aux sources dans la veine de son répertoire originel tout en signant un album extrêmement varié.
Nous nous sommes entretenus avec Danny Bowes, son chanteur et fondateur (avec le guitariste et compositeur principal du groupe Luke Morley), un parfait gentleman à l’humour british rock'n'roll !


Danny, commençons par un exercice périlleux : quatre mots composent le titre de votre nouvel album « All The Right Noises ». Je t'invite à me le définir en quatre adjectifs...
Danny Bowes : 4 qualificatifs ? Laisse-moi réfléchir... Profond, léger, intéressant, super.

Début 2019, vous avez sorti le disque "Please Remain Seated", qui était principalement une réinterprétation de chansons de votre répertoire antérieur. Par rapport à celui-ci, quand a commencé l'écriture et la réalisation de « All The Right Noises »?
En fait, l’écriture des morceaux a débuté en 2018 et l’enregistrement démarré en 2019. Nous l'avons conçu en 3 sessions : la première en juillet, la seconde en novembre 2019 et la dernière a eu lieu en janvier 2020, soit il y a déjà un an !

Donc juste avant la période de premier confinement ?
Oui, c’est ça. Il y a un an environ. Nous avons envoyé l’album à Vancouver (Canada) pour qu’il y soit mixé. Tout a été achevé la semaine, si je me rappelle bien, où le confinement a commencé.

Après tant d'années d'expérience en studio, existe-t-il une méthode, un mode d’emploi dans l’écriture d’un album de THUNDER ? Et est-ce pareil à chaque fois ?
Pour les 3 derniers albums, nous avons procédé à l'identique, en effet. Nous fonctionnons par sessions, comme les 3 dont je t’ai parlé. Luke (Morley, guitariste) écrit un certain nombre de chansons. Nous choisissons les meilleures. Nous n’enregistrons alors que ces chansons sur une période de 10-15 jours. Plusieurs mois plus tard, nous recommençons ce même process avec des nouvelles chansons et nous enregistrons à nouveau. Le laps de temps entre les deux sessions nous permet de réfléchir sur ce que nous avons enregistré et cela nous apporte une nouvelle inspiration pour créer. C’est une approche d’écriture finalement qui se construit aussi en même temps que le processus d’enregistrement.

Et fidèle à son habitude, sur ce disque, c'est Luke qui compose et écrit tout...
Luke fait tout ! Je ne fais rien, c’est Luke. Moi, je réfléchis beaucoup la plupart du temps ! (rires)

J'ai craqué pour le visuel de votre album. Qui est à l'origine de cette sublime et énigmatique pochette ?
Nous avons adoré ce visuel. C'est une sculpture sonore éolienne ressemblant à un arbre située dans le paysage de la chaîne Pennine Hill surplombant Burnley, dans le Lancashire, en Angleterre. Lorsque nous avons fait des recherches pour la pochette, nous n’avions que le titre « All The Right Noises » en tête. Nous ne savions pas trop dans quelle direction l'illustrer. Finalement, nous nous sommes dit qu’il fallait une image d’un instrument de musique un peu bizarre, un peu magique. Et je dois avouer que dans nos recherches, la sculpture de cet arbre nous est apparue grâce à Google. Seulement voilà, nous voulions notre propre photo et au moment où nous avons eu cette idée, nous ne pouvions pas bouger à cause du confinement. Nous avons dû attendre l’été pour nous y rendre. Luke et Jason, un ami photographe, ont pris 2 jours et sont allés sur place voir cet arbre nommé "Singing Ringing Tree". Ils ont pris plein de photos. Celle qui figure sur la pochette de l’album a été réalisée vers 3 heures du matin, avant le lever du soleil ! C’est vraiment ce qui se passe à cette heure du matin, rien n’a été retouché.

"Last One Out Turn Off The Lights" est le premier single. J'aimerais que tu m'en dises davantage sur ce choix qui a précédé la sortie du disque.
C’est la première chanson que Luke a écrite. Elle parle de la stupidité du Brexit, que notre pays ait quitté l’Union Européenne et que cela ait pris tant de temps pour arriver là où l’on en est maintenant ! Nous avons choisi cette chanson au thème fort comme premier single, car nous voulions aussi montrer aux gens que THUNDER était de retour avec du nouveau matériel. Comme tu le disais, notre précédent album était une ré-interprétation de nos chansons les plus connues et certains ont commencé à dire que le groupe était trop vieux et juste capable de jouer assis avec des guitares acoustiques ! Aujourd'hui, avec ce single, nous prouvons le contraire. C'est du rock ! Alors, je dis à certains : repensez à ce que vous avez dit, motherfuckers !
 

"Notre précédent album était une ré-interprétation de nos chansons les plus connues et certains ont commencé à dire que le groupe était trop vieux et  juste capable de jouer assis avec des guitares acoustiques ! Aujourd'hui, nous prouvons le contraire."


Le single suivant, "Going To Sin City" évoque une ville de tous les péchés qui n'est pas Las Vegas... Vous appréciez Sin City ? Et de quel lieu de tous les vices s'agit-il ?
Absolument (dans un calme british absolu). Oui, cela parle de la première fois où Luke et moi sommes allés à Los Angeles. C’était l’époque où MÖTLEY CRÜE était énorme. Sur Sunset Strip, tu avais des tas de mecs hyperlookés qui ressemblaient à des filles avec leur coupe de cheveux, leur maquillage. Nous étions stupéfaits et adorions la scène de Los Angeles. Nous savions que nous ne pouvions pas être lookés comme ça à Londres. On nous aurait pris pour des personnes bizarres avec des coupes de cheveux défiant la gravité et tout ce make-up ! Je me souviens que nous avions décidé d’utiliser cette énergie transposée dans la musique de THUNDER. "Going To Sin City" évoque vraiment tout ça, nos influences de cette période à L.A !

Pour montrer toutes les facettes variées de cet album, je te propose que tu me résumes en deux mots quelques-unes de ses thématiques dans vos chansons...
"Destruction"
Santé mentale.

"The Smoking Gun"
Donald Trump.

"Young man"
Jeune homme ? Non, je vais t’en donner 4 : la jeunesse est perdue.

"She’s a Millionairess". Un titre très old school...
Complètement ! Je te dirai : une bitch riche (rires).  

L’album est plein de groove, d’influences classic rock, mais aussi funk, encore plus que sur les précédents albums. Tu partages cet avis ?
Luke adore écrire des chansons. Je trouve que ce plaisir s’entend encore plus sur cet album, sincèrement. Les chansons parlent d’elle-même. Il y a eu cet énorme travail d’écriture et d’enregistrement dont je te parlais tout à l’heure. Je crois que Luke a voulu un retour aux racines infernales du rock ! C’était une évidence pour nous que THUNDER allait puiser à nouveau dans ses racines. Je trouve que nous l’avons bien fait, surtout sur certains titres. Nous avons été très frustrés lorsque nous n’avons pas pu sortir l’album une fois fini à cause de la pandémie. C’est ainsi, c’est très rock’n roll dans un sens. Il faut relativiser : ce n’est pas grave au final si nous avons dû attendre pour vous présenter « All The Right Noises ». Ce qui est important, c'est que tout le monde soit en sécurité et en bonne santé.
 

Nous avons été très frustrés lorsque nous n’avons pas pu sortir l’album une fois fini à cause de la pandémie. Il faut relativiser : ce qui est important, c'est que tout le monde soit en sécurité et en bonne santé.  



Plus de 30 ans pour THUNDER et quelle carrière ! Est-ce qu'il y a une anecdote particulièrement mémorable ou drôle qui te vient à l'esprit, comme ça, sans trop réfléchir ?
Je pourrais t’en raconter des tonnes. Je vais évoquer une histoire avec Harry, notre batteur. Durant les concerts, il avait pour habitude de jouer un titre avec une guitare. - Tu vas voir, c’est drôle ! - Ce n’est ni un bon chanteur, ni un bon guitariste, mais il est très marrant et il est tout le temps hilare. Il devait chanter "Fly Me to The Moon" de Frank Sinatra. Il nous avait dit que ce serait fun, s'il pouvait chanter ce titre et voler d'une manière ou d'une autre en même temps. Bon... Nous lui avons trouvé un système de harnais, un peu comme dans les films. Pendant le premier couplet de la chanson, il serait au sol et au second, il devrait s'envoler (rires). Et le public serait ébahi.
Le hic, parce qu’il y en a un, c'est que le type que nous avions engagé pour gérer ça, était totalement alcoolique. Entre le soundcheck et le rappel, il s'était écoulé environ 6 heures. Tu peux imaginer l’histoire ? Pendant tout ce temps, le technicien était au pub et picolait. Il était donc ivre mort lorsque Harry avec ses "ailes" a entamé le premier couplet. Il est passé au second et nous attendions tous qu’il s’envole. Mais il n'a pas décollé ! (rires) Notre tour manager s'est précipité voir le gars et lui a dit : « mais qu’est-ce que tu fous ??? Il doit voler !!! ». Et là, le type a tiré super fort sur la corde, Harry s’est envolé d’un coup et est parti cogner le plafond de la salle (rires), puis il est redescendu tellement vite qu'il est tombé au sol ! Puis il est remonté et a volé partout en touchant même les rideaux de la scène et en heurtant les murs. Le pauvre Harry ne comprenait pas ce qui se passait mais continuait à chanter et jouer de la guitare ! A la fin de la chanson, il a atterri. On s'est tous précipités pour le voir et être sûrs que tout allait bien. Le public était écroulé de rire. Et quelle ovation ! Nous lui avons raconté que le technicien était ivre et Harry nous a dit : « regardez, le public a adoré ! ». Mais autant dire qu'il n’a plus jamais volé depuis ! (rires)

Revenons au terre à terre du présent ou aux tout derniers mois écoulés. Qu’as-tu fait pendant les récentes périodes de confinement ?
Nous avons bossé : les photos pour l’album, la pochette, le groupe, la préparation de la sortie de l’album. Nous avons été vraiment occupés. Nous avons créé notre propre fan club à nouveau après 20 ans sans en avoir un. Nous avons beaucoup travaillé dessus d’ailleurs en prévoyant des trucs sympas pour les fans, en tournant des vidéos. Que du plaisir ! Pour moi, tous les jours, c’est travail, travail, travail. C’est ce que j’aime faire ! •
 


BONUS QUESTIONNAIRE
• Bière ou whisky (avec modération) ?

Bière

• Viande ou vegan ?
Vegan

• Livre papier ou e-book ?
Les 2

• Facebook ou un autre réseau social ?
Aucun

• Football ou rugby ?
Football

• AC/DC ou DEEP PURPLE ?
DEEP PURPLE

• Lemmy ou Ozzy ?
Lemmy

• Robert Plant ou Paul Rodgers ?
Paul Rodgers

• Stevie Wonder ou Aretha Franklin ?
Stevie Wonder

• THE TEMPTATIONS ou THE COMMODORES ?
THE TEMPTATIONS, les 2 !

• Vaccin ou anti-vax ?
Vaccin

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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