23 février 2021, 18:26

Anneke van Giersbergen

"The Darkest Skies Are The Brightest"

Album : The Darkest Skies Are The Brightest

Après sa collaboration avec Arjen Lucassen dans THE GENTLE STORM en 2015 suivi de la création en 2017 de son groupe de metal progressif VUUR, nous pouvions penser qu'Anneke van Giersbergen étaient belle et bien revenue dans l'univers metal. Pourtant en 2018, lorsqu'elle commence à composer, deux événements vont l'amener à considérer l'avenir différemment. D'une part, VUUR, qui signifie feu en néerlandais, a fait fondre ses économies au point qu'elle n'a plus les moyens de financer la promotion du groupe. D'autre part, le duo qu'elle forme avec Rob Snijders, son manager et mari depuis plus de vingt ans voit le ciel s'assombrir. Anneke prend conscience que le processus de composition dans lequel elle va entrer sera bien trop personnel pour être compatible avec celui d'un album de VUUR. C'est donc seule avec sa guitare qu'elle entreprend cette écriture pour réparer sa vie. Elle part s'isoler dans une petite maison proche de la forêt. Seule face à elle-même, c'est avec beaucoup de sincérité qu'elle décide de composer. 2019, sa part du défit réalisé, la verra refaire surface. Le titre est alors tout trouvé : « The Darkest Skies Are The Brightest » (NDR : les ciels les plus sombres sont les plus lumineux) résume parfaitement ce qu'elle considère certainement comme le plus important challenge de sa vie. Bien plus que celui d'avoir quitté THE GATHERING en 2007, le challenge d'avoir réussi à réparer ce qui à ses yeux est le plus important, débouche sur un ensemble de chansons extrêmement personnelles où elle dévoile le ressenti de cette sombre période. Alors que l'orage se dissipe, qu'elle part en tournée nord-américaine en compagnie d'AMORPHIS et DELAIN et enfin fêter avec succès 25 ans de carrière, l'année qui s'annonçait et devait marquer un nouveau départ, va s'avérer comme pour beaucoup, un défit supplémentaire. Survivre à une année blanche sans concert et donc sans sa source principale de revenus. Comme d'habitude Anneke ne se laisse pas abattre et comme le montrera ses quelques apparitions, elle garde le sourire et sa joie de vivre. Elle profitera de ce temps qui lui est imposé pour travailler avec son ami et producteur Gijs Coolen (Marike Jager, LEAVES' EYES (live), WOOST) pour peaufiner ces nouveaux titres et compiler une histoire qu'elle nous raconte en 11 chansons.

Tout commence le 4 décembre 2020 avec la sortie du clip de la chanson "My Promise" tourné dans l'un des restaurants préféré d'Anneke situé dans sa ville d'Eindhoven. La mise en scène montre plusieurs couples vivants des moments marquants de leur relation. Quand on sait que les paroles abordent un combat qui vise à préserver l'amour, on comprend mieux que ces scènes de la vie illustrent les souvenirs de la vie passée de la chanteuse lorsqu'elle a essayé d'imaginer la vie après une séparation. Démarrant sur une jolie mélodie acoustique andalouse, la chanson évolue progressivement sur une note euphorique. Si la promesse d'Anneke est celle de sauver son amour, la promesse que cet album sera profond ne fait aucun doute et ce n'est pas l'obsédante mélancolie de l'arrangement pour cordes écrit par Ruud Peeters qui le démentira.

Mi-janvier, un second clip, dirigé comme le précédent par Jasper van Gheluwe met en scène le titre "Hurricane". Cette chanson fait partie d'une série de titres dans lesquels Anneke aborde des sujets plus sombres. La structure de la chanson, fait écho à l'essence du titre de l'album. Dans la première partie, la profondeur du chant associée à un groove percussif fait référence à l'angoisse de l'inconnu face à la tempête qui approche. Le moment où elle fait tomber le rideau, symbolise la plongée dans ce monde inconnu. Nous la retrouvons évoluant tranquillement au milieux de dizaines d'ampoules aux quelles elle prête attention comme pour symboliser un questionnement introspectif où elle fait le tri dans ses idées en pesant le pour et le contre. Ce passage central quelques peu inquiétant débouche sur un rythme de percussions et un superbe solo de trompette qui clos le titre sur une note lumineuse. Dans la dernière image, elle introduit le symbole qu'elle a choisi pour cet album, un cœur brisé réparé. Ce symbole de l'art japonais appelé kintsugi qui consiste à réparer les objets cassé à l'aide d'un métal précieux ou plus précisément l'art et l'esprit de la résilience.

C'est deux semaines avant la sortie officielle que sort la lyric-video du titre qui introduit cet album. "Agape" propose un arrangement de guitare acoustique méditatif sur lequel vient s'ajouter le son luxuriant d'un quatuor à cordes qui donne à la chanson une sorte de rêve chargé de mélancolie... Peut-être celui d'un passé et l'espoir d'un avenir plus radieux comme elle le répète dans refrain : « The Darkest Skies Are The Brightest ». Une sorte de quête de l'amour platonicien.

A la lumière de ces trois premiers titres, l'auditeur sait que cet album très personnel l’emmènera loin des contrées rock et metal auxquelles elle nous avait habitués. C'est bien un album introspectif chargé de sincérité dans lequel Anneke dévoile ses sentiments. Musicalement, nous pouvons retrouver ici un album acoustique d'une grande richesse. Et c'est ce que l'on découvre dans les huit chansons qui suivent.

"I Saw A Car" est un titre folklorique qui par son aspect joyeux nous laisserait imaginer une foule entourant un groupe de musiciens et battant la mesure en frappant des mains comme un soir autour d'un feu de la Saint-Jean. Plus mélancolique, "The Soul Knows" se développe peu à peu vers un refrain et une seconde partie lumineuse. Probablement, le plus épuré de l'album. "The End" est un morceau très mélancolique. Peut-être celui qui permet de mesurer l'importance et l'ampleur du travail de production réalisé par Gijs Coolen. Avec "Keep It Simple", nous revenons à des rythmes plus joyeux et positifs. Son rythme percussif lui donne un aspect tribal et porteur d'un message plein de bon sens face à l'adversité : agir simplement et faire preuve de positivisme. Dans le même état d'esprit "Lo And Behold", nous emmène vers le mélancolique "Losing You" qui évoque la perte d'un être qui compte. La gaieté est de retour avec "Survive" qui se développe sur un air de flamenco et où survivre est scandé dans un refrain qui fait de ce titre une sorte d'hymne revendicatif. L'album se termine sur le calme "Love You Like I Love You" où l'on retrouve des cordes qui lui donnent un aspect aérien.

Loin de l'univers de VUUR, ce nouvel album n'est clairement pas metal et ne manquera pas au mieux de susciter l'ignorance des puristes et le mépris un tantinet machiste des plus radicaux. Mais la liberté artistique ne dicte jamais à l'artiste où il doit aller à moins qu'il ne soit l'esclave de son public. Anneke van Giersbergen est allée là où elle a estimé devoir aller pour réparer sa vie. Face à l'adversité, elle a comme toujours fait face avec beaucoup de détermination et de sincérité. Secondé admirablement par Gijs Coolen, ils ont réussi ensemble à faire de ce travail introspectif une œuvre majeure. Cet album est sans aucun doute le plus abouti qu'Anneke ait réalisé depuis le début de sa carrière solo.

Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il cultive un vif intérêt pour le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionne. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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