21 juillet 2021, 10:00

MASTODON "Captured Live"

@ Atlanta (Georgia Aquarium)


Il m’est arrivé d’assister en quelques décennies à des représentations live ou des écoutes en avant-première d’albums dans des cadres somptueux, originaux, sublimes et décalés : châteaux, caves, musées, sur la Tour Eiffel ou en haut de l’Arche de la Défense, dans des parcs et même au Planétarium du Palais de la Découverte, en contemplant les étoiles.
Mais jamais dans un aquarium. 

On parle évidemment du grand modèle, pas de celui que vous avez installé dans votre salon après avoir vu "Nemo". 

Cela aurait été certainement un tel régal de vivre, en vrai, la représentation de quatre bipèdes au beau milieu des 500 espèces aquatiques évoluant au Georgia Aquarium d’Atlanta : il faut se contenter d’apprécier un MASTODON live sur son écran d’ordinateur ou, au mieux, sur sa télé connectée, car c’est sous forme de séance à domicile en pay-per-view que ce show est proposé.
Néanmoins, sans être dénuée de limites, l’expérience est particulièrement plaisante. 

Le décor, tout d’abord, est fascinant. Dès les premières images, le groupe s’avance, émerveillé comme des mômes, dans un long couloir entièrement immergé au coeur du dispositif. Les teintes dominantes bleues vont nous accompagner durant tout le set qui se tient dans une pièce centrale, façon showcase de luxe.
Après quelques mots d’introduction des musiciens pour présenter la genèse du projet, le ton de l’interprétation est donné avec "Naked Burn", un classique tiré de "Leviathan", qui apparait dans une version électro-acoustique particulièrement originale.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas le MASTODON tonitruant que vous connaissez en concert, mais une autre facette du groupe d’Atlanta qui vous est proposée. Pas tout à fait du "unplugged", plutôt un entre-deux et c’est toute l’originalité des neuf titres interprétés ce jour-là. Comme le précise le bassiste/chanteur Troy Sanders : "La première chose qui nous est venue à l’idée quand on a eu cette chance de nous produire à l’aquarium, c’était de jouer l’intégralité de "Leviathan". Mais tu ne peux pas faire trop de bruit pour ne pas déranger les animaux derrière les vitres. Ça a flanqué par terre l’idée de l’album dans son intégralité, parce que c’est un disque très intense."
 


Voici donc un répertoire dépouillé de son enveloppe la plus heavy et l’idée relève du challenge pour le groupe, même si ses albums ont souvent accueilli des déviations acoustiques…
La musique de MASTODON est réputée complexe, technique, élaborée, le partage du chant à trois et ses combinaisons sont portées par l’énergie en électrique, plein pot, qui accepte et tolère les imprécisions, mais qu’en est-il quand chaque instrument se distingue avec la plus grande netteté et… sans filet (je sais, elle était facile) ?

Je ne mettrai pas en doute le talent et la maîtrise des musiciens, et encore moins celui de la (post)production qui propose ici un rendu impeccable et sans bavure.
Vraiment aucune bavure, c’est d’une parfaite propreté… et j’y reviendrai.

On apprécie le gros travail d’adaptation que cela a exigé, le travail affolant de la rythmique, Brann Dailor à la batterie, Troy Sanders à la basse acoustique, le tricotage en règle du très concentré Bill Kelliher à la guitare acoustique et l’inénarrable mystère Brent Hinds. Aussi elliptique en interview qu’il peut être flamboyant dans ses envolées solistes et ça se constate dès le deuxième titre, "Asleep in the Deep" qu’on retrouvait sur "Once More ‘Round The Sun".
Le groupe explore un peu tout son répertoire, de "Sleeping Giant" sur "Blood Mountain" (2006) à "The Sparrow" et "Thickening" sur "The Hunter" (2011) en passant par "The Czar" sur "Crack The Skye" (2009), propose un inédit, "Skeleton of Splendor" et va même s’aventurer dans des compositions jamais interprétées live, sans doute parce qu’elles font partie de ces titres toujours un peu "oubliés" qui clôturent les albums. C’est le cas d’"Elephant Man" sur le premier disque, "Remission" (2002) ou encore l’excellent "Pendulous Skin" sur "Blood Mountain", quatre ans plus tard. Certains trouveront judicieux que ce "Captured Live" soit ponctué entre chaque titre d’une petite "explication de texte" de la part de MASTODON, qui permet de recontextualiser la référence de ces chansons et d’y ajouter quelques anecdotes, mais on peut comprendre aussi que cela casse la continuité du set. Pour ma part, je pense que le document y gagne et s’étoffe, car l’unité de lieu s’impose malheureusement très vite ronronnante. Sans public, le groupe qui n’est pas non plus habituellement dans la gaudriole, n’échange avec personne et les poissons en arrière-plan sont vite agrémentés à la réalisation de superpositions d’images sous-marines supplémentaires pour enrichir et dynamiser un peu.
 


Quand on était petits, on vous approchait un gros coquillage de l’oreille et on vous disait : ferme les yeux et tu entendras la mer ! Et on l’entendait. Forcément !
A la réalisation, ils ont dû se dire : "allez, même si c'est gros, on le tente, ça devrait marcher aussi…"
Parce que, là, comment justifier que pour les deux extraordinaires parties solistes de Brent Hinds sur "Elephant Man" et "Pendulous Skin", aucune caméra ne soit sur lui mais sur Sanders et Kelliher, voire sur des frangines de la méduse et de la murène ? Non seulement ça casse toute la magie de ces séquences où l’homme à la Gretsch excelle, mais on en vient à douter très vite qu’on n’a pas gardé l’image pour de bonnes raisons. Un ou deux plans désynchronisés viennent tragiquement trahir le subterfuge : il est fort probable que ces soli de pure inspiration 70s aient été réenregistrés - ou tout du moins remaniés - a posteriori. 

Quel dommage de finir sur cet écueil visuel alors que l’interprétation musicale était si délectable ! N’en demeure pas moins que MASTODON, en électro-acoustique, c’est une facette oubliée un peu vite d’un groupe protéiforme et sans aucun doute l’un des plus originaux que le metal ait enfanté depuis le début du millénaire.

 
Blogger : Christian Lamet
Au sujet de l'auteur
Christian Lamet
Christian Lamet est réalisateur, journaliste et producteur pour la télévision et le multimédia...entre autre. Fondateur en 1985 du magazine HARD FORCE, il en a été le rédacteur en chef durant ses quinze années de parution en kiosques. Depuis, l'aventure HARD FORCE a repris depuis 2008 sur le web, devenant ainsi le plus ancien média metal en France toujours en activité encore mené par son fondateur. Christian est également producteur et réalisateur du media digital HEAVY1 en partenariat avec LIVE NATION FRANCE et du webmagazine METALXS.
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