14 avril 2012, 3:42

Arjen Anthony Lucassen


Arjen Anthony Lucassen est surtout connu pour ses opéras rock élaborés avec AYREON, mettant en vedette un ensemble d'illustres musiciens invités illustres.

Mais son dernier album, "Lost In The Real New" c'est en solo qu'il le publiera le 23 avril prochain.
Il y chante tous les textes et joue la plupart des instruments.
La diversité musicale est l'une des caractéristiques de Arjen Lucassen, et "Lost In The Real New" ne fait pas exception à cette tradition.L'album propose une large gamme de styles contrastés tels que prog', rock, folk, metal, industriel et même pop, sans doute le disque le plus éclectique d'Arjen à ce jour.

C'est pour la promo de son deuxième album solo que HARD FORCE a eu l'occasion de discuter avec le très agréable Arjen Anthony Lucassen.

 


Salut Arjen comment vas-tu ?
(en français) Très bien merci !

HARD FORCE est très heureux de pouvoir parler avec toi...
(en français) Pas de problème ! Mon plaisir !

Comment te sens-tu quelques semaines avant la sortie de ton nouvel album "Lost In The New Real" ?
Un peu inquiet ! Non, en fait prenons un mot positif, anxieux ! Je suis anxieux, c’est le bon mot !

C’est ton deuxième album solo, c’est aussi un album conceptuel . Quel en est le thème ?
C’est un concept assez simple. Ça parle de quelqu’un de notre époque, qui est en phase terminale. Il demande à être cryogénisé pour pouvoir être réveillé dans le futur quand on aura trouvé un traitement à sa maladie. A peu près 200 ans plus tard ils le réveillent… L’intrigue de l’histoire c’est : à quoi va ressembler le monde après toutes ces années ? Comment est-ce que cette personne va-t-elle s’adapter à ce nouveau monde, que j’ai appelé "The New Real" (Le Nouveau Réel) ? Il se fait aussi aider par un psychiatre, joué par Rutger Hauer. Donc oui, en gros le concept est assez simple. J’ai toujours aimé fantasmer sur le futur, curieux de savoir à quoi ça va ressembler.



Qu’est ce qui t’a convaincu de faire un album conceptuel ? C’est quelque chose qui traînait dans ta tête depuis un petit bout de temps ?
Pas du tout non ! En fait j’ai toujours fait des albums conceptuels, que ce soit avec AYREON, ou autre chose, ça a toujours été le cas. L’album avec GUILT MACHINE était un concept sur la dépression, STAR ONE aussi, dans le sens où toutes les chansons parlent de films. Je suis sûr que quand j’ai décidé de faire un album solo, beaucoup de personnes s’attendaient à quelque chose de différent du genre : "Peut-être que cette fois-ci, il fera quelque chose de très personnel, parler de ses problèmes ou de sa copine !" (rires) "Ou même de son chat ou son nouveau chiot !" (rires)
J’aime aller à contre-courant, personne ne s’attendait à ce que je fasse un album conceptuel en solo. Quand j’en ai eu terminé avec les chansons, je les ai écouté et j’ai tout de suite pensé "Hey !". Les chansons sont si différentes les unes des autres, et renferment tellement de styles… J’ai pensé que ça serait cool si un concept pouvait les faire tenir ensemble, c’est la décision que j’ai prise quand toutes les chansons étaient terminées.

Ça veut dire que tu écris toujours toutes les parties instrumentales, avant de te pencher sur les paroles ?
Toujours oui ! Je laisse toujours la musique m’inspirer pour écrire les paroles.

Tu as attendu d’avoir toutes les idées claires dans ta tête pour écrire les morceaux ou as-tu procédé étape par étape ?
Non, ma façon de travailler c’est de laisser toutes les idées venir à moi. A chaque fois que j’en ai une, je l’enregistre sur cassette, je la modifie tous les jours, puis quand une autre idée arrive je travaille dessus. Après quelques mois, j’ai toutes ces cassettes pleines de petites idées, alors je rentre en studio, transfère le tout sur un ordinateur, puis j’écoute. Ça me permet d’écouter ça objectivement et de décider quelles idées m’inspirent et valent le coup d’en faire une chanson complète. C’est à partir de ce moment-là que je commence vraiment à travailler sur toutes ces petites idées.

Tu peux nous parler de ta collaboration avec Claudio Bergamin qui a fait l’artwork de l’album ?
Oui bien sûr ! Je pense que j’ai été approché par 8 personnes qui voulaient faire la pochette. Ils m’ont tous envoyé leurs travaux et aucun ne m’avait impressionné. Il y en avait de très bien mais ce n’était pas ce que je recherchais. Il y avait beaucoup de trucs digitaux, et ce n’est vraiment pas quelque chose que j’aime. Le problème c’est que je ne savais pas ce que je voulais ! Tout ce que je savais c’était que ça devait être quelque chose de très coloré. Mes trois dernières publications étaient vraiment sombres, et la musique de cet album est plus positive donc j’avais besoin d’un artwork avec beaucoup de couleurs. Au début, Claudio m’avait envoyé quelque chose que je n’aimais pas et je lui ai dit : "Non, non, ce n’est pas ça que je veux ! Je ne suis même pas sûr de ce que je veux ! Peut-être quelque chose comme un comic book...", et là il a dit "Hey mec, tu sais que je suis un dessinateur de comics ? C’est mon boulot !". Alors nous avons commencé à faire un brainstorming, pour se rendre compte qu’on était tous les deux très fans de ces grandes affiches de films des années 50 et 60. C’était du genre : "Ah oui celui-là était bien ! On pourrait tenter de faire quelque chose comme ça, peut-être même assez ringard !" (Rires) De cette façon personne ne pourrait passer à côté et les gens penseraient "Ok, c’est vraiment bizarre !", faire quelque chose de différent, tout comme la musique de l’album. On s’est vraiment découvert beaucoup de points communs et nous avons passé beaucoup de temps sur Skype. C’était marrant parce que la plupart de nos conversations ne parlaient pas du tout de l’artwork ! Nous parlions de Star Trek, du mauvais jeu d’acteur de William Shatner ! (Rires) Nos épisodes, et capitaines préférés, c’était fun !

On peut envisager une autre collaboration dans le futur ?
Oh oui probablement, j’adorerais retravailler avec lui ! Il a déjà en tête de faire quelque chose pour AYREON, peut-être comme un comic-book, par ce que c’est ce qu’il fait la plupart du temps. Donc oui, qui sait ?


2010 © C. Dessaigne

Il y a une deuxième collaboration sur cet album, celle avec Rugter Hauer… Excuse-moi si je l'ai mal prononcé !
Non ne t’inquiète pas tu l’as bien dit ! Je suis un très grand fan de Rutger, depuis que j’ai 10 ans ! Comme tu dois le savoir il est hollandais, et était la star d’une série TV qui s’appelait "Floris". C’était une série médiévale avec des chevaliers, des châteaux et des chevaux… J’étais tellement fan que je courais dans la rue en imitant Floris avec un bout de bois ! (Rires) Si à l’époque on m’avait dit qu’un jour je serais amené à travailler avec lui, je serais tombé raide par terre !(Rires) Après il a eu un succès international avec d'abord le film néerlandais "Le choix du destin", puis "Spetters" et "Ladyhawke". Et bien sûr mon film préféré "Blade Runner" !
Quand j’ai créé cette histoire j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de comparaisons avec "Blade Runner", par exemple la question du réel et de l’irréel… J’ai tout de suite pensé à Rutger Hauer, ça devait être lui ! J’ai envoyé un mail sur son site internet, et à ma grande surprise il m’a répond quelques jours après. Je pense qu’il a dû me chercher sur Google et trouver des trucs qui lui ont plu !
(Rires) Et en plus j’avais déjà écrit une chanson sur lui et "Blade Runner" sur l’album de STAR ONE...
A partir de ce moment nous avons beaucoup été en contact, notamment sur Skype pendant plusieurs semaines. Ce qui était cool, c’est qu’il s’est énormément investi dans le projet. Il a voulu écouter la musique, connaître toutes les paroles, l’histoire du disque, c’est lui qui a écrit toute la narration ! Ça a rendu le tout vraiment personnel.


C’est un rêve devenu réalité ?
Absolument ! En fait, j’en ai vraiment rêvé ! C’est littéralement un rêve devenu réalité !

Qui sont les autres musiciens qui jouent sur cet album ?
Cette fois-ci j’ai quasiment tout fait moi-même. C’est ce que je fais aussi avec AYREON, mais pour le coup je ne peux pas me cacher derrière une flopée d’invités, là j’ai fait toutes les parties de chant seul. J’ai tout de même quelques musiciens. Deux batteurs, Ed Warby et Rod Snijders qui ont aussi joué sur les albums d’AYREON. Il y a évidemment des instruments dont je ne sais pas jouer comme le violon, la flûte, le violoncelle… Alors j’ai engagé des musiciens, les mêmes qui ont aussi joué avec AYREON comme Ben Mathot et Jeroen Goosens. J’ai aussi un chanteur qui fait les chœurs, c’est aussi un grand fan de mon travail, ça fait des années qu’il m’envoie des e-mails, il est incroyable ! Personne ne le connaît, mais il arrive à atteindre ces notes très hautes que je n’arrive pas à chanter. J’avais vraiment besoin de ces chœurs puissants, et il a été parfait !

Penses-tu que "Lost In The New Real" est un album que tu pourrais jouer en concert ?
Ça serait possible ! Bien plus facile que de jouer avec AYREON qui possède 17 chanteurs, ce qui rendrait irréalisable de tous les réunir sur scène. Donc oui en principe c’est faisable, mais je me vois plus comme un compositeur, producteur, c’est ça que j’aime faire. J’ai déjà joué live dans le passé, tourné dans le monde entier pendant 15 ans, et ça depuis mes 18 à mes 35 ans. La raison pour laquelle j’ai monté le projet AYREON c’est parce que je ne voulais plus jouer en live. Je n’aime pas ça ! Je trouve que c’est un peu "fake", bien sûr une fois sur scène c’est super, mais il y a tellement de choses à faire avant ça. Il faut répéter, arranger, attendre… Je n’aime vraiment pas ça, je préfère être créatif ! Il n’y a donc aucune performance live de prévue.

Ton album est tellement riche, ça a dû être énorme à écrire ! Tout cela n’a-t-il pas empiété sur ta vie privée ?
C’est ça ma vie privée ! (Rires) La musique c’est tout pour moi, quand je n’en crée pas, j’en écoute. Je n’ai pas de famille, pas d’enfants, pas de vie sociale, pas d’amis, pas d’invités. Faire un album comme celui-ci me prend environ 1 an, c’est beaucoup de travail mais c’est exactement ce que j’aime faire et je ne m’en plains pas.

Tes textes comportent une vision assez personnelle du monde vers lequel nous nous dirigeons. Tu n’avais pas peur d’imposer tes idées à tes fans ?
Oh oui j’en ai eu très peur ! Je déteste ce genre de choses, imposer mes propres opinions aux gens et je ne le ferai jamais. Ça me rebute depuis que je suis enfant, quand j’entendais des paroles où des artistes qui nous disaient quoi faire, ou embêtaient le monde avec leurs histoires personnelles... Même si je suis un fan de John Lennon, quand il incitait au boycott avec Yoko Ono, je pensais : "ta gueule mec !" (Rires) Donc oui j’ai eu très peur de faire ça. C’est principalement la raison pour laquelle j’ai mis cela sous cette forme, caché dans ce concept. J’y ai aussi mis un peu d’humour. Sur cet album je ne réponds à aucune question, je les pose ! J’observe, suggère, devine… Et bien sûr en lisant entre les lignes, il y a beaucoup de choses personnelles. Je ne pense pas et j’espère que ce n’est pas quelque chose de frappant.

Maintenant que le disque est prêt, es-tu complètement satisfait de ton travail ? Aucun détail n’a été laissé au hasard ?
Je suis mon propre patron, et j’ai mon propre studio. C’est moi qui décide quand tout est terminé, et je suis aussi un sacré perfectionniste. Quand je fais une chanson, elle change sans arrêt, ça m’arrive de repartir de zéro ! Il faut que ça sonne parfaitement à mes oreilles. J’appelle la maison de disque uniquement lorsque ça me plaît à 100% et leur dit "Hey les gars, c’est prêt dans un mois !". Je suis très heureux et très fier de cet album, je suis même persuadé que je l’aimerai encore dans 10 ans ! Cette fois-ci, j’ai fait ce que je voulais, sans me soucier de ce que les gens pourraient en penser. L’inquiétude commence maintenant ! (Rires) C’est que maintenant que j’ai peur de comment tout cela va être perçu. Mais pendant l’écriture, ça ne m’effrayait pas du tout.

Arjen, nous te souhaitons le meilleur pour ce nouvel album, tu as un petit mot pour les fans français ?
J’espère sincèrement que les fans ne vont pas avoir de mauvais préjugés sur cet album. Il ne faut pas s’attendre à du gros opéra metal rock à la AYREON avec un million de chanteurs ! (Rires) Celui-ci est vraiment différent, c’est un album très joyeux, avec de l’humour… Mais on reconnaît toujours le son qui m’est propre. Si les gens sont ouverts d’esprit, je pense que ça peut être un album très intéressant, et que ça pourrait leur plaire. J’espère que vos lecteurs, comprendront le concept et auront l’esprit ouvert !

Merci beaucoup de nous avoir accordé un peu de ton temps Arjen, si tu te décides à remonter sur scène, on espère aussi te voir en France !
Qui sait ? Si je fais quelque chose en live, je viendrai en France, ça ne fait aucun doute !

Le double CD "Lost In The New Real" sera disponible le 23 avril en Europe sur le label InsideOut Music. Retrouvez les explications du concept de ce deuxième album par Arjen Anthony Lucassen ci-dessous :

Au sujet de l'auteur
Hugo Tessier
Décidemment né trop tard, Hugo Tessier cultive sa passion pour le rock depuis son plus jeune âge. Avec U2 et THE POLICE dans le biberon, son cœur penchera finalement pour le hard rock des eighties qui à son tour lui fera découvrir de nouveaux horizons musicaux. Tantôt étudiant, musicien puis vendeur dans les festivals rockabilly, en septembre 2011 HARD FORCE le convainc de commencer à explorer les concerts de la région nantaise à peine avait-il déballé son unique carton dans sa chambre universitaire.
Ses autres publications
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