23 septembre 2021, 19:54

CARCASS

Interview Bill Steer

Bill Steer, le guitariste de CARCASS, nous a accordé un peu de son temps pour évoquer la sortie du nouvel album « Torn Arteries » à l’artwork magnifiquement végétal, huit années après son prédécesseur « Surgical Steel ». Bill évoque également, sur un ton très british, sa vie pendant la crise sanitaire et le futur du groupe de death metal.
 

Comment décrirais-tu « Torn Arteries » en 5 mots ?
Laisse-moi réfléchir ! (rires) Je te dirai le septième album de CARCASS.

Comment s’est fait le choix de ce titre très médical ?
Jeff Walker, notre bassiste chanteur, l’a choisi. Cette phrase originale vient de notre premier batteur. C’était le nom d’un enregistrement fait par Ken Owen lorsque nous étions ados à l’école. J’en parlais un jour. Jeff a réfléchi et a pensé que ce serait bien pour le nouvel album et nous y voici !

Pourquoi avez-vous attendu si longtemps entre ces 2 albums, outre un EP « Despicable » et un single "Under The Scalpel Blade" dans cette période ? 
Il y a de nombreuses raisons. La principale est quand même celle du virus. Nous avions terminé l’album plusieurs mois avant que la pandémie s’abatte sur le monde. Il a été impossible de le sortir, tout avait fermé avec l’épidémie. L’autre raison est que nous avons beaucoup tourné pour le précédent, « Surgical Steel ». Il était vraiment compliqué de nous retrouver tranquillement pour travailler sur du nouveau matériel musical proprement. J’avais plein de nouveaux titres en 2015 mais Jeff a préféré tourner. Cela nous a pris plus de temps que prévu, finalement !

Vous apportez des choses nouvelles avec cet album. Quel a été le processus d’écriture ?
C’est vraiment le même que d’habitude : trois gars qui vont en studio de répétition. J’apporte des riffs, des séquences de morceaux, des parties musicales. Nous partageons nos idées, nous mixons les idées. Dès fois, ça prend du temps à construire un titre, et parfois, en un après-midi, tu as de la chance et tu as une chanson toute faite ! Cependant, le plus souvent, tu as besoin de plusieurs répétitions pour obtenir quelque chose de vraiment bien.

Il y a plus de vibrations rock'n'roll et mature sur « Torn Arteries ». Qu’en penses-tu ?
Mature, dans un sens positif oui ! Je suis entièrement d’accord avec toi. Cependant, beaucoup associent mature à vieux et cela donne un côté négatif.

Où puisez-vous toute cette inspiration médicale dans vos chansons ?
Jeff s’occupe de toutes les paroles. C’est difficile pour moi de rentrer dans les détails. Il n’en parle pas beaucoup de sa méthode. Il passe un temps important sur les paroles. Il a utilisé plus de thèmes sur cet album en s’inspirant de l’histoire, de politique.

Tu nous dis un mot sur ce magnifique artwork biologique de la pochette de « Torn Arteries » ?
Je n’en ai aucune idée sincèrement. Je n’ai pas été impliqué dans cette phase de création. C’est Jeff qui a travaillé avec un artiste polonais. (le fameux Zbigniew Bielak a été inspiré par l’artiste japonais Kusozu - ndlr).

"Kelly's Meat Emporium" a été le premier single de l’album. Tu nous en parles ? 
Le poids de la viande morte ! C’est probablement la première chanson sur laquelle nous avons travaillé. J’avais écrit les bases du titre il y a un petit moment. Ça été compliqué de l’achever mais nous sommes vraiment contents des arrangements finaux. Jeff s’est ensuite impliqué dessus. 

Un petit track by track ciblé ?
Oui, bien sûr !

"Dance Of Ixtab"
Un titre controversé. Les gens sont partagés à 50/50 sur les réseaux sociaux. Je n’y vais pas mais c’est surtout ce qui est rapporté. C’est un peu du neuf dans notre répertoire et cela peut déstabiliser certains. Nous n’allions pas refaire du similaire à l’album précédent après tout ce temps.

"Under The Scalpel Blade"
Ce titre est ancien. Il date des premières sessions de chansons faites pour l’album. Nous l’avions sorti sur les plateformes de streaming.

"In God We Trust"
J’adore ce titre. Il y a du feeling, des sons incroyables de batterie. C’est vraiment du nouveau pour CARCASS.

"The Devil Rides Out" sonne un peu seventies. Qu’en penses-tu ?
Il y a des influences des années 70, c’est vrai. C’était une chanson facile à faire. J’avais toute la structure musicale faite déjà. Les gars ont ajouté un truc un peu speed à la fin. Ça rendait vraiment bien.

C’est quoi ton bilan après 35 années de carrière ?
Je ne sais pas. J’ai déjà de la chance d’avoir fait tout ça, de faire de la musique, du death metal. J’étais un ado en banlieue qui jouait de la guitare. J’ai eu de la chance de faire des démos à cette époque ! Puis le reste.

As-tu un bon souvenir des périodes « Reek Of Putrefaction » et « Heartwork » ?
Ce sont deux périodes de vie très différentes. « Reek Of Putrefaction » (1988) est une période de mon adolescence. Tout était différent dans la musique et les paroles. Cela a fait sens avec ce que nous avons fait par la suite. Nous étions très déçus de la production pour ne rien te cacher. Nous n’avions rien vu venir car nous étions si naïfs et inexpérimentés. Nous ne pouvions pas nous attendre à mieux mais c’était vraiment fun ! Pour « Heartwork » (1993), c’était vraiment différent, nous avions l’expérience des tournées, des enregistrements. Tout était plus professionnel. Une autre ère pour le groupe !

Qu’avez-vous prévu avec CARCASS dans un futur proche ?
Difficile à dire ! les choses sont tellement incertaines pour la musique live. Nous adorerions repartir sur la route mais la vraie question est : « est-ce vraiment réaliste ? ». Nous nous concentrons, à l’heure où je te parle, sur la promo de l’album. Nous avons attendu tellement longtemps. Nous sommes comme tout le monde sinon, c’est du "semaine après semaine". Nous avons un festival dans le nord de l’Angleterre prévu en novembre. Si nous pouvions le faire, ce serait fantastique. Il ne faut personne de positif à la COVID-19. Il y a des directives politiques contraignantes.

Justement Bill, qu’as-tu fait durant le début de cette épidémie ?
Je faisais beaucoup de marche pour m’aérer la tête. C’était formidable de voir Londres comme ça. Une ville fantôme. Je marchais beaucoup. Tout était vide, triste et beau à la fois. Je faisais beuacoup de guitare après m’être désaltéré ! Tout ça pendant des semaines.

Tu écoutes du metal ?
Pas du tout. Les autres gars du groupe, oui. Notre batteur écoute des trucs précis, il écoute les batteurs de la scène moderne, leur technique.

Et toi ?
J’écoute de la musique tous les jours mais plus du hard rock des années 70 ou du heavy metal anglais du début des années 80. J’apprécie certains artistes de blues ou de country. 

Que fais-tu lorsque tu ne tournes pas ni ne te rends en studio ?
(Avec un humour très british). En ce moment, c’est plutôt parler au téléphone pour donner des interviews. J’en ai fait plein ces dernières semaines. J’ai l’impression que cela ne s’arrêtera jamais. C’est à la fois cool et à la fois dingue. J’ai l’impression de devenir fou à force de répéter certains trucs, plein de fois ! Quand nous tournions, c’était plutôt du repos pendant les "days off", aller voir des amis, la famille. J’aime collectionner les disques, aller au pub, parler avec des gens, raconter des histoires. 

Une réflexion autour de cette épidémie ?
Je crois que c’est la première fois que l’humanité ressent la même chose en même temps. Au début de l’épidémie, tout le monde a réagi de la même façon face à ce stress planant. C’était vraiment bizarre de penser qu’il y avait des millions de personnes qui pensaient la même chose que toi à ce moment là. Bien sûr, cela ne pouvait pas durer indéfiniment. La folie est de retour avec cette celle sur Internet. Tout revient à la normal tout en restant dysfonctionnel. J’espère que nous nous en sortirons. 

Enfin, pour terminer, as-tu une addiction positive ?
Qu’entends-tu par positif ?

Pas d’alcool, de drogues ou d’autres comportements délétères.
OK. Ecouter de la musique. J’en écoute plus que j’en joue. Je suis un vrai fan et un musicien. Avec les années, j’ai développé un goût prononcé pour la marche active. Cela permet vraiment de chasser les pensées négatives. Cela a vraiment un sens pour moi. Marcher, c’est quelque chose de magique, vraiment !
 

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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