10 mars 2022, 19:49

GHOST

"Impera"

Album : Impera

Lors du dernier concert de la tournée « Prequelle » à Mexico City, pendant le fameux solo de saxophone de "Miasma", Papa Nihil, l’ancêtre de tous les autres Papas, s’était effondré et un groupe de sœurs était venu autour du Cardinal Copia et l’avait transformé en nouveau Papa. Les mois ont passé... Papa Emeritus IV et ses Ghouls anonymes "new look" sont de retour avec un cinquième album intitulé « Impera », produit par Klas Åhlund et mixé par Andy Wallace. L’artwork est de nouveau signé par le talentueux artiste polonais Zbigniew M. Bielak. Tobias Forge, multi-instrumentiste et maître à penser de GHOST, qui a profité de la pandémie pour composer, s’est fait aider du guitariste et ami Fredrik Åkesson d’OPETH. Ce dernier avait déjà joué dans « Prequelle » (sur la chanson "Helvetesfönster"). Les auteurs suédois, Salem Al Fakir et Vincent Pontare, ayant notamment travaillé avec Madonna et Lady Gaga, ont également participé à cet album.

GHOST nous transporte cette fois à des centaines d'années avant l'ère de la peste noire en Europe au XIVe siècle, thématique retrouvée sur le précédent album. « Impera » traite de la naissance, des échecs et de la chute inéluctable des empires, mêlés à des éléments mystiques et ésotériques. Avec le titre "Year Zero", un des classiques du groupe sur « Infestissumam » (2013), l’idée était déjà naissante dans l’esprit de Forge. Cet album est aussi une métaphore sur le côté négatif du monde actuel même si Tobias déclare ici et là être très positif pour l’avenir.

Entrons maintenant dans l’univers de Papa Emeritus IV. "Imperium" pose calmement les bases de l’album avec des arpèges, des lignes de guitare acoustique à l’unisson sur une batterie un peu militaire.  "Kaisarion" démarre sur une introduction à la MAIDEN mélangée un peu au début de "Green Tinted Sixties Mind" de MR. BIG. Ce cri de Papa ! Le titre est heavy-rock très eighties avec des chœurs presque bibliques. Il figure d’ailleurs dans la set-list actuelle du groupe. "Spillways" est plus radio-friendly dans son approche avec ses claviers façon TOTO ("Hold The Line") ou SUPERTRAMP ("Cannonball"). Tobias Forge nous envoie des lignes de chant mélodiques dont il a la recette. Le titre est entraînant avec un solo de guitare tout droit sorti de l’époque où le CD n’existait pas.

"Call Me Little Sunshine" a cette patte "Cirice" sur l’album « Meliora ». C’est aussi le second single dévoilé de « Impera » et le talent de composition à l’état pur. Un mid-tempo envoutant où le groupe brille par son osmose, un refrain catchy comme il faut, un final apocalyptique. "Hunter's Moon", était le premier single dévoilé fin 2021, que l’on pouvait retrouver dans le générique de fin du film d'horreur Halloween Kills. "Watcher In The Sky" est dans le même esprit que le titre qui ouvre l’album. Des guitares bien heavy avec cette cavalcade à la METALLICA light. Leur récente reprise de "Enter Sandman" semble avoir un peu influencer Tobias, à mon sens. Il y a aussi un côté très FM et progressif sur ce morceau. Le break des guitares couplées aux claviers avec ces roulements de fûts nous replonge dans une période plus ancienne.

"Dominion" est un interlude symphonique funèbre marqué par des instruments à vent (plutôt synthétiques). Intro digne des films de Broadway, "Twenties" lui, est bien sombre. Une véritable mise en scène musicale. On voit tout à fait le spectacle en fermant les yeux. Le titre est envahissant, le chant est vraiment mis en avant et les chœurs sont magistraux. Ca shredde comme il se doit. "Darkness At The Heart Of My Love" est comme son titre l’indique : très émotionnel. De l’amour sombre pour une ballade à la GHOST. Des arrangements simples mais efficaces. Quant au final, avec les chœurs, il est sublime et nous emporte. "GriftWood" est dans l’esprit rock de cet album avec ce côté un peu à la "Infestissumam". Forge est vraiment un maître dans l’élaboration des refrains. Le break est mystique et encore très comédie musicale. Nouvel interlude dark avec "Bite Of Passage"... "Respite On The Spitalfields" est le chef d’œuvre final avec ses couplets mélodiques, son pré-refrain plus agressif et ce refrain qui met tout le monde d’accord. Le solo de guitare soutenu par un piano acoustique est parfait. Un break harmonieux et progressif, Tobias Forge nous emporte encore une fois. Les arrangements sont magiques avec cette fin un peu à la "Right Now" de VAN HALEN, ces chœurs et cette ligne centrale de guitare ! Une grosse claque qui perturbe en bien ! Fin en fading !

« Impera » est une grande pièce musicale dans la continuité de « Prequelle », plus hard rock, avec cette ambivalence crescendo/decrescendo émotionnelle dont son leader a le secret. Clairement, comme le dit Tobias Forge : « Nous construisons notre empire à partir des cendres d’un ancien ». GHOST est l’architecte d’un très grand album à partir de tout ce qui a été précédemment réalisé.

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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