7 juin 2022, 18:10

KREATOR

Interview Frédéric Leclercq

KREATOR est de retour avec un somptueux nouvel album intitulé « Hate Über Alles » bien thrash et mélodique à la fois, mais pas trop quand même. Le bassiste Frédéric Leclercq, que l’on ne présente plus, nous parle de ce 15e album studio, des projets du groupe et se livre personnellement. Il n’y a pas que de la haine après tout...
 

Avant toute chose, pourquoi cet hommage au réalisateur italien Sergio Corbucci et cette intro très western spaghetti sur ce nouvel album ?
(Rires) Il faudrait demander à Mille Petrozza. Il adore le cinéma. L’intro sonnait très Ennio Morricone. Il a trouvé ce titre. Je lui ai demandé pourquoi un tel choix ? Il m’a répondu pourquoi pas ? Sa réponse m’a étonné. Il y a aussi cette référence à BAUHAUS, "Bela Lugosi’s Dead", qu’il apprécie. C’est assez atypique pour une intro de KREATOR et ça fait parler !

C’est exact. Tu regardes la liste de titres et tu vois celui-ci. Tu vas directement dessus !
Tous les instruments, notamment les parties batterie, ont été enregistrées aux Ranza Studios à Berlin où des artistes comme Bowie ont enregistré. Tous les instruments que tu entends sur ce titre datent de l’époque et donnent encore plus ce petit côté old-school.

Comment teaserais-tu « Hate Über Alles » ?
Je suis le premier à pester quand j’entends dire les artistes : « C’est le meilleur album que l’on ait fait », c’est le « plus plus plus de tous »... Je vais répondre à ta question. On a gardé le meilleur des deux derniers albums de KREATOR en épurant le côté un peu poli pour en garder la substantifique moëlle avec un regain d’énergie et de folie propre aux premiers albums. Ce qui me convient très bien, étant fan de la première heure. Ce n’est pas un retour en arrière, c’est une évolution naturelle avec l’ADN du groupe. Ça te va comme teaser ? (rires) Evolution naturelle avec retour agressif. Pour résumer : c’est épurer pour mieux thrasher !

C’est bien ça !
Tu vois, on a fini par avoir le teaser (rires).


Tu nous racontes ton arrivée dans KREATOR ? Ton premier concert avec le groupe ?
Je vais essayer de te résumer ça. Je n’étais plus heureux avec DRAGONFORCE. J’étais dans une impasse aussi. Je ne pouvais pas laisser une annonce comme  : « Bassiste d’un groupe cherche autre groupe ». Il fallait les prévenir. On devait sortir un nouvel album ou il était sorti je crois... La tournée s’annonçait. J’étais en total désaccord avec tout ce qui était décidé. J’y allais à reculons, la boule au ventre. J’avais parlé à quelques personnes du milieu en qui j’ai confiance. Je leur avais dit que s’ils entendaient quelque chose, qu’ils me tiennent au courant. C’est arrivé aux oreilles de Mille. Le lendemain de mon anniversaire, c’était lors du dernier Hellfest, je n’étais pas très frais. Je devais aller en Suède, mixer l’album. Je suis donc à l’aéroport, j’ouvre mon sac et je m'aperçois que je n’ai plus d’ordinateur portable. Je suis contrarié. Ce vol a dû avoir lieu sur le site ou dans le train, bref ! Je checke mon téléphone et il y a un message de Mille qui me demande de le rappeler. Je me doute qu’il y a un lien avec ce que j’avais précédemment annoncé. J’étais content. Grosse palette d’émotions ! Il me demande de faire deux concerts avec eux en octobre en remplacement de leur bassiste indisponible (NDLR : Christian "Speesy" Giesler).
Je suis encore dans les vapeurs de la fête de la veille et je lui dis que c’est touchant d’avoir pensé à moi, que je serais en tournée avec DRAGONFORCE à ces dates-là, mais que néanmoins, j'adore KREATOR au niveau musical et artistique et que s’il a besoin de moi pour le groupe à long terme, c’est OK tout de suite. Ça s’est fait comme ça en fait ! Honnêtement, j’y suis allé au culot, je mets ça sur le compte de la fête de la veille. Je ne suis pas trop comme ça dans la vie de tous les jours, tu vois, plein de panache ! Autant on m’avait volé mon ordinateur portable, autant j’allais être dans KREATOR avec tout ce que cela représente pour moi. J’ai fait mes concerts et je suis parti répéter avec eux. Je connais Mille depuis 2002, on a des atomes crochus. J’arrive en répétition, je ne savais pas si les autres étaient contents de mon arrivée... On a joué un titre et tout était parfait. Tout le monde était content. C’était comme si cela faisait 20 ans que j’étais dans le groupe. Tout le monde avait la banane. On est allé jouer au Chili avec une date en tête d’affiche et une avec SLAYER & ANTHRAX. C’était super ! J’étais comme un poisson dans l’eau.


​"Hate Über Alles" et "Strongest Of The Strong" sont les deux premiers singles au moment où l'on parle, comment se sont fait ces choix ?
Tout le monde évoque les titres de l’album mais après, il y a eu d’autres discussions auxquelles je n’ai pas participé, étant relativement nouveau dans le groupe. Je réponds quand on me demande mon avis, cela correspond à ce que l’on voulait faire. "Hate Über Alles" et son côté agressif marquent bien les choses. Les morceaux ne se répètent pas dans le choix des singles. On veut surprendre les gens avec les diverses facettes de l’album.

On se fait un rapide titre-by-titre en un mot pour résumer tout l’album ?
D’accord.

"Killer Of Jesus”…
Violent.

"Crush The Tyrants”…
MANOWAR.

"Become Immortal"...
A l’ancienne.

"Conquer And Destroy"...
Hymne.

"Midnight Sun"...
Film d’horreur.

"Demonic Future"...
Je l’aime bien celui-là, c’est mon mot (rires).

"Pride Comes Before The Fall"...
Rescapé.

"Dying Planet"...
Le mien. J’ai coécrit ce morceau. Je trouve vraiment cet album super. Ce n’est peut-être pas objectif, c’est comme avec ses enfants. Je n’ai pas d’enfant mais un chat. Non, comme je te le disais, ce côté épuré fait tout. On va à l’essentiel.

Qui s’est chargé de cette magnifique pochette d’album ?
Eliran Kantor, un artiste allemand très en vogue en ce moment. Il a bossé avec HELLOWEEN, LOUDBLAST, TESTAMENT, SOULFLY, pour ne citer qu’eux. Il était présent à la session photos et avait le concept de l’album avec les drapeaux. On lui a donné le titre de l’album avec le thème de la haine. Il en a fait quelque chose de fort avec le monstre habituel, les drapeaux et les gouvernements, et le côté émotionnel fort des images.

Quand avez-vous repris les répétions ? Et reprendre les concerts, ça fait quel effet ?
On était censés faire une tournée en Ukraine et en Russie, mais je ne t’explique pas pourquoi on ne la fait pas. On était en tête d’affiche, on a répété deux jours et là c'est un break... C’est compliqué avec la COVID. On répète, on est prêts, on joue deux ou trois soirs et tout retombe. On va attaquer les festivals ce mois de juin, on va donc répéter et faire une préproduction. On a une nouvelle équipe, une nouvelle scène. On va faire les répétitions en conditions réelles avec les flammes et tout le reste ! Après, il y aura la tournée avec LAMB OF GOD qui a été reportée trois fois. Je touche du bois !

Une anecdote sympa avec KREATOR ?
(Il réfléchit) On s’entend tous bien. On sort ensemble, on fait la fête le samedi soir. Mille est plus calme, il fait du sport et il est vegan. Je me suis retrouvé à faire des barbecues avec le premier guitariste de SODOM et les gars de KREATOR en Allemagne. Je n’ai pas trop d’anecdotes drôles. C’est plutôt une super ambiance. Je suis le petit nouveau, ça apporte du sang neuf. On s’éclate, c’est ça qui est amusant ! Tout le monde est motivé.

C’est fun, quoi !
Complètement !  

Tu te souviens de ta première rencontre avec le metal ? Comment cela s'est-il passé pour toi ?
Oui, on vient de me le filer en vinyle. C’est un pote qui m’avait donné la K7 de son grand frère à l’époque. C’est MANOWAR, « Kings Of Metal ». Je me souviens avoir mis la K7 dans la chaine hi-fi du salon de mes parents. Le premier morceau, "Wheels Of Fire", démarre avec la batterie, les riffs et le chant. C’est le cliché du morceau heavy metal ! J’ai eu la chair de poule. Ça m’a fait un truc comme un shoot de je ne sais pas quoi. J’étais transcendé. C’est toujours ce que j’ai eu envie d’écouter ou ce qui me manquait ! Je me souviens de la tête de mes parents qui m’observaient et devaient se dire : « Ça y est, sa vie est en train de changer ! ».  C’était en 1990, le heavy metal avait une mauvaise image. Mes parents étaient méfiants. C’est une addiction positive comme dirait le Professeur Karila (rires).

Comment décrirais-tu la vie de Frédéric Leclercq à côté de sa carrière professionnelle ?
Je vis dans une maison avec ma compagne dans un endroit très calme à la campagne. J’ai habité en région parisienne, alors, c’est vrai que là-bas, tu peux sortir, aller faire la fête avec les copains, aller aux concerts, dans les bars. Je vais repartir en tournée, ça va rebouger. J’aime bien quand je rentre de tournée, je retrouve le calme, je cuisiner, je fais du sport, j'écoute un peu de metal... le silence, la solitude. Même quand mon amie est en déplacement professionnel, j’aime me retrouver seul. Je suis fils unique, ça joue pour moi. Je collectionne les vieilles consoles, il y a toujours de la musique quand mêmeet j’ai plein de projets. J’essaye de calmer quand même ce qu’il y a autour de moi. Voilà ! Je ne me retire jamais vraiement de la musique. Par moment, je vais dans mon studio et j'enregistre quelque chose, ça fait partie de moi. Quand on part en vacances, j’essaie de me déconnecter. Je reste actif quand même la plupart du temps.

Quel tatouage a le plus de signification pour toi ?
(Il le montre) C’est une clé de sol avec les initiales de mes parents. Mon père est décédé il y a peu...

Quel artiste a le plus de signification pour toi ?
Pas évident d’en choisir un seul. Pour continuer sur les tattoos, j’en ai un d’Allan Holdsworth, un musicien britannique, guitariste et compositeur de jazz. Il a beaucoup compté pour moi. Ce n’est pas le seul, bien sûr. Il est quand même fantastique. Il y a eu aussi Alice Cooper, Kirk Hammett. Il y en a eu d’autres. Il n’y en a pas qu’un seul, cela dépend des périodes de ma vie.

Quels mots clés donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans la musique ?
Courage, croire en soi, provoquer la chance, être agréable et social, ne pas oublier d’avoir un travail à côté quand même au début (rires).

Pour finir, un petit test qui s’appelle "La liste des chansons - pas forcément metal" en rapport avec tes émotions.
Une chanson qui t’apaise...
"Funnels" d’Allan Holdsworth.

Une chanson avec un souvenir positif...
Tout petit avec mes parents en voiture : "Don’t Forget To Catch Me" de Cliff Richard.  

Une chanson avec un souvenir négatif...
Je réfléchis, attends ! Les titres du troisième album de HEAVENLY. On se prenait la tête sans cesse...

La chanson d’amour ultime...
(Il réfléchit) Le thème de l’amour de la B.O. de Conan le Barbare.

La chanson pour draguer, séduire...
Ça fait longtemps que cela ne m’est pas arrivé ! Je te dirais "Rendez-vous" d’Alain Chamfort (rires).

La chanson pour le dîner parfait...
N’importe laquelle de Billy Joel.

La chanson pour fair l'amour...
(Rires) J’adore ce genre de test. Pour faire l'amour, un titre de Nelly Furtado comme "Promiscuous" avec Timbaland. Je précise que je ne peux pas faire l’amour sur une musique qui m’intéresse trop sinon je ne suis pas concentré (rires). Pas de metal surtout ni de la musique sur laquelle je joue ! Ce serait trop narcissique.

La chanson qui te fait pleurer...
"The Search" sur la B.O. de Conan le Barbare. Il m’émeut à chaque fois. Ça fonctionne à chaque fois !

La chanson qui te rend euphorique...
Des morceaux que je joue avec KREATOR, je peux le dire mais je préfère en chercher d’autres. "Fall From Grace" de MORBID ANGEL. C’est aaaarrrghhh ! (il lève les bras au ciel, euphorique justement !). Ça me fout la pêche ! Il y en a plein d’autres qui me viennent à l'esprit en même temps que je te parle....

Merci Fred.
Merci à toi, c’était cool ! •

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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