22 juillet 2022, 10:00

ZZ TOP

Interview Billy F Gibbons


Une institution américaine, l'ambassadeur d'un état, ZZ TOP a fait rayonner le Texas dans le monde entier en révolutionnant et prolongeant un genre musical jusqu'à le porter au plus haut des charts ces 50 dernières années. Du boogie survolté de "La Grange" ou de "Tush", qui sont des hits éternels, aux combinaisons modernes entamées radicalement à partir des albums "Eliminator" et "Afterburner" au début et milieu des années 80, le trio composé des indissociables Billy Gibbons (guitare, chant), Dusty Hill (basse, chant) et Frank Beard (batterie) a pavé l'histoire de classiques aux sonorités uniques. 
Un alliage de vintage et de moderne, sur fond de gimmicks visuels imparables (les barbes, quelle trouvaille pour attaquer le début des clips sur MTV) et de clichés (hot rods, sauce piquante et petites pépés). 
Et puis, il y a un an, le 27 juillet 2021 précisément, le bassiste Dusty Hill s'est éteint au cours d'une de ces innombrables tournées, d'une manière discrète et assez inattendue pour le public qui avait encore en tête l'excellent documentaire musical de Sam Dunn paru un an et demi auparavant, "ZZ TOP: That Little Ol' Band from Texas". Démonstration que ZZ TOP a toujours énormément compté au-delà des clivages pour la communauté metal, puisque le réalisateur canadien possède à son actif les excellents "Metal: A Headbanger's Journey", "Global Metal", "Rush: Beyond the Lighted Stage", "Metal Evolution" ou encore les "Flight 666" et "En Vivo!" d'IRON MAIDEN, et tout le monde garde en tête les passages du trio à trois reprises au Hellfest en 2013, 2015 et 2019. 
"ZZ TOP: That Little Ol' Band from Texas" devient un testament visuel remarquable pour célébrer la mémoire de Dusty Hill et la somme patrimoniale du groupe. Dans la dynamique du succès du documentaire, Gibbons et Beard ont choisi de publier sur disque le set "live en studio" qui y figure et dont le principe était de capter l'essence brute du trio, balayant le meilleur de son répertoire, sans aucune fioritures ni effets. 
"RAW" est ce témoignage magique qui sort le 22 juillet, à l'heure où l'avenir de ZZ TOP semble une évidence pour Billy Gibbons, comme il nous le confie dans son interview avec HARD FORCE.
 

"RAW" est la bande originale du documentaire "That Little Ol' Band From Texas", réalisé par Sam Dunn et paru en 2019. Etait-il initialement prévu de sortir cet album ou est-ce que les tristes circonstances, la disparition de Dusty, vous ont finalement encouragés à le transformer en un hommage ?
Billy F. Gibbons : C'était d'abord une chance que l'enregistrement de "RAW" puisse offrir une vision moderne du groupe, tout en l'ayant enregistré comme nous le faisions aux tout-débuts. C'était l'idée du réalisateur et nous avons pensé que cela valait la peine de faire, pour ainsi dire, un voyage dans le temps, replacé dans le contexte d'autrefois. Bien que cela n'ait pas été prévu comme un projet d'album à la base, nous avons pensé que les morceaux méritaient d'être publiés et nous avons tous adhéré à cette idée. De ces enregistrements bruts (raw) se dégage la simplicité essentielle du groupe qui a fait son succès au cours du dernier demi-siècle.

  


Comme le titre l'indique, les chansons sont interprétées sans fioritures, dans un esprit "brut". C'est vraiment vous trois, vos instruments et c'est tout. Même si vous avez bénéficié des plus grosses productions sur disques, c'est une façon de montrer qu'on revient toujours aux fondamentaux, un jour ou l'autre, n'est-ce pas ?
Billy F. Gibbons : Oui, c'est tout à fait ça ! Se permettre une simple jam, rien que nous trois, ramenait tout droit à l'essentiel. Pour dire, en somme, que rien n'a changé entre aujourd'hui et le tout début. C'est brut !

Le documentaire raconte la vie et l'histoire du groupe, mais ne penses-tu pas que ce groupe a vécu bien plus qu'une seule vie ? Le ZZ TOP, génial groupe de boogie blues rock rugueux des années 70, n'a rien à voir avec le ZZ TOP encore plus populaire des années 80 et au-delà...
Billy F. Gibbons : Oui. Les nombreuses vies de ZZ TOP nous ont fait traverser des moments pour le moins dingues. Il y a des similitudes entre les années 70 et nos jours car, bien sûr, tout cela est fermement ancré dans l'interprétation du blues sous toutes ses formes. Pour ZZ TOP, c'est une histoire évolutive, une progression totalement organique. A la base, trois gars qui ont fait de leur mieux avec trois accords et on peut dire que ça a bien marché de s'en tenir à cette philosophie. Puis, de proposer des variations de styles bluesy et traverser des époques très différentes tout en continuant à ce que cela trouve écho chez nos amis, chez nos fans. C'est un grand récit d'une longue vie plutôt extrême, ponctuée de nombreux chapitres passionnants.


Le blues est un courant authentique, proche des racines. Vous, vous avez révolutionné le son de la guitare et le genre d'une manière unique. Venant du Texas, jouer du blues et incorporer des éléments de production, de synthé et d'électronique totalement nouveaux, ça fait de vous des visionnaires. Comment expliques-tu qu'un petit groupe texan jouant du blues rock puisse avoir marqué l'histoire de la musique pendant des décennies ? Est-ce le fait d'avoir pris des risques ? D'avoir été assez curieux pour sortir de votre périmètre et ne pas rester prisonnier d'un seul genre ?
Billy F. Gibbons : Nous essayons constamment de garder cette mentalité expérimentale, ouverte, et il semble que cet esprit créatif et insaisissable continue de porter ses fruits. Il suffit juste de penser que... si Muddy Waters était resté un musicien uniquement acoustique et ne s'était jamais branché pour passer à l'électrique, il n'aurait peut-être jamais quitté Stovall's Farm dans le Mississippi. Donc, de la même manière, notre parcours est similaire. Nous avons expérimenté dans cette même tradition grâce à toutes ces étranges avancées offertes alors en studio et il se trouve qu'elles se sont bien ajustées avec ce que nous faisions. Garde bien en tête que c'est du Texas que viennent Freddie King, Blind Lemon Jefferson, Lightnin' Hopkins, T Bone Walker et tant d'autres qui nous ont inspirés. Nous sommes enracinés dans cette tradition mais la maintenons florissante en la renouvelant, jour après jour.

Vous avez toujours eu un sens absolument incroyable du marketing autour de votre image, qu'il s'agisse de tourner avec un zoo itinérant au milieu des années 70, ou de votre look, vos barbes, vos guitares et voitures customisées, sans parler de sortir des clips au bon moment quand MTV a commencé. As-tu personnellement imaginé tous ces concepts, est-ce que le groupe a pris des décisions collectivement ou s'est-il fait conseiller par des designers/producteurs/réalisateurs qui vous connaissaient bien ?
Billy F. Gibbons : J'aimerais bien m'en attribuer tout le mérite, mais le fait est que la plupart de ces événements se sont produits spontanément, par hasard. Les barbes, ce n'était qu'une coïncidence "cosmique" : nous avions pris une pause prolongée, et bien qu'étant en contact régulièrement par téléphone, c'était une époque pré-Facetime. Alors, lorsque nous nous sommes retrouvés physiquement, nous avons constaté que nous avions développé sans nous concerter d'impressionnants poils au menton. C'était donc plutôt une coïncidence, alors que paradoxalement, Frank au nom prédestiné (Beard, la barbe NdlR) sortait sa crème à raser et le rasoir tous les jours. Peu de temps après, les clips sont devenus un moyen assez inattendu de faire connaître nos disques. Comme on ne considérait pas avoir des physiques de jeunes premiers, on a donc décidé d'y apparaître un peu mystérieusement sans jamais jouer de rôle principal. Et puis sinon, Cedric Gibbons, le célèbre chef déco hollywoodien primé, c'était mon oncle. On sait jamais, peut-être que la génétique a joué ?

Revenons à l'actualité plus récente. Dans quel état d'esprit avez-vous préparé et entamé cette première tournée sans Dusty ? J'imagine que cela a dû être difficile émotionnellement...
Billy F. Gibbons : Nous pensons souvent à lui et, bien sûr, il faut rappeler que c'était son souhait que les choses se poursuivent. Indiscutablement, Dusty nous manque à tous, mais Elwood (Francis) maintient désormais l'esprit vivant, tout en nous offrant une perspective d'avenir.

Indiscutablement, Dusty nous manque à tous, mais Elwood (Francis) maintient désormais l'esprit vivant, tout en nous offrant une perspective d'avenir.

 

C'était donc le souhait de Dusty que ZZ TOP puisse continuer, même s'il ne pouvait plus être à vos côtés... Comment comptes-tu faire perdurer un héritage que vous aviez construit ensemble toute votre vie durant ?
Billy F. Gibbons : De par le fait qu'Elwood ait accepté de prendre sur ses épaules ce rôle et qu'il le fasse tous les soirs avec tout son cœur et toute son âme. La position d'Elwood, sur les volontés de Dusty de poursuivre, est un véritable hommage en soi. "The Dust", c'était le gars le plus loyal qui soit et ça nous inspire à chaque fois qu'on joue.

Que nous réserve l'avenir ? Il faut s'attendre à ce que tu privilégies ta carrière solo ou peut-on espérer une suite à "La Futura" de ZZ TOP ? Il se dit qu'un album a déjà été enregistré avec les parties de basse et de chant de Dusty. Peux-tu nous en dire plus ?
Billy F. Gibbons : J'ai enchaîné trois albums solo qui ont connu un bon succès critique (et commercial), donc je pense que c'est dans nos plans que cela continue. En ce qui concerne ZZ TOP, il y a quelques titres inachevés qui attendent en studio. La perspective d'y retourner pour terminer ces morceaux est excitante. Toujours aller de l'avant après cinq décennies et poursuivre à partir d'où nous sommes aujourd'hui, c'est quelque chose que nous pouvons prédire dans les grandes lignes.

Est-il prévu que le « Raw Whisky Tour » traverse l'Atlantique et vienne en Europe et - sans manquer de respect à la mémoire de Dusty - Elwood Francis est-il désormais considéré comme un membre permanent du groupe ?
Billy F. Gibbons : Oui, en effet. On étudie attentivement les possibilités de tournée. Tout l'entourage de ZZ TOP est enthousiaste à l'idée de retrouver le public européen ! Ce n'est un secret pour personne que c'est toujours du sérieux de votre côté de l'Atlantique. C'est ce genre d'énergie qui nous encourage de manière formidable moralement. Et, en nous projetant, la popularité d'Elwood auprès de beaucoup nous impose de maintenir sa présence dans le groupe... pour de bon.

Si le Billy F Gibbons de 2022 avait quelque chose à dire au Billy qui s'apprêtait à monter sur scène le 10 février 1970 à Beaumont au Texas, que lui dirait-il ? Quel conseil lui donnerait-il ?
Billy F. Gibbons : Je citerais juste B.B. King qui m'a dit : "Joue ce que tu veux entendre". Ce type à Beaumont en 1970 apprécierait juste de savoir cela, j'en suis presque sûr !
 

Blogger : Christian Lamet
Au sujet de l'auteur
Christian Lamet
Christian Lamet est réalisateur, journaliste et producteur pour la télévision et le multimédia...entre autre. Fondateur en 1985 du magazine HARD FORCE, il en a été le rédacteur en chef durant ses quinze années de parution en kiosques. Depuis, l'aventure HARD FORCE a repris depuis 2008 sur le web, devenant ainsi le plus ancien média metal en France toujours en activité encore mené par son fondateur. Christian est également producteur et réalisateur du media digital HEAVY1 en partenariat avec LIVE NATION FRANCE et du webmagazine METALXS.
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