1 novembre 2022, 18:27

RED BEANS & PEPPER SAUCE

Interview Laurent Galichon


Avec 6 albums en moins de 10 ans d'existence jalonnés de multiples reconnaissances scéniques et récompenses décernées par leurs pairs, RED BEANS & PEPPER SAUCE continue de creuser son sillon. Après une performance live très remarquée lors de la dernière édition du Raismes Fest et un nouvel album, « 7 », paru le 9 octobre, HARD FORCE s'est entretenu avec Laurent Galichon, le guitariste du groupe pour mieux comprendre les subtilités de la recette musicale de RED BEANS & PEPPER SAUCE​...
 

Peux-tu nous présenter les membres du groupe et comment est né RED BEANS & PEPPER SAUCE ? Pourquoi ce nom qui fait plus penser à un plat qu’à un groupe de blues-rock ?
On retrouve Jessyka Aké au chant, Serge Auzier aux claviers, Pierre Cordier à la basse, Niko Sarran à la batterie et moi-même à la guitare. Le nom fait référence à la Nouvelle Orléans parce que c’est là-bas que tout a commencé. Cette ville a connu un brassage culturel forcé et intense pendant plusieurs siècles. Entre autres choses, cela a donné naissance à une musique qui a grandi en Louisiane avant de doucement s’exporter. D’abord aux Etats-Unis, puis dans le monde entier. Aujourd’hui quelque soit le style de musique que l’on joue, il y a toujours une part plus ou moins grande qui vient du blues. Le rock est né comme ça. Le blues se marie et se mélange avec tout. Comme les red beans dans la cuisine de la Nouvelle Orléans. Le piment c’est ce que chacun y apporte pour relever le tout et créer sa propre recette.

Après cette très belle présentation qui met en perspective l’histoire de la musique au travers de la culture au sens large, peux-tu nous révéler la recette de la sauce pimentée de votre musique ? Quelles en sont les influences majeures aux travers de vos parcours respectifs ?
Individuellement, ces influences sont diverses et variées, mais ce qui nous réunit c’est le rock des années 60 et 70. On pourrait dire le rock inspiré du blues, celui de LED ZEPPELIN, Jimi Hendrix ou DEEP PURPLE. Néanmoins les années 90 aussi sont passées par là. Personnellement, c’est à cette époque que j’ai commencé à jouer de la musique. J’écoutais les vinyles de mes parents depuis des années où je trouvais les groupes anglais des 60’s qu’aimait particulièrement ma mère, mais aussi les disques de la Stax et surtout d’Otis Redding dont mon père était un grand fan. Et puis j’ai découvert les RED HOT CHILI PEPPERS, RAGE AGAINST THE MACHINE ou FFF en France. Mais pour les anciens comme pour les nouveaux ce qui me plaisait c’était le mélange des genres. Hendrix a fusionné toutes ses influences pour créer sa musique, ça allait du blues à la pop-music en passant par le jazz ou le rock anglais naissant. Les RED HOT CHILI PEPPERS, qui étaient autant fans de hard rock que du funk de THE METERS, faisaient la même chose. On retrouve ça dans RED BEANS & PEPPER SAUCE avec Jessyka qui est très influencée par la soul music alors que les garçons le sont plus par LED ZEPPELIN et DEEP PURPLE. De mon côté, en tant que grand fan de Jimi Hendrix, je navigue plutôt entre ces deux univers.


​Six albums en dix ans ce n’est pas rien. Vous n’avez donc pas chômé et comment fait-on quand on est un groupe avec une notoriété modeste pour trouver le moyen de financer sept albums ?
Le principe est que les ventes précédentes financent en partie l’album suivant. Pour cela, nous mettons en place des crowdfunding. Par le passé, cela existait sous la forme de prévente ou précommande, mais internet a évidemment simplifié les choses. Les fans précommandent ainsi  un certain nombre d'albums qui nous aident à financer les projets. De ce fait, comme ils s’engagent, nous faisons en sorte de leur offrir quelque chose en plus. Par exemple, pour celui-ci nous sommes partis enregistrer trois titres dans un studio légendaire et pour les fans nous avons tout filmé afin de leur proposer des clips et des bonus. C’est une sorte d'échange entre eux et nous, ils nous aident financièrement et nous faisons le maximum pour leur proposer du contenu.

Après vous avoir découvert sur scène et écouté vos deux derniers albums, ce qui est marquant c’est votre professionnalisme et votre maturité musicale... Comment l’expliquez-vous ?
C’est assez difficile à expliquer. J’ai la chance d’avoir avec moi des musiciens vraiment incroyables. Mais finalement de très bons musiciens il y en a plein. Nous faisons simplement de notre mieux. Nous essayons de nous améliorer tout le temps. De toute façon, si nous faisons les choses à moitié, il n’y a aucune chance que ça fonctionne. Nous faisons chaque album comme si c’était le dernier et nous jouons chaque concert comme si c’était le dernier aussi. C’est pas forcément toujours évident, nous n’y arrivons pas tout le temps, mais il faut au moins essayer. Il suffit de regarder l’énergie, l’intensité que met un gars comme Dave Grohl dans tout ce qu’il fait. Il faut essayer d’en faire autant. Si je pouvais revenir en arrière il y a plein de fois où je me mettrais un bon coup de pied au cul pour en faire plus.

Il semble que c’est la première fois qu’un de vos albums sort sur un label. Peux-tu nous parler de Crossroads Productions et ce que cela apporte au groupe ?
En fait Crossroads est notre propre label, nous l’avons créé pour produire nos albums et Socadisc est notre distributeur. Toutefois rien n’est figé, nous signerons peut-être un jour avec un plus gros label. Nous verrons bien. En attendant, nous sommes autonomes. Nous avons moins de moyens, mais plus de liberté.

Quand a commencé la création de « 7 » et comment s’est déroulé le processus de composition et d’enregistrement de l’album ? A-t-il été impacté par la COVID et si oui comment ? Avez-vous innové en dehors de l’expérience Rockfield Studios ? 
La pandémie a impacté le processus d’écriture dans le sens où elle l’a retardé. Personnellement, j’ai mis beaucoup de temps pour me décider à travailler sur ce nouvel album. Heureusement, j’avais enregistré beaucoup d’idées avec mon smartphone, des riffs, des mélodies... Finalement, il m’a fallu moins de temps que pour les précédents. L’album a été écrit et enregistré entre janvier et juin 2022. Nous travaillons à distance dans nos home-studios, ce qui nous permet d’avancer plus vite. Evidemment, avec les années notre matériel d’enregistrement a continuellement progressé, mais la principale innovation pour cet album par rapport au précédent c’est le voyage aux Rockfield Studios.

La pochette propose un simple fond rouge avec le nom du groupe en noir, un 7 au coeur du D de RED. Pourquoi une telle sobriété en opposition aux pochettes précédentes qui présentent le groupe ou mettent en avant Jessika comme sur « Hot & Spicy » ?
Ce fond rouge un peu usé représente un peu l’état du monde dans lequel on vit, du moins tel que nous le percevons à travers les médias. Tout ce qui se passe nous impacte tous, on est soumis à une pression incroyable et ça nous use également. C’est aussi pour cela que le logo du groupe est vieilli. Le 7, pour septième album, signifie simplement que malgré tout ça, nous continuons d’avancer.

Comment est venue l’idée d’enregistrer au Rockfield Studio ? Avez-vous initialement imaginé enregistrer l’intégralité de l’album à cet endroit ?
Bien avant de commencer l’écriture nous nous demandions comment faire pour ne pas simplement enregistrer un quatrième album d'affilée avec exactement le même processus de production. L’idée d’aller dans un autre studio nous séduisait mais il nous fallait plus que ça. Et puis on a découvert ce studio légendaire grâce au rockumentaire Rockfield: le rock est dans le pré. En plus d’un changement d’air et d’un road-trip au Pays de Galles, ce studio nous offrait carrément un voyage dans le temps avec son matériel vintage et notamment sa table Neve de 1974. Et cerise sur le gâteau, son histoire nous fascinait. C’était incroyable pour nous d’imaginer aller dans un studio qui avait vu passer QUEEN, OASIS, BLACK SABBATH ou encore Robert Plant. Evidemment c’était financièrement impossible d’envisager d’y faire tout l’album. Néanmoins, nous en avons tiré parti en décidant que les chansons enregistrées là-bas seraient vraiment différentes des autres. Il n’était pas question d’essayer de gommer les différences entre les deux studios comme cela s’est fait parfois sur des albums mythiques enregistrés dans différents endroits. Au contraire, nous avons décidé de vivre pleinement ce voyage dans le temps en enregistrant dans les mêmes conditions que dans les années 70, c’est-à-dire en jouant en situation de live ou presque. Tout cela, en opposition avec notre travail à distance dans nos home-studios en France. Le mixage est également respectueux de la patine vintage du Rockfield Studio. On a poussé le truc jusqu’à mettre deux CD dans le digipack pour bien différencier les Rockfield sessions du reste, et bien mettre en évidence le contraste entre les deux parties.


Cela fait quelques semaines que la promotion de l’album a commencé. Comment « 7 » est-il ressenti par le public ?
L’accueil est dingue et cela nous remplit de joie évidemment. Il y a de plus en plus de monde à nos concerts et les retours du public sont très chaleureux comme récemment au Raismes Fest. On espère maintenant que cela va se traduire par de belles programmations sur la saison des festivals.

Quels sont vos plans pour promouvoir ce nouvel album ? Une tournée française et/ou européenne ?
Les deux ! L’album va avoir une deuxième naissance puisqu’il va sortir également en Belgique et aux Pays-Bas. Le but est bien sûr d’aller y jouer. Il y a déjà des dates prévues dans les mois qui viennent en Belgique, au Danemark, en Allemagne et si tout va bien en Espagne.

Le précédent album « Mechanic Marmalade » est sorti en 2019. Aviez-vous eu l’opportunité de le promouvoir avant la pandémie ou sa réédition sera l’occasion de lui donner un second souffle et de profiter des prochains concerts pour cela ?
Nous nous disons bien sûr que ça aurait pu être mieux mais au final, nous avons pu le défendre autant que les précédents ce qui est un moindre mal. Evidemment, on a gardé plein de titres de « Mechanic Marmalade » dans la nouvelle set-list du "7 Tour". Et il est toujours disponible sur les plateformes de vente en ligne, sur notre site officiel et au stand de merchandising de nos concerts avec tous les autres.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour cette fin d’année 2022 et l’année 2023 ?
Des concerts, des concerts et encore des concerts. Nous faisons tout ça uniquement pour aller prendre du bon temps sur scène, c’est la raison de vivre de ce groupe !

Y-a-t-il un sujet non évoqué que tu souhaiterais partager avec nos lecteurs ?
Le fait que Mbappé aurait vraiment dû signer au Real ! (rires)

Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il cultive un vif intérêt pour le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionne. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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