18 juin 2013, 5:33

DANCEFLOOR DISASTER : il faudra être au Hellfest...


 

… dès jeudi pour y recevoir le traitement VIP à l’ancienne : cette année, la mythique soirée d’ouverture du Metal Corner de l’enfer Clissonnais permettra en particulier à DANCEFLOOR DISASTER de distiller son sulfureux cocktail.

 

 
DANCEFLOOR DISASTER au Divan du Monde, mars 2013
 

Ce groupe phénoménal – le mot n’est pas trop fort – avait en effet ambiancé les soirées du carré VIP des Hellfest 2011 et 2012 – comme si on pouvait livrer en pâture à tout ce que l’univers compte de références en matière de métal, juste n’importe quel groupe…
 
Le mot n’est pas trop fort, car comme tout bon phénomène, il a fait parler et divise ce landerneau métallique sur une ligne de fracture nette : il y a ceux qui reconnaissent dans l’angle choisi par le groupe une véritable recherche artistique, iconoclaste sans doute, mais terriblement rafraichissante ; d’autres, en revanche, le rejettent comme un vulgaire cover-band, avec la même passion.
 
Le mot n’est pas trop fort, enfin, pour beaucoup de ceux qui ont vu le groupe en live, s’y sont laissés aller et ont survécu pour en parler : l’énergie déployée par DFD est tout simplement monstrueuse.
 
« I know what I want and I want it now ! »
 
DFD était donc attendu, dans la nuit du 22 au 23 mars derniers (comme le temps passe…), pour son premier concert parisien ; c’était aussi l’occasion pour HARD FORCE d’aller à la rencontre des membres du groupe. Premier constat : il fallait s’y attendre, dans la vie comme sur scène, ces jeunes gens ne tiennent pas en place et ce n’est certainement pas une mince affaire de les rassembler autour d’une tasse de thé – même si, en attendant, d’intéressantes rencontres peuvent se produire (c’est la thématique VIP, ça…).
 
Deux immenses artistes se font part de leur respect mutuel en matière de port de casquette : Martin Hallier (DFD et feu KIEMSA) et Vikash Dhorasoo (Substitute Vaïsse Tchempieune ov ze Oueurld 2006).  


Deuxième constat, DFD assume tout, en bloc et en détail. Et d’abord, la part de provoc’ de sa démarche – ah ! mais personne vous a dit ! DANCEFLOOR DISASTER revendique un nouveau bourgeon sur l’auguste arbre de métal que nous vénérons tous : « le Club Metal ». En d’autres termes, la matière première de son mix (hum), ce sont ces « tubes » (de l’été, du mardi 12 ou de 4-heures-moins-le-quart) qui parviennent immanquablement à nos oreilles, malgré toutes les précautions que nous prenons pour les en préserver ; ces refrains standardisés dont le pouvoir d’insinuation dans nos systèmes nous épouvante ; ces incantations au mieux grossièrement puériles, au pire carrément indigentes (« opa gangnam style », franchement…), que d’étranges mécanismes imposent à notre subconscient. On y reviendra…
 
"Ok, on est calme, là..." - "Ouais mais il manque encore Ron !"
 

Ainsi, selon certains points de vue, parmi ceux qui jugent essentiellement un groupe sur sa prestation scénique, sous l’angle musical, DFD transforme du plomb (du caca ?) en or : six alchimistes fous venant directement dans ta tête atomiser des synapses subliminales. Pour ne citer qu’un seul connaisseur : « Oué : ça corrige. ».

 

"Ah, on a retrouvé Ron !" - "Salut Ron !"

 

 

N’allons pas trop vite. On ne sait que peu de choses sur la naissance de ce groupe, mais un peu plus sur sa conception : ça se passe au Ferrailleur nantais, sans doute fin 2010… Une bande de potes musiciens se retrouve dans cet antre fameux pour un gigantesque jam-bang (un gang-bœuf, si vous préférez), qui permet aux participants de revisiter quelques standards du rock-qui-tâche et du métal-qui-envoie. Dans la moiteur torride de cette enceinte légendaire, au moment du bouquet final, un délire plus énorme que les autres jaillit : Chill et quelques acolytes lancent « This is the rythm of the night » de Corona, mais à une sauce puissamment saturée et servie avec une bonne portion de glaouis velus… « Joie, frissons, bonheur, hurlements, émeute ! » racontent des témoins privilégiés : voilà le Ferrailleur en fusion.
 
"Ok : on est tous là et tu vois, on est calme..."
 

Chill-le-bassiste sent qu’il tient un truc et consacre alors quelques mois à trouver les zicos qui l’accompagneront dans l’aventure. Il y a Martin et Lo qui se partageront les lignes vocales. Il y a Ron – qui contribuera à l’arrangement de morceaux de Black EyedPeas (!), Culture Beat (!), Lady Gaga (!) ou encore Britney Spears (!!!) – et Mick (un maxi aficionado de Wes Borland, qui se trouvera donc en bonne compagnie sur cette page…) aux guitares. Barbe-Bleue, enfin, martyrisera les fûts.
 
DANCEFLOOR DISASTER : Chill alias CHILLY-KON-KARNAGE @ Divan du Monde


La suite, on la connaît mieux : « Ouais, notre 1er Hellfest… c’était impressionnant de jouer devant toutes les pointures du milieu, mais ça nous a permis de nous faire connaître jusqu’en Espagne », se rappelle Martin. Chill renchérit et se marre : « On n’en menait pas large, mais on a été plutôt bien accueilli. On a bien compris que tout le monde n’adhérait pas, mais personne n’est venu nous engueuler ! » Et aujourd’hui, le débat « cover-band ou pas ? » traverse jusqu’augroupe : « Franchement, j’ai pas l’impression de jouer dans un cover-band », affirme Martin. « Moi si, quand-même un peu… » lui répond Chill avant qu’un débat ne s’engage entre eux (chacun tranche un peu comme il veut, en fait).
 
DANCEFLOOR DISASTER : Martin, alias R2-DGUEU & Lo, alias SCARINX @ Divan du Monde
 

En revanche, l’ensemble des musiciens de DFD se retrouve autour d’une idée : DANCEFLOOR DISASTER est un groupe hybride, centré sur le deuxième degré, minimum. Chaque musicien revendique volontiers la tradition des bootleggers. Ils se rassemblent aussi et surtout sur une valeur universelle : celle de la pure fiesta – mais ça n’étonnera pas ceux qui ont déjà assisté à un set de DFD.
 
DANCEFLOOR DISASTER : Ron alias RON POPOPOM @ Divan du Monde
 

L’entretien dévoile six artistes ouverts, amassant à eux tous une culture musicale particulièrement large et éclectique, même si chacun trimballe un bagage et un univers perso (keupon, purement métal, hip-hop, voire « tout ce qui tabasse »…). Des groupes comme GHOST BRIGADE, PERIPHERY ou MESHUGGAH semblent recueillir tous leurs suffrages.
 
DANCEFLOOR DISASTER : Mick alias ORANGEMECAMICK @ Divan du Monde

 

 

 

N’empêche que bon… Cover-band ou pas, le répertoire de DFD est très largement inspiré d’œuvres d’autres artistes. Alors, comment ça se passe, du point de vue strictement légal ? « On fait les choses proprement : on déclare les morceaux qu’on va emprunter. Donc ce soir, grâce à nous, David Guetta va toucher dans les 0,30 €… » affirme Martin.
 
Yes, bébé ! David vous loooove, c'est sûr ! (Mr Guetta @ Vieilles Charrues 2011)
 
 

“I gotta feeling, that tonight’s gonna be a good night…”
 
Et un premier concert parisien, alors, ça fait quoi ? « C’est vraiment important pour nous, confie Lo, même si on se présente dans des conditions un peu particulières : compte tenu de l’horaire de notre set, au cœur de la nuit, on va être obligé de jouer en configuration club. Concrètement, on ne pourra pas dépasser 98 dB. ». La danseuse sexy qui accompagne souvent les garçons sur scène, qui fait partie intégrante du show selon les musiciens, ne sera pas là non plus, cette fois. Pas grave : l’idée est marrante, mais vraiment pas essentielle. Le plus grand mérite de DFD – et son objectif revendiqué – est faire vivre la tradition ancestrale du pastiche tout en rassemblant potentiellement, autour d’une forme de lâchage autodérisoire complet, aussi bien des métalleux furieux que des teufeuses frénétiques (et inversement), en passant par le pékin moyen de la teuboi de base, voire l’avant-garde éclairée du fan club de Patrick Sébastien. Astucieux…
 
DANCEFLOOR DISASTER : Barbe-Bleue alias SO6LEO @ Divan du Monde
 

Voici donc nos maçons au pied du mur, quelques heures plus tard, au Divan du Monde. Un public hétérogène remplit (assez modérément) l’endroit : au milieu d’une foule de bobos généralistes et de jeunes cadres dynamiques venus, sans même quitter tailleur ou costard, libérer le stress de la semaine, les quelques métalleux sont assez faciles à spotter : on distingue leurs t-shirts noirs et leurs tignasses qui hésitent entre la franche affliction, l’éclat de rire et le headbang, quand le DJ qui chauffe l’atmosphère (a.k.a. R2-DGUEU...) mélange « Enter Sandman » à Britney Houston…
 
DFD @ Divan du Monde, mars 2013
 

Enfin DFD débaroule sur scène, avec « Mr Pain », sa version bien à lui de « Mr Vain » (Culture Beat). Les corps qui se trémoussaient, seuls ou en groupes, entre AC/DC et INXS, quelques instants plus tôt, se tournent vers la scène comme un seul homme et jumpent en cadence… S’ils ne sont pas absents, les samples n’ont rien d’envahissant vis-à-vis des musiciens qui transpirent et vivent sur le rythme qu’ils impriment à un public relativement captivé. Après trois ou quatre titres, Martin permet enfin à ce dernier de souffler quelques secondes puis l’éduque au wall of death (ou Braveheart, selon une terminologie plus ancrée dans l’histoire et la geste cinématographique) sur « I gotta feeling » : ça fonctionne plutôt pas mal, compte tenu des circonstances et de la faune.
 
DFD @ Divan du Monde, mars 2013
 

Le son ne paraît pas bridé, les musiciens un tout petit peu plus… et c’est sur la durée que le délire s’essouffle : passé le milieu du set, Martin félicite le public pour son énergie, mais celui-ci semble avoir déjà tout donné… Seuls les métalleux sont restés headbanger et tentent des crowd-surfing à trois (bravo), au pied de la scène : nos amis les bobos et les costards se sont cramés trop vite, ils sont au bar ou à l’étage, reprennent leur souffle sur les divans. Trois ou quatre sont quand même demeurés dans la fosse, ont tombé la chemise, voire le slip, mais toujours dans un excellent esprit. Pour les autres : pffff, quand on n’a pas l’entrainement…
 
DFD @ Divan du Monde, mars 2013
 

La fin du set se déroule donc un tout petit peu en roue libre, comparativement aux apothéoses irrésistibles qu’avait connues la tente VIP du Hellfest, notamment le vendredi, en 2012. Mais qu’importe : si DANCEFLOOR DISASTER parvient à sortir ce premier album qu’il nous promet depuis déjà un an, s’il garde cette espèce de feu sacré, cette équipe apparemment soudée, s’il poursuit et qu’il élargit sa recherche et « s’il continue à [se] marrer de [ses] conneries » (Chill), un avenir radieux pourrait lui sourire – et quelques belles salles, s’ouvrir.
 
Un tout petit peu moins de folie vers la fin, mais régime banane pour tout le monde...
 

En attendant, l’idée, c’était évidemment de vous donner l’envie d’aller vous faire botter le cul par DFD, dès jeudi : vous le valez bien. Vous serez satisfaits de ce concert entièrement gratuit pour tous ceux qui seraient à Clisson ou qui viendraient à s’y trouver jeudi soir, ou intégralement remboursés.
 
Enfin, puisqu’on est entre nous, si vous allez voir les membres du groupe de la part de HARD FORCE pour leur acheter un t-shirt, par exemple, peut-être qu’ils vous offriront leur démo – qui commence à circuler sous le manteau et a été bien utile, cette année, ici et là, pour réchauffer certaines longues soirées d’hiver en rêvant au retour des festivaux estivals*.
 
« Ladies and Gentlemen, DANCEFLOOR DISASTER : FAITES DU BRUIT ! »
 
*Rho, ça va, hein !
 

 

 

 

Blogger : Naiko J. Franklin
Au sujet de l'auteur
Naiko J. Franklin
Naiko est né à une époque où DEEP PURPLE chantait « Mistreated » et BLACK SABBATH, « Sabbra Cadabra ». Ses biberons étaient dopés au PINK FLOYD, au LED ZEPPELIN, voire URIAH HEEP. Pourtant, c’est à Londres, au début des années 90, que s’est nouée sa véritable rencontre avec le metal, autour de groupes comme KORN, TYPE O NEGATIVE, MOONSPELL, MY DYING BRIDE ou CRADLE OF FILTH. C’est toujours à Londres, à la même époque, qu’il prit une petite part au lancement du mythique Big Cheese, aux côtés d’Eugene – qui dirige toujours le magazine. Après bien des détours, à la fin de 2011, lorsqu’il fut lassé du conflit israélo-palestinien, de la politique française, des femmes à poil et même des chiens écrasés, HARD FORCE lui permit enfin de renouer avec sa passion profonde.
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