27 avril 2024, 23:59

BRUTAL SWAMP FEST

@ Saint-Omer (Salle Vauban)


La deuxième édition du Brutal Swamp Fest, événement qui a pris la suite du Dreamer Fest, a été une réussite. L’organisation a été bien meilleure que l’année précédente, avec notamment un respect des horaires. En 2023, la programmation quasi-exclusivement dédiée au brutal death avait refroidi certaines ardeurs, fini par lasser certains spectateurs ; en 2024, une plus grande variété a permis d’éviter cet écueil... même si l’ultra violence a été présente lors des huit concerts, véritable marathon des musiques extrêmes. La salle Vauban de Saint-Omer, délicieusement vieillotte mais au bon rendu sonore, a vibré. Son sol rendu glissant par les éclats de bière a accueilli des pogos endiablés et, même si la scène n‘est guère haute, les slammeurs s’en sont donné à coeur joie... et tant pis pour les chutes : les fans de metal ont la tête dure. Bon, l’un d’entre eux, ensanglanté, a dû finir la soirée aux urgences...

FIRE WHEEL, le groupe local de la soirée, a séduit d’entrée avec son death riche en groove, ponctué de quelques plans heavy, parsemé d’intermèdes mélodiques bien pensés. La section rythmique, avec un nouveau bassiste, est solide, les riffs intéressants ("Ashes") et les growls assurés. Les morceaux ont certes parfois tendance à connaître une fin abrupte mais ce petit défaut est compensé par l’attitude des quatre nordistes qui affichent un réel plaisir, une joie sincère d’être sur scène. Voilà qui donne envie de les aider par le biais de KissKissBankBank pour financer leur porchain EP.


Avec les Parisiens WASTELAND, place à 40 minutes de slam death ultra brutal ; pour avoir une idée de la douceur de leur musique, jetez un œil à la pochette du split « The Human Waste » sorti en 2020 ! L’agressivité est totale, à peine interrompue par de rares pauses, avant que les blast-beats ne reviennent au galop. En 3 minutes, la plupart des chansons sont expédiées. Le groupe assène ses compositions avec une fougue et une conviction redoutables. Le chanteur à casquette, ravi, ne cesse de répéter qu’il « kiffe », présente deux nouveaux  titres, "Remorless Execution" et "Law Of Brutality" sans oublier d’exhorter régulièrement la fosse à se lâcher. Si elle n’obéit pas vraiment à cette injonction, elle apprécie cette prestation cannibalcorpsesque.


STORM UPON THE MASSES lance les premiers circle-pits de la journée et voit le mosh-pit gagner en intensité. Leur logo rouge brille d’un éclat menaçant, parfait écho de compositions de qualité, qui renvoie à BENIGHTED ou ABORTED. Le chanteur lâche ses growls avec férocité ("Crusher Of The Souls" en ouverture donne le ton... et c’est bon !), monte sur un flight case pour être au plus près des premiers rangs. Ses comparses l’accompagnent dans de fréquentes séances de headbanging. L’énergie ne diminue pas au fil d’une prestation intense, malgré de nombreuses remarques sur la sortie récente du deuxième album du quintet. Il serait malvenu toutefois de reprocher cette insistance tant les chansons tirées de cet album sont d’excellente facture : les blast-beats font rage, parfois tempérés par des passages plus lourds ("Return To Ash"), les riffs sont accrocheurs, parfois imprégnés d’un parfum old-school. « Saint-Omer, vous avez été brutaux ! », conclut, ravi, le chanteur.


UNSU ayant déclaré forfait, il est remplacé par MISGIVINGS qui arrive sur scène sur du bon vieux rock'n'roll. Les vétérans, actifs depuis le milieu des années 90 et ayant écumé sans relâche la scène underground dans différentes formations, ont sorti leur premier album en 2022 ; ils le défendent sur scène. Leur death brutal ("Deny The Divine Praise", "Masquerading As God" qui évoque DEICIDE) offre quelques accalmies, quelques instants glauques (le rampant "Stormblood", "Ancient Fear" d’inspiration thrash). Avant "Disgraceful Lust", Este (chant/basse et tee-shirt VENOM) lance une petite vanne : « Voilà un morceau plus lent mais bon pas trop non plus, faut pas déconner ». Le gaillard est déçu de la réaction du public : « ils sont bien sages » lance-t-il à ses camarades. Il semble en effet que, malgré une prestation solide, ces 40 minutes n’aient pas totalement convaincu la salle. Est-ce dû à l’horaire (18h45/19h25) qui donnait plus envie d’aller dîner que de savourer une tranche de bon vieux death ancré dans les 90’s américaines ?


Après cette orgie de death, changement d’ambiance avec le black de SERPENTS OATH. Une odeur d’encens se répand dans la salle quand s’allument les flammes des braseros. Un autel est dressé sur lequel repose une longue carafe remplie d’un liquide rouge qui fera le délice de Tes Re Oth. Le chanteur, maquillage inquiètant et micro orné de dents, se transforme en maître de cérémonie dès que s’achève "Invocation Genesis", intro mystérieuse aux parfums cabalistiques. Le rituel se poursuit sous les auspices d’un Satan à la colère glaciale avec "Blood Covenant" aux rythmes martiaux. Les Belges, le corps sanguinolents, déclinent leurs titres de true-black metal, inspirés de MARDUK ou DARK FUNERAL avec une haine palpable qui trouve un écho dans la violence des pogos qui animent le pit, comme sur le démoniaque "Purification Through Fire". Quelques samples offrent des respirations mais l’air reste noir et vicié, comme sur le pesant "Gateways To Tiamat". Les ambiances malsaines et les crises de rage possédées, entre blast-beats et vocaux déments, se succèdent, comme sur ce "Pandaemonium" envoûtant. SERPENTS OATH a offert un sombre sabbat, une messe dévoyée.


L’esprit de sérieux du black cède ensuite la place à l’explosion de bêtise jouissive du goregrind. BRUTAL SPHINCTER, même privé de l’un de ses chanteurs, assure un show où qualité musicale – si on est adepte du genre à grands coups de gravity-blasts et de pig-squeals rehaussé d’un groove certain et de riffs plus techniques que la moyenne du style – et ambiance bordèlique se mêlent en une folle sarabande ; "Goregrind Number One", c’est la frite, c’est la fête ! Spermain, à la basse, et son compère vocaliste multiplient les apostrophes, parfois engagées contre tous les extrémismes, parfois déroutantes ( « Certains pensent que la terre est plate, alors que nous savons bien qu’elle a la forme d’un sphincter » avant "Sphinct-Eath Society"). Les interactions sont nombreuses avec le public, dans lequel résonne, au kakoo s’il vous plaît, un "petit bonhomme en mouse" ! Eerik finit dans la fosse à jouer de la guitare porté par la foule en délire alors que les planches accueillent des stage-divers par dizaine. Un circle-pit réservé aux femmes est demandé, et obtenu, sur "The Art Of Squirting" avant que le wall-of-death ne soit organisé du bar à la scène. Cette folie bon enfant s’achève avec un fan au micro, une marée humaine autour des musiciens sur le poétique "Raped By Elephants" - tout un programme - et sur la reprise d’un titre de GUTALAX. Wahou ! 45 minutes déjantées signées d’un groupe qui ne craint pas d’appeler ses morceaux "Marc Dutroux National Hero" ou "Analhu Akbar"...


Quand, sur une intro effrayante, le chanteur de TEETHGRINDER se frappe la tête avac son micro, quand les lumières se font stroboscopiques, quand le groupe néerlandais lance "Hellbound", un enfer grind s’abat sur la salle Vauban qui temble lors du terrifiant "Birthed Into Suffering" aux vocaux sidérants ou du basique mais ultra-violent "Waste". Ces chansons pleurent de rage un monde qui s’effondre. Si la Terre doit disparaître, alors moshons mes frères, semble penser la foule ! Malgré la fatigue, malgré l’alcool qui commence à embrumer certains cerveaux, les corps en sueur ne cessent de se frictionner dans des pogos à la violence croissante. Les Bataves se posent quelque part entre KRISIUM et NAPALM DEATH mais glissent quelques froideurs black ("187") et quelques lourdeurs death ("Death Of The Individual") dans leurs titres d’une intense brutalité.

Enfin arrive l’heure – tardive, 23h30, mais c’était prévu – de VOMITORY. Le groupe suédois, formé en 1989, à son apogée dans les années 2000, a disparu en 2013.... avant de revenir en 2023 avec un solide "All Heads Are Gonna Roll". Assez statiques sur scène, les gaillards au look de bucherons chevelus tout juste échappés de leur forêt assurent le minimum syndical, alternent compositions de leur denrier album – le titre éponyme, ultra rapide, le varié "Ode To The Meat Saw" aux ambiances inquiètantes, le cru et réussi "Raped, Strangled, Sodomized, Dead" – et passages en revue de leur discographie, privilégiant les titres ayant donné leur nom aux albums : "Terrorize Brutalize Sodomize", "Revalation Nausea" ou "Raped In Their Own Blood". Des vocaux caverneux, des soli assez simples, des résidus thrash, des clins d’oeil au grind et le tour est joué. Peu de communication, peu d’entrain, avant que "Blood Rapture" ne conclut 50 minutes d’un travail carré, à l’image des parties de batterie, certes, mais assuré au minimum syndical.
 


© Christophe Grès

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
Ses autres publications
Cookies et autres traceurs

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies ou autres traceurs pour mémoriser vos recherches ou pour réaliser des statistiques de visites.
En savoir plus sur les cookies : mentions légales

OK