
Le Zénith de Lille accueille la dernière date française d’une appétissante affiche power/heavy où DRAGONFORCE ouvrait pour POWERWOLF. Ce programme tentant n’a pourtant pas attiré les foules : entre 2500 et 3000 fans ont répondu à l’appel de la meute dans une salle qui peut abriter jusqu’à 7000 personnes. Une partie des gradins étaient ainsi masqués par deux rideaux noirs.
Si DRAGONFORCE est assurément composé de musiciens talentueux, capables de jouer à toute allure, il faut, pour apprécier le groupe multinational (Royaume-Uni, Hong-Kong, Italie, États-Unis), passer outre son côté amuseur public et son attrait immodéré pour la culture geek. La scène, avec deux bornes d’arcade très 80’s sur lesquelles montent ses membres, et le backdrop à l’effigie de la pochette de leur dernier album annoncent la couleur… comme les lunettes ridicules qui ornent le visage des six compagnons.
Pendant 50 minutes, Mark Hudson, chanteur à la chevelure gandalfienne, ne cesse de parler de jeux vidéos. Après avoir énuméré les différents épisodes de la saga Zelda pour annoncer un « Power of the triforce » au refrain fédérateur, il lance une peluche poulet dans la fosse, source d’une joyeuse agitation,. Le morceau s’achève sur une foule hurlant « poulet » à gorge déployée. Mouais... La formation offre aussi à ses fans « A Draco tale », composé pour Brawl Stars.

Si le frontman s’exprime en anglais après avoir admis que « mon français est merdique », Herman Li prend la parole dans la langue locale pour la seconde partie du concert. Il demande notamment « le circle pit le plus rapide du monde » et l’obtient sur « Through the fire and flames », le titre bien connu des adeptes de Guitar Hero. Les instrumentistes se relaient sur l’estrade centrale où les attend une poursuite pour mettre en valeur leurs instants de bravoure : les soli d’Herman Lee et Sam Totman, les montées dans les aigus d’un Mark Hudson sans réel charisme. La bassiste Alicia Vigil, tout de noir vêtue et bonnet enfoncé sur le crâne, et le guitariste rythmique souriant Billy Wilkins n’y font que de brèves apparitions : assurez un tempo élevé, soyez de bonne humeur et ça ira !
DRAGONFORCE propose le très laid « Doomsday party » en mode disco et la reprise calamiteuse de Taylor Swift, « Wildest dreams ». Les écrans des bornes d’arcade diffusent alors des extraits de films animaliers où l’on voit notamment un hippopotame déféquer. Classe… Quelques confettis, des lumières et des effets, le plaisant « Ashes of tthe dawn » en ouverture sauvent quelque peu ce concert. Sévère ? Certes surtout quand on voit le sourire de nombreux spectateurs à l’issue de cette prestation.

Rideau rouge avec le logo du groupe. L’impatience gagne les rangs d’une foule prête pour célébrer, comme le répétera bientôt Attila, la messe du heavy metal. Le lourd tissus finit par tomber sur une scène enténébrée. Le chanteur, sur une plate-forme qui descend lentement, se dessine, comme ses comparses, en ombre prophétique. Puis une énorme explosion, les premières notes de « Bless’em with a blade », qui lance donc le concert somme il ouvre le dernier album des Allemands, « Wake up the wicked ». Ce titre, du POWERWOLF classique, est rehaussé des premières flambées d’une prestation qui sera tout feu, tou flamme ! Dans un décor d’abbaye en ruines digne d’un film de la Hammer, devant un écran qui, en relief, diffuse des animations différentes pour chaque morceau avec, bien sûr, l’emblématique loup-garou en fil rouge sang, les musiciens, dans des costumes noirs enrichis d’arabesques jaunes, livrent110 minutes intenses, entre puissance et mélodies, humour et ambiances fantastiques.

Le frontman, secondé par un Falk qui aime délaisser le promontoire où trônent ses claviers pour jouer au lutin taquin, est un maître de cérémonie parfait au français impeccable, à la voix puissante et posée. Il fait participer le public, le titille en la comparant à son homologue allemand des dates à venir ou en feignant la déception si les hurlements ne sont pas assez forts. Il n’oublie pas, bien sûr, de le complimenter à grands renforts de « incroyablement magnifique » quand il maîtrise les ligne mélodiques. Les gimmiks, déjà vus mais toujours efficaces, sont là. Du pas de danse entre Attila et Falk avant « Dancing with dead » au piano enflammé sur un « Alive or undead » accompagné des lumières des portables en passant par le drapeau brandi sur le « Werewolf of Armenia » final. L’encensoir apporté par un moine pour « Incense and iron » et l’orgue qui résonne sur « Amen & attack » ouvre les portes d’une église consacrée au metal. Aux guitares, le duo de Greywolf, Charles et Matthew, en pleine forme, se déplace avec élégance et énergie.

Malins, les gaillards jouent deux chansons dédiées à la France – qu’ils ne proposent pas semble-t-il dans les autres pays – avec des lights bleu, blanc, rouge du plus bel effet. Si « La bête du Gévaudan » est une réussite « Joan of Arc » est quelque peu poussif… comme d’ailleurs « 1589 » lui aussi tiré du plus récent, et somme toute moyen, effort de la horde.
Dans un déluge de confettis et d’effets pyrotechniques, POWERWOLF, qui fait l’impasse sur ses deux premières sorties « Return in bloodred » (2005) et « Lupus dei » (2007), régale une assemblée conquise avec les classiques composées depuis 2010. « Demon’s are a girl’s best friend », précédé de cris pour « faire sortir son démon intérieur », « We drink your blood », « Sanctified with dynamite » et son cortège d’explosions, « Army of the night », « Blood for blood » et ses « Wou ah » énergiques scandés par la fosse et les gradins, et tant d’autres font vibrer un Zénith extatique. Et que dire de « Armata strigoi », hymne ultime et absolu, repris encore et encore par les fans, le show terminé, dans le hall de la salle lilloise transformée en cathédrale heavy. Une nouvelle fois, la bande à Attila a ouvert les portes du paradis à son armée de fidèles. Qu’elle en soit bénie !
