
Véritable figure de proue du pop punk des années 2000, YELLOWCARD a eu un parcours difficile. D’abord emporté par la vague causée par son album « Ocean Avenue », le groupe a tourné non-stop pendant de nombreuses années, usant peu à peu les liens entre ses membres jusqu’à une séparation en 2017, au grand désarroi des fans du style. Cependant, à l’occasion d’un festival, YELLOWCARD se reforme fin 2023 pour un concert qui entraînera une tournée, et une tournée qui entraînera un nouvel album : « Better Days ». C’est pour la sortie de celui-ci que nous avons pu discuter avec Joshua Portman, bassiste du groupe depuis 2007 (même s’il n’a été officialisé comme membre qu’en 2012).
Vous avez sorti « Better Days » le 10 octobre dernier, huit ans après votre séparation. Comment ressens-tu le fait de te diriger vers une nouvelle ère pour le groupe ?
Joshua : C’est un sentiment incroyable ! Et je ressens de la fraîcheur. Quand nous nous sommes réunis, c’était vraiment pour un concert, au Riot Fest de Chicago. C’est ce festival qui nous a vraiment rassemblés. Puis, pour faire court, ça a mené à un autre concert, puis une tournée de réunion, et enfin, à enregistrer de nouvelles chansons, et donc à toutes ces choses que nous n’imaginions plus possibles ! Et même si ces tournées se sont bien passées, et que l’enregistrement de l’EP « Childhood Eyes » était cool, on ne savait toujours pas vraiment quel serait le futur du groupe, et ce que ça représentait. Avec « Better Days », et la manière dont il s’est fait, on en a une meilleure idée. Je veux dire… Travis Barker l’a produit et a enregistré la batterie dessus, et les retours sur tous les singles ont pour l’instant été incroyables ! La chanson « Better Days » était numéro 2 hier au classement à la radio, et il est même en train de dépasser « Ocean Avenue », qui était évidemment le plus gros morceau de YELLOWCARD, tu vois ? J’ai l’impression qu’on monte. Et évidemment, les chansons sont super, et les concerts qu’on joue se passent bien, mais je crois qu’on ne s’y attendait pas vraiment. Pour un groupe qui existe depuis aussi longtemps que nous, et qui n’ont eu qu’un seul véritable hit il y a plus de 20 ans, le fait d’être à nouveau à la radio avec un single, et qu’il marche encore mieux que la chanson qui nous a rendus célèbres… On n’arrive pas à y croire, et qui sait jusqu’où ça peut aller ? On est pleins d’espoirs et on a très hâte de voir la suite. Mais en même temps, comme il s’agit de l’industrie musicale, on essaie de ne pas se faire de faux espoirs. C’est un moment très enthousiasmant pour nous !
On pourrait croire que le titre « Better Days » vous a porté bonheur !
C’est vrai, c’est dingue ! On a un peu de mal à croire à tout ça.

Et quel était le moment qui vous a fait dire « OK, faisons ce concert » pour le Riot Fest, et qui a été l’étincelle de tout ça ?
C’était il y a trois ans. Le groupe était totalement terminé, et nous n’avions aucune intention de jouer le moindre concert à nouveau. Le Riot Fest a contacté notre tourneur et a demandé s’il y aurait une possibilité pour que YELLOWCARD se reforme pour les 20 ans de l’album « Ocean Avenue », pour jouer l’album complet au festival. Ils ont proposé un beau chèque, en tout cas assez beau pour appeler notre manager, et qu’il nous appelle tous un par un. On s’est tous appelés, et on a décidé qu’on ferait juste ce gros concert, pour passer un bon moment et gagner de l’argent, tout en faisant plaisir aux fans. Et le concert était incroyable ! Il y avait peut-être 50 000 personnes qui nous regardaient, alors qu’on jouait en face des MISFITS ! C’était plein à craquer, et l’énergie des fans était au top. On se sentait super bien, on jouait parfaitement, et l’ambiance était cool. On est sortis de scène en se sentant presque ivres de cette expérience, et on s’est dit qu’il faudrait qu’on le fasse à nouveau. C’est donc devenu un autre concert, et ainsi de suite. Une chose en emmenant une autre, ça nous a mené il y a un an à évoquer la possibilité de créer un album complet, et le dossier de Travis est tombé au bon moment. Il fallait qu’on le fasse parce que, tu sais, c’est Travis Barker ! Pourquoi on ne le ferait pas ? C’était un processus très différent pour nous tous, au moment de l’enregistrement, et même en termes de production. Ça sortait vraiment de notre ordinaire, mais je pense qu’à ce stade de notre carrière, et en travaillant avec quelqu’un comme Travis Barker, on pouvait lâcher un peu du contrôle qu’on a toujours eu sur nos processus, et dire « ce mec fait les choses différemment, suivons son processus, et voyons où ça nous mène ». Il a fallu un petit ajustement pour nous tous, mais finalement, c’était la meilleure chose qui pouvait arriver au groupe. Les chansons sont incroyables, les retours aussi, et c’était super de bosser avec lui ! C’était très détendu, mais il était très présent tout au long de la création, tous les jours, même pendant l’écriture. Et le fait qu’il soit parmi nous, non pas en tant que Travis Barker le grand producteur, mais presque en tant que membre du groupe, ça a vraiment amené quelque chose à l’album. Il a fait comme s’il était le batteur de ce groupe, et voulait que tout soit le mieux possible, en étant présent à chaque seconde. On a beaucoup apprécié ça, et ça se ressent dans « Better Days », je pense.
Qu’est-ce que Travis Barker et Nick Long ont amené à votre son que vous n’auriez pas trouvé seuls, selon toi ?
Je crois qu’ils ont été très bons pour retenir les éléments de notre son qui font qu’on est YELLOWCARD, mais ont ajouté des choses qui nous ont fait sonner un peu plus modernes. Ils savaient exactement quels éléments ajouter au son, qu’on aurait probablement ajoutés nous-mêmes naturellement, mais en ajoutant leur touche pour amener ces choses à un autre niveau qu’on ne maîtrisait pas forcément parce qu’on ne prend pas forcément le pouls de la musique moderne. Ils ont aussi écrit avec des artistes qui ont beaucoup de succès, avec de grands hits, donc ils étaient très bien placés pour faire cela. Nous n’avions d’ailleurs jamais écrit avec des personnes extérieures au groupe auparavant. C’était un autre élément qui nous a fait sortir de notre zone de confort, suggéré par Travis, parce que c’est comme ça qu’il fonctionne. Généralement, il invite les compositeurs. Parfois ça marche, parfois non, mais de rassembler ces gens talentueux chaque jour pour collaborer fait vraiment circuler l’énergie. Finalement, je pense que c’était une des expériences d’enregistrement les plus faciles que j’aie jamais vécues. D’ailleurs, on était tous un peu stressés avant d’y aller ! On se demandait comment ça allait être, et ça n’aurait pas pu être une expérience plus détendue et créative à la fois ! Tout le monde a été génial sur tous les aspects : Travis, l’équipe de production, les écrivains… Tout le monde était génial.
Depuis 2017 le pop punk et le punk rock ont beaucoup changé avec des artistes comme Yungblud, Machine Gun Kelly et Olivia Rodrigo entre autres. Est-ce que vous appréhendiez un peu de revenir dans cette nouvelle ère du pop punk ?
Je ne pense pas. Je pense cependant que ça a beaucoup à voir avec le succès que nous avons eu depuis notre retour, et avec la taille des tournées. Pour la première tournée après le Riot Fest, on a fait une longue suite de dates estivales, puis l’été dernier, on est partis avec THIRD EYE BLIND. On a joué des concerts internationaux, mais toutes ces tournées, et la taille de ces concerts, et de leurs publics… Tout a été bien plus gros pour le groupe que les concerts de l’époque « Ocean Avenue ». C’était un énorme hit, mais ces concerts sont encore plus gros que ceux des années 2000 ! Et on s’est constamment demandé pourquoi. Pourquoi nous ? On en était évidemment très heureux, mais qu’est-ce qui rendait ça beaucoup plus gros qu’à l’époque ? Et je pense que ce que tu évoquais peut l’expliquer en grande partie. On en avait terminé avec le groupe pour de bon, et on savait qu’un groupe qui revient de sa retraite allait attirer des gens, mais le deuxième et plus fort élément qui a fait ça, c’est cette résurgence de la scène pop punk et emo. Il y a effectivement tous ces nouveaux projets, comme Machine Gun Kelly et Yungblud, et ils sont la nouvelle ère de ce son, mais il y a aussi de la nostalgie du public pour les autres groupes comme NEW FOUND GLORY ou SIMPLE PLAN, etc. On vit tous un peu une renaissance, en ce moment ! Et pour revenir à l’album, et à Travis Barker, il a évidemment travaillé avec Machine Gun Kelly et Yungblud, et je pense que ça avait du sens de le faire avec lui. On s’est dit « OK on a eu du succès depuis notre retour, et avec l’EP, OK les gens aiment la musique, mais qu’est-ce qui va faire qu’on sera d’actualité non seulement pour les fans des débuts, mais aussi à cette nouvelle génération » ? C’est en grande partie pour ça qu’on a fait appel à Travis et son équipe, qui sont très connectés à ce type de musique, mais pas seulement sa version d’il y a 20 ans. Je pense qu’on a mélangé la connaissance, l’expertise et l’expérience avec ce qui se passe aujourd’hui pour ce type de musique. On n’a pas voulu nous éloigner trop du son de YELLOWCARD, et à vrai dire, on est revenus à ce que la musique de YELLOWCARD représentait vraiment pour les gens, et pour nous. On mélange ces deux choses, qui donnent une version moderne du YELLOWCARD d’antan, si tu vois ce que je veux dire. Tu peux y aller en disant « voici exactement le son qu’on veut », mais ça donnerait un truc qui ne serait pas très naturel. Je pense qu’on avait ça en tête, et qu’on s’est dit « on va être nous-mêmes, YELLOWCARD, et on va les laisser faire leur truc, et ce qui sortira de cette collaboration, on le livrera tel quel ». Je pense que le résultat était exactement ce qu’on voulait. Les gens adorent ces chansons, et on a un titre qui est numéro deux à la radio, 20 ans après « Ocean Avenue ».
J’ai l’impression effectivement que « honestly i » recapture ce que j’ai toujours aimé dans YELLOWCARD, c’est un peu comme un « Ocean Avenue » modernisé… Et ça correspond parfaitement à ce que tu disais !
Oui, c’est vraiment ce qu’on voulait, « Ocean Avenue » modernisé. Pour « honestly i », il fallait vraiment qu’on fasse un banger punk rock super rapide avec Travis sur l’album ! On voulait vraiment faire un truc punk qui va à fond, et je l’adore ! On a commencé à la jouer en live, d’ailleurs.
J’ai aussi trouvé très cool les chansons que vous avez faites avec Avril Lavigne et Matt Skiba. Vous avez ramené la reine du pop punk et les deux tiers du BLINK-182 des années 2010 sur le même album ! Est-ce que ça vous a mis la pression ou est-ce que c’était juste une jam session avec des potes, pour vous ?
Je ne pense pas que ça nous ait mis la pression. Il n’y a jamais de garantie de quelle chanson sera un hit ou non, et il faut toujours se préparer au fait qu’aucune des chansons n’en soit. Personnellement je pense qu’une chanson moyenne peut être un hit énorme à la radio, mais qui sait ? Aucun d’entre nous ne se met la pression pour ça, et on aime vraiment la façon dont les chansons ont tourné, et les retours qu’on a eus jusque-là. Le fait est que « Better Days », qui est le single qui cartonne en ce moment, est celui qui n’a pas de featuring ! Je ne sais pas si le prochain single sera une chanson avec un featuring ou non, mais on ne ressent pas de pression. Je pense qu’on surfe simplement sur la vague, et on voit ce que ça va donner.
J’ai l’impression que l’une des chansons les plus importantes de l’album est peut-être « Skin Scraped », car c’est presque une déclaration d’amour au groupe après des année séparés. Est-ce que tout est différent pour vous aujourd’hui ?
Oui, tout est très différent. Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais pour moi, quand je suis arrivé dans le groupe en 2007, c’était juste après la grosse vague de « Ocean Avenue ». Et pendant un an et demi, je remplaçais un peu à la basse. Puis le groupe s’est séparé une première fois, s’est réuni et je suis revenu en 2011. Je savais donc qu’il n’y avait aucune garantie de ce qui arriverait, j’y suis allé en me disant que ça pourrait m’être retiré d’un coup. Puis les années ont avancé, et on a vu le monde entier de nombreuses fois, ce qui était absolument incroyable, et je pense qu’il y a eu des moments où je prenais ça pour acquis. Par exemple, quand je me sentais triste, il fallait parfois que je me rappelle que j’étais dans une chambre d’hôtel à Osaka, au Japon ! Puis évidemment, il y a eu le moment où nous nous sommes séparés à nouveau pour sept ans environ, en n’imaginant pas revenir. Actuellement, je suis juste très reconnaissant tous les jours pour ce qu’on nous permet de faire. Je me doute qu’on ne sautillera pas sur scène à jouer « Ocean Avenue » à 75 ans, et que le groupe finira un jour, mais actuellement, les choses vont super bien. Il n’y a aucune raison de l’arrêter. On aime tous la vie, on vit nos meilleurs moments, et on voit les retours de tout le monde. Pour mon histoire personnelle avec le groupe, je suis en train de vivre l’ère la plus importante de celui-ci. Et tu sais, je vais faire en sorte de la faire durer autant que possible.
Quelle chanson de l’album correspondrait le mieux à ton humeur aujourd’hui ?
C’est une bonne question ! Je suis de plutôt bonne humeur donc je dirais « Take What You Want ». C’est une des chansons les plus positives de l’album. S’il faisait moche, ce serait plutôt « You Broke Me Too », avec Avril (rire) !
Vous avez joué à Paris pour les 20 ans de « Ocean Avenue », comment était ce concert pour vous ?
Pour être tout à fait honnête, c’était mon concert préféré de la tournée. C’était de la folie absolue ! On avait l’impression de jouer au Brésil, avec une énergie constamment dingue venant des fans. Toute la tournée était géniale, mais ce concert ressort vraiment pour moi. C’est un de ces concerts qu’on n’oublie jamais, c’était surréaliste ! Tout le concert était un wall of death (rire) ! C’était incroyable. C’est pour des concerts comme celui-là qu’on fait ce boulot ! Donc merci Paris pour ça, je n’oublierai jamais ce concert !
Et peut-on vous attendre bientôt de retour en Europe ?
Il n’y a pas de plans pour l’année prochaine pour le moment. Je pense qu’on attend la tournée avec A DAY TO REMEMBER, qui va durer assez longtemps jusqu’en novembre, puis on va prendre quelques mois de repos. Mais je suis plutôt sûr qu’il y aura des concerts internationaux, bien que rien ne soit gravé dans le marbre à l’heure actuelle. Si l’album marche autant qu’on l’espère, et j’ai l’impression que ce sera le cas, ça nous amènera à sûrement tourner de manière assez intensive.
