Traînant sa bosse au sein de l’underground danois depuis une décennie, AFSKY, alias l’œuvre d’un seul et même homme – Ole Pedersen Luk –, n’est à coup sûr pas né de la dernière pluie. Chacun de ses trois albums ayant fait l’objet d’une approbation massive par les fans d’un black metal épique en diable. Celui-là même qui renvoie à des thèmes mélodiques délicats, charriant des envolées tranchantes comme des couteaux à glace et des rythmiques forgées dans la grande tradition nordique qui n'oublient pas d'aérer le propos avec quelques passages planants du meilleur effet. Le tout célébré par des raclements de larynx passés au papier émeri.
Ole livre avec un doigté unique ce sens inné du riff froid et précis qui claque, tel le blizzard sur les joues rougies et ces ambiances sombres et cathartiques. D'ailleurs "Velkommen til livet", qui ouvre ici les hostilités, en est un parfait exemple : véritable bijou aux multiples tempos ciselés, celui-ci consume tout sur son passage dans une atmosphère de fin du monde. Bourré d'accélérations abruptes et envoûtantes, la violence maîtrisée de son propos n'a d'égal que la mélancolie puissante qu'il injecte dans chacun de ses riffs. Un petit chef-d'œuvre qui trace la voie pour "Den der ingenting ved tvivler aldrig" et "Natmaskinen" tirés du même tonneau. A l’instar du reste de « Fællesskab », pas loin du niveau olympique, soit dit en passant.
Proposant une nouvelle fois un black de toute beauté, nostalgique à en crever et sans la moindre faute de goût, AFSKY est l’un de ces groupes à qui tout semble réussir. Qui possède cette force pour brosser des atmosphères élégiaques et trousser des mélodies poignantes, sa marque de fabrique qu’il perpétue depuis dix ans sans faillir. Et qui garantit le respect d’une tradition initiée depuis ses premières productions, modelée avec cette patte immédiatement identifiable.
A l’image de cet artwork magnifique, un brin dépouillé lorsque l’on le remet en perspective des albums précédents, le Danois remet une nouvelle pièce dans le jukebox de la mélancolie avec ce quatrième album poignant en tout point de vue. Le tout est expédié sans faux cols en 44 minutes montre en main, la fraîcheur et la spontanéité qui s’en dégagent sont indéniables et participent pleinement à l’appropriation sans difficultés de cette offrande magique qu’est « Fællesskab ». Un grand album de black metal. Et l'un de mes coups de cœur pour cette année 2025 en la matière, riche en sorties de quallté…